Par Sarah Gendreau Simoneau

En lisant le titre de cet article, l’essoufflement nous guette. Dans une société où tout va vite, où les horaires s’entrechoquent et où les conversations se font souvent à la hâte, prendre le temps de s’arrêter relève presque du défi. La rapidité est souvent présentée comme une qualité. Il faut répondre rapidement, travailler efficacement, se déplacer sans perdre une minute et accomplir le plus de tâches possible.
La culture de l’urgence, de la productivité, on en est tous et toutes victimes. Qui est coupable de partir travailler sans déjeuner ? « Je mangerai une barre tendre sur le coin de mon bureau entre deux réunions. » Qui est coupable d’associer le repos à un manque d’ambition ? Plusieurs personnes si on regarde autour de nous, puis plus on se compare aux autres, plus on fait de même.
Lorsque l’obligation de tout accomplir rapidement devient une routine, elle transforme non seulement notre manière de travailler, de nous alimenter et de communiquer, mais aussi notre façon de nous distraire.
Le repos, source de culpabilité
Quand on n’arrive plus à se reposer sans penser à ce qu’on devrait être en train de faire, c’est signe que la productivité est reine. Notre esprit reste occupé par les courriels, les tâches ménagères, les travaux d’équipe et les projets à terminer. Pourtant, le repos est un besoin fondamental. Il aide le corps et le cerveau à récupérer. Une pause, même si c’est dormir ou regarder une série, ce n’est pas du temps perdu, puisqu’elle favorise la concentration, la créativité et une meilleure gestion des émotions. Malgré tout, on a l’impression de toujours devoir justifier notre repos.
Une attention fragmentée
Notre téléphone nous permet de tout faire : travailler, communiquer, s’informer, se divertir. Alors, notre attention est régulièrement interrompue. Une notification, un message, une nouvelle publication peuvent à eux seuls détourner l’esprit de l’activité en cours. Même en l’absence d’alerte, le réflexe de toujours vérifier l’écran peut devenir automatique.
Cette fragmentation rend plus difficile la concentration prolongée. On se sent moins présent, moins disponible. Le corps se trouve à un endroit, mais l’esprit circule constamment entre plusieurs informations. Le silence et l’ennui sont alors perçus comme des vides à remplir. Pourtant, ces périodes sans stimulations peuvent nous aider à réfléchir, à observer notre environnement ou simplement à laisser notre esprit se reposer.
Accélérer nos repas et nos déplacements
Manger et se déplacer prennent beaucoup de place dans la vie quotidienne. C’est comme si, aujourd’hui, ces moments sont devenus des obstacles entre deux activités ou obligations. On consomme souvent nos repas devant un écran, directement dans une salle de classe ou au bureau. On est alors moins portés à apprécier les aliments et on se dépêche pour reprendre nos occupations, ce qui n’aide pas à l’écoute des signaux de faim et de satiété.
Se déplacer est, on dirait, devenu une perte de temps. Quelques minutes d’attente de plus pour l’autobus, du trafic, des travaux ; tout nous enrage de perdre trois minutes, ce qui, entre vous et moi, n’est pas grand-chose dans une journée. Chaque minute doit maintenant être occupée et productive, on en développe alors de l’impatience.
Les relations humaines en écopent
Voir des proches peut devenir compliqué et une planification des semaines à l’avance est devenue la norme. Et, comme mentionné plus haut, nos téléphones nous suivent partout, alors notre attention n’est même pas à 100 % avec ces gens. Les relations n’en sont pas moins importantes, mais le temps nécessaire pour les entretenir devient difficile à protéger. Les liens humains se construisent rarement dans la précipitation. On doit prendre le temps, avoir de l’écoute et des moments qui ne sont pas constamment interrompus.
Lorsqu’on doit reporter régulièrement les rencontres qui nous font du bien, il peut être utile de se demander si notre horaire correspond réellement à nos priorités.
Ah, l’impatience !
Tout comme les déplacements qui nous « retardent » de quelques minutes selon notre planification, toute tâche qui nous prend trop de temps nous irrite. Une file d’attente un peu longue à la cafétéria, trop de monde à l’épicerie… les services instantanés ont, dans les dernières années, modifié nos attentes.
On recherche l’immédiateté, ce qui influence aussi nos décisions importantes. On veut obtenir rapidement des résultats positifs dans nos études, dans notre travail, sur notre condition physique, sur nos finances ou encore nos relations. Mais tout le monde le sait, les changements durables demandent du temps, de la répétition et une certaine tolérance à l’incertitude.
L’impatience quotidienne peut devenir un signe d’épuisement. Une personne déjà surchargée dispose de moins de ressources émotionnelles pour faire face aux imprévus.
L’épuisement considéré comme normal
En ce moment, la fatigue chronique, le stress et le manque de sommeil sont considérés comme des conséquences ordinaires de la vie d’adulte, et sont même valorisés. Comme si l’épuisement démontre le sérieux de certaines personnes, leur dévouement.
Cette banalisation peut retarder la prise de conscience. Une personne continue à fonctionner malgré une irritabilité croissante, des difficultés de concentration, une perte de motivation ou des symptômes physiques. Ce n’est pas pour rien qu’on assiste à une recrudescence de l’épuisement au travail, de la dépression et de l’anxiété.
Crédit : Zan Lazarevic

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
