Un projet pour apprendre à pédaler 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Le lancement du projet de recherche « À vélo pour des milieux scolaires plus actifs et inclusifs » a eu lieu le 16 octobre dernier. 

Apprendre à faire du vélo, quoi de plus normal quand on est enfant ? Cependant, dans certains milieux, cette étape du développement n’est pas accessible. Des chercheuses et chercheurs de la Faculté des sciences de l’activité physique (FASAP) de l’Université de Sherbrooke se sont demandé si monter à vélo ne pourrait pas s’apprendre à l’école primaire.  

Le projet « À vélo pour des milieux scolaires plus actifs et inclusifs » est donc né de cette volonté d’offrir à tous les élèves des occasions régulières de développer leurs habiletés à vélo, tout en permettant de mieux comprendre les effets d’un tel programme en milieu scolaire. 

Un déploiement dans une école de Sherbrooke 

Le projet vise tout d’abord une école primaire de Sherbrooke, l’école Jean-XXIII. Pour les trois prochaines années, les 292 élèves, de la maternelle 4 ans à la 6e année, pourront bénéficier d’occasions régulières de développer leurs habiletés à vélo dans un cadre structuré et sécuritaire.  

On y prévoit notamment un apprentissage progressif du vélo tout au long du parcours primaire, la bonification de la flotte de vélos de l’école, l’acquisition d’équipement de sécurité et la mise en place d’activités éducatives favorisant le transport actif.  

L’école Jean-XXIII est située dans un secteur plus défavorisé. Elle s’est donc naturellement imposée comme milieu d’accueil du projet. Faisant déjà la promotion des saines habitudes de vie et du plein air, l’école peut également compter sur une équipe mobilisée et une direction proactive. C’est ce qui en fait un milieu particulièrement propice à la mise à l’essai de cette approche qui allie apprentissage, activité physique et recherche appliquée. 

Une recherche au profit des élèves 

L’équipe de recherche, sous la direction de Jérôme Leriche, professeur à la FASAP, souhaite mesurer les effets d’un programme structuré d’apprentissage du cyclisme sur les habiletés motrices, la confiance, le transport actif et le bien-être des jeunes. Selon M. Leriche, « jusqu’à un tiers des élèves d’une classe ne savent pas faire de vélo » lorsqu’une sortie scolaire à vélo est proposée. « Et ce n’est pas une réalité propre à l’école Jean-XXIII : on observe, à l’échelle mondiale, une diminution de la pratique du vélo chez les enfants », note le professeur.  

L’équipe de recherche explore alors ce que peut apporter un apprentissage du vélo qui ne dépend plus uniquement des possibilités offertes à la maison, mais qui s’inscrit directement dans le parcours scolaire. 

Au cœur du projet, une personne à la maîtrise participera à sa mise en œuvre et à son évaluation. Son travail permettra notamment de documenter les effets du programme et de cerner les conditions favorables à sa réussite en milieu scolaire. « Le projet pourra avoir des retombées concrètes pour les enfants, le personnel enseignant et l’ensemble de la communauté scolaire. Nous souhaitons notamment mieux comprendre le point de vue des parents et voir comment l’apprentissage du vélo peut s’intégrer au quotidien de l’école », explique Jérôme Leriche. 

L’école visée pour la mise en place du projet propose déjà des activités d’apprentissage et de pratique du vélo grâce, entre autres, à l’initiative d’un membre de son équipe d’éducation physique. Cependant, le projet vise à aller plus loin en inscrivant ces activités dans une démarche structurée et pérenne, qui ne repose plus uniquement sur l’initiative individuelle, mais qui fait partie intégrante du parcours scolaire des élèves. 

Un levier pour l’équité et la réussite 

Pour l’équipe de recherche, savoir pédaler représente bien plus qu’une simple habileté motrice. Cette compétence peut contribuer au développement de l’autonomie et de la confiance en soi, en plus d’encourager l’activité physique et la participation à la vie scolaire. 

Encore faut-il que les enfants puissent pratiquer suffisamment pour consolider leurs apprentissages. Une activité ponctuelle ne garantit pas nécessairement qu’ils acquerront les compétences nécessaires pour utiliser leur vélo de manière autonome. Le programme mise donc sur une progression étalée sur plusieurs années, qui permettra aux élèves de pratiquer régulièrement et de réinvestir leurs acquis dans différentes situations. 

Pour Marie-Pierre Tardif, directrice de l’école Jean-XXIII, cette approche constitue également une question d’équité. « Nous avons réalisé avec étonnement qu’une grande partie des jeunes ne savait pas faire de vélo. Offrir l’apprentissage du vélo à nos élèves, issus d’un milieu reconnu défavorisé, c’est leur donner les mêmes chances de développer des compétences qui peuvent avoir des effets sur leur parcours scolaire : l’équilibre, l’autonomie, la sécurité et la confiance », affirme-t-elle. 

Elle estime que l’accès à cette pratique devrait être offert à tous les enfants, peu importe leur milieu d’origine. « En rendant le vélo accessible à tous, nous faisons avancer la justice sociale et nous affirmons que chaque enfant mérite ce parcours, cette route qui devrait être la même pour tous les enfants du Québec : une route ouverte, libre et équitable », ajoute-t-elle. 

Le projet entend ainsi démontrer comment une initiative axée sur l’activité physique peut contribuer à créer des conditions plus favorables au développement des jeunes et à leur réussite. 

Quand la science passe à l’action 

La collaboration entre les milieux de recherche et les communautés constitue un élément central de l’initiative. À la FASAP, les chercheuses et chercheurs travaillent notamment à développer des connaissances qui répondent à des besoins concrets et peuvent se traduire en retombées pour la population. 

Le Centre national de cyclisme de Bromont (CNCB) mettra également son expertise à contribution, particulièrement en matière d’apprentissage et d’enseignement du vélo. Cette collaboration permettra de combiner les connaissances scientifiques et l’expérience du terrain afin d’accompagner les élèves dans le développement de leurs habiletés cyclistes. 

Au terme des trois années du projet, les données recueillies devraient permettre de mieux comprendre les conditions nécessaires à la réussite et à la pérennité d’un programme d’apprentissage du vélo à l’école primaire. Elles pourraient aussi orienter la création d’initiatives semblables dans d’autres établissements québécois. 

En réunissant chercheuses et chercheurs, spécialistes du cyclisme, personnel scolaire et partenaires philanthropiques, l’Université de Sherbrooke souhaite ainsi démontrer que la recherche peut contribuer à transformer concrètement le quotidien des jeunes. 

En donnant à chaque enfant la possibilité d’apprendre à pédaler, le projet aspire à favoriser des habitudes de vie actives, à renforcer la confiance et l’autonomie des élèves et à rendre une expérience de l’enfance plus accessible à toutes et à tous. 


Crédit : Michel Caron

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif • redaction.lecollectif@USherbrooke.ca • Web •  More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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