Par Médéric Dens

Tandis que notre génération fait face à des enjeux comme la dépendance au numérique, la précarité économique et la crise du logement, l’écoanxiété, elle, semble balayée sous le tapis, malgré une forte présence chez les jeunes. Pourquoi la jeunesse est-elle autant affectée par l’écologie et les émotions s’y rattachant ? Deux personnes souhaitant garder l’anonymat (Témoin A et Témoin B) ont accepté de témoigner de leur vision, tandis qu’une chercheuse explique les causes et l’étendue de ce phénomène.
Notre génération tente de limiter les impacts environnementaux, mais la volonté de préserver la Terre vient aussi avec des conséquences, dont l’écoanxiété.
En effet, grandir avec la peur de subir des changements climatiques majeurs affecte plus de 66 % des jeunes du secondaire au Québec, qui disent vivre de l’écoanxiété quotidiennement, à l’occasion ou toujours. À l’inverse, seuls 34 % des jeunes disent ne jamais y penser.
Ces données sont parmi les plus élevées auprès des États occidentaux, notamment supérieures à celles de l’Estonie (24,7 %), de la Slovaquie (22,6 %) et même de l’Allemagne et de l’Espagne, pour qui les taux d’écoanxiété se situent autour de 55 %.
Pourquoi l’éco-anxiété frappe principalement les jeunes ?
À différentes époques, les jeunes d’ici se sont impliqués au sein d’enjeux comme la lutte pour les droits des femmes ou encore la promotion de la souveraineté. Or, il semble que la lutte environnementale expose les jeunes à une pression jamais vécue auparavant. Pourquoi ?
Selon Maxime Boivin, chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et professeure à l’Université Laval, l’« écoanxiété demeure une réaction normale », et encore plus chez les jeunes.
« Les jeunes sont le groupe qui risque de subir, pour l’instant, les enjeux climatiques (…) au stade où ils en sont dans leur vie, c’est un stade où ils ressentent moins d’agentivité, de sentiment de pouvoir agir et de sentir qu’on peut contribuer à atténuer ces enjeux-là ou à s’y adapter (…). Les jeunes sont dans une période où ils veulent en faire plus, mais n’ont pas les moyens de contribuer à la hauteur qu’ils le veulent », s’est-elle confiée au Journal.
De plus, l’effet « nouveau » de ce défi y est pour quelque chose, selon Témoin A, questionné par le Journal. « On est nés là-dedans donc on l’a réalisé beaucoup plus jeune. On réalise ce qui s’en vient et on sait qu’on va rester pris avec cet enjeu toute notre vie. Tu vois la montée des régimes comme celui de Donald Trump qui nient la crise climatique et tu sens que tu veux et que tu dois agir. »
Ce qui provoque l’écoanxiété
Comment les jeunes en viennent à sentir cette pression environnementale ? La deuxième personne étudiante questionnée par le Journal, Témoin B, identifie un moment précis où sa prise de conscience environnementale s’est transformée en véritable écoanxiété : « La marche environnementale de 2019 a éveillé mon esprit, mais c’est pendant la pandémie de COVID que cela s’est transformé en anxiété, quand la nature reprenait son cours alors que l’économie mondiale était au ralenti. J’ai pris conscience de mon impact environnemental et de la nécessité d’agir immédiatement. »
De son côté, Témoin A a vu sa conscience écologique s’éveiller graduellement. « C’est vraiment au fil des années que je l’ai réalisé (…) avec les immenses feux de forêts qu’on a ici et qu’on va continuer à avoir, ça a été comme un wake-up call pour moi. »
Ces exemples, bien que différents, concordent avec les propos de Maxime Boivin, lorsqu’elle affirme que « l’écoanxiété peut se déclencher graduellement, ou encore par un élément qui va nous faire prendre conscience qu’on est déjà rendus là ».
Puis, les jeunes affectés par l’écoanxiété, tout comme par d’autres phobies ou peurs, peuvent subir des variations en fonction des périodes de leur vie. « C’est comme si on a peur de prendre l’avion. Ce n’est pas une peur qui va nous habiter dans notre quotidien de façon très présente, elle va nous habiter si on sait qu’on va prendre l’avion (…). Pour l’écoanxiété c’est la même chose. À partir du moment où l’individu a cette prise de conscience-là, cela va fluctuer selon le contact qu’il a avec cette prise de conscience individuelle. »
Responsabilité individuelle contre responsabilité systémique
Si des personnes comme Greta Thunberg ont été en mesure d’avoir un impact collectif sur la sensibilisation écologique, d’autres trouvent des moyens plus individualistes pour limiter les effets de l’écoanxiété.
Le Témoin B, sans s’impliquer activement pour la lutte climatique, mise sur la réutilisation et le recyclage des matériaux pour diminuer son stress. « J’essaie de couper des vêtements tachés ou déchirés pour faire des serviettes ou des linges, je limite au maximum mon utilisation de plastique à usage unique et, surtout, je n’achète aucun vêtement neuf. Pour le reste, il est difficile pour moi de ne produire aucun déchet ou gaz à effet de serre. Mettre en place ces moyens me permet de canaliser mon anxiété. »
Le Témoin A utilise une approche similaire : « Je priorise le seconde main et le tri dans les déchets (…). Je réduis ma consommation d’électricité et limite mon utilisation d’eau, surtout quand je fais la vaisselle, puis j’achète du local, malgré les coûts plus élevés qui viennent avec », a-t-il affirmé.
Dans les deux cas, tant les actions individuelles que collectives y trouvent leur importance, principalement chez les jeunes. « C’est l’individu qui vit l’écoanxiété. Il y a des stratégies à mettre en place pour atténuer les symptômes (…), mais sur le plan individuel, c’est beaucoup moins porteur en termes de résultats qu’on peut atteindre », conclut Maxime Boivin.
En somme, même si les jeunes sont affectés individuellement par l’écoanxiété, ce sentiment est avant tout collectif et motivé « par l’inaction des autres, des entreprises, des gouvernements, etc. » aux yeux des éco-anxieux et éco-anxieuses.
Source : Nature Action Québec
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
