L’état des routes du Québec à l’aube de l’hiver 

Médéric Dens 

Six des dix pires routes du Québec sont situées dans la région de l’Outaouais.  

Plus que quelques semaines avant que l’hiver se pointe le bout du nez. Les mitaines, tuques et manteaux seront de mise, tout comme les pneus d’hiver et les balais à neige. Cependant, l’état des routes du Québec semble toujours tirer de la patte en hiver. Un expert du milieu s’exprime à ce sujet.  

Partout à Sherbrooke, difficile de ne pas remarquer l’augmentation du nombre de cônes orange installés dans la ville. Rues barrées, détours et nids-de-poule de la grosseur d’un ballon de volleyball ; l’heure est aux réparations. À travers le Québec, la situation n’est pourtant pas si différente des autres grandes municipalités.  

La récente fermeture d’urgence d’une voie du pont Honoré-Mercier, à Montréal, ramène encore une fois le débat public entourant la mauvaise qualité de nos routes sur la table.  

L’état des routes du Québec  

On entend dire que les routes québécoises sont en piteux état en comparaison avec le reste du Canada et avec nos voisins du Sud, c’est le cas ? « La réponse courte, c’est oui […] Globalement le réseau est en mauvais état. Il y a des routes qui sont en très bon état, mais il y en a plusieurs qui ne le sont pas », répond Alan Carter, professeur à l’École des technologies supérieures (ÉTS) au sein du département de génie de la construction.  

Avant tout, le spécialiste, notamment dans l’étude de la fissuration thermique des enrobés bitumineux et du dimensionnement des chaussées, rappelle la première utilité des infrastructures routières. « Une chaussée, ça a un but : transporter des gens, des véhicules, des marchandises. On pourrait dire que tant qu’on est capable de remplir cet objectif, c’est correct. Mais la réalité, c’est qu’il faut qu’on soit capable de les transporter de façon fiable et sécuritaire et que ça ne nous coûte pas une fortune. » 

En admettant que la majorité de nos routes « sont carrossables », Alan Carter affirme cependant qu’elles ne sont « pas pour le moment au niveau où elles devraient être ».  

L’hiver : cause principale de l’état de nos routes ?  

On entend souvent l’argument voulant que nos routes soient aussi endommagées en raison du climat rude et froid. Le climat ontarien n’est pourtant pas si différent du nôtre, même si le Québec enregistre généralement des tombées de neige légèrement plus importantes année après année. Comment donc expliquer que nos infrastructures routières sont en moins bon état ici ? 

« L’hiver est un élément majeur pour nos routes. On est donc obligés de les concevoir et de les construire en conséquence », affirme celui qui dirige le Laboratoire sur les chaussées et matériaux bitumineux (LCMB). « En comparant avec nos voisins ontariens et même nos voisins de l’état de New York, on n’a pas d’excuse en disant que notre hiver serait pire […] Est-ce que l’hiver cause des problèmes ? Oui. Est-ce qu’on sait comment faire pour que ça n’en cause pas ? Oui. Le problème, c’est plus une question d’entretien et non une question d’hiver, chose que nos voisins ont mieux fait que nous. »   

Au contraire, la croyance populaire selon laquelle le sel étendu sur nos routes impacte la qualité des infrastructures constitue un mythe. « Le sel a très peu d’effet sur l’endommagement des routes. C’est une longue histoire complexe, mais ce n’est pas ça qui a un réel impact. » 

Réparer partiellement les routes : stratégie gagnante ?  

Il arrive régulièrement qu’une rue doit être réparée chaque année. Une fois le chantier fermé, les routes semblent en parfait état, souvent de façon temporaire seulement. La raison est simple (mais les actions à entreprendre le sont moins) : « On ne règle pas directement le problème, on règle les symptômes. » 

La meilleure stratégie, pour Alan Carter, c’est d’« utiliser les bons matériaux, la bonne technologie, et de le faire au bon moment […] C’est nécessaire, parce que si on ne répare pas les trous, la route va s’endommager encore plus. Il y a des questions de sécurité qui sont importantes à prendre en compte également », dit-il. 

Il compare par ailleurs la réparation des infrastructures routières aux travaux effectués à la maison : « J’ai une fissure dans le gypse des murs à l’étage et je répare la fissure, elle peut réapparaitre si la fondation bouge. Tant que je ne ferai pas quelque chose pour la fondation, j’ai beau faire la peinture, ça ne va pas réparer le problème en soi. On fait quelque chose de superficiel au fond, car c’est économique et c’est rapide. » Autrement dit, avant d’avoir en main la technologie pour assurer la réelle pérennité des routes, couvrir les trous et réparer les problèmes de moins grande envergure semble être la solution de choix à court terme.  

Les moyens à disposition pour agir individuellement  

« Une route qui n’a pas de trafic ne va pas s’endommager. L’environnement endommage la route, mais c’est surtout le trafic qui nuit aux infrastructures. Les voitures personnelles ne font à peu près pas de dommage. C’est réellement le transport lourd le problème », explique celui qui s’implique également au sein de l’Institut de recherche sur les infrastructures résilientes et circulaires (AdapT).  

Il propose aussi d’adopter un modèle basé sur l’utilisateur-payeur. « Ça peut paraitre bizarre comme solution, mais tout le monde fait déjà un péage. Au Québec, nous sommes ceux qui paient le plus cher pour les réparations automobiles à chaque année », faisant référence aux coûts liés à la réparation des véhicules, catégorie dans laquelle le Québec est la province qui paie le plus cher.  

Enfin, opter pour des pneus standards plutôt que des pneus à clous permettrait, selon Alan Carter, de stabiliser l’état des routes ou du moins limiter son endommagement. « Ça détruit nos routes et on est, pour le moment, incapables de faire quelque chose qui résiste à ça. » 


Source : Pexels

Médéric Dens
Chef de pupitre SOCIÉTÉ at Journal Le Collectif • societe.lecollectif@usherbrooke.ca •  More Posts

Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.

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