Par Nicolas Mathieu

Le 27 juin dernier, le duo québécois Angine de Poitrine a présenté un concert extérieur sur la Place des Festivals dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Le site était rempli bien avant le début du spectacle, avec une foule dense et des spectateurs installés jusque sur les terrasses et les plateformes en hauteur. Cette soirée confirme le statut du groupe comme nouveau phénomène de scène au Québec, capable d’attirer des milliers de personnes autour de son univers visuel et musical.
Le soir du 27 juin, la Place des Festivals s’est remplie rapidement. Très tôt, on voyait déjà des triangles partout dans la foule, sur les vêtements et les accessoires des spectateurs. Les allées se sont resserrées, au point où il devenait difficile de se déplacer. Certains festivaliers ont choisi de prendre de la hauteur, en se postant sur des terrasses ou des plateformes surélevées, afin d’observer autant la scène que l’immense tableau visuel créé par les lumières et les motifs géométriques.
L’anticipation entourant le concert était palpable. Avant même que le duo ne commence à jouer, la place donnait l’impression d’un rendez-vous important. Ce genre de soirée s’ajoute à la liste des grands rassemblements qui ont marqué l’histoire récente du festival, aux côtés de passages d’artistes comme Stevie Wonder ou Ray Charles. Pour Angine de Poitrine, il s’agit d’un moment charnière : un concert devant une foule compacte, qui les fait basculer du statut de projet remarqué à celui de groupe dont on parle comme d’un phénomène.
Un univers visuel et musical bien différent des autres
Sur scène, les deux membres se présentent sous les noms de Khn de Poitrine et Klek de Poitrine. Ils jouent des personnages de voyageurs spatio-temporels, fascinés par des éléments du quotidien comme les hot-dogs, mais aussi par des symboles plus grandioses, comme les pyramides ou l’imagerie rock. Leur univers mélange le sérieux de la performance musicale et une couche de fantaisie assumée, qui contribue à créer un spectacle complet.
Musicalement, Angine de Poitrine s’appuie sur des boucles et des structures répétitives, mais en cherchant constamment à les faire évoluer. La batterie installe des rythmes solides, tandis que la guitare à deux manches explore des nuances inhabituelles. L’ensemble donne une musique qui joue avec l’asymétrie et la dissonance, tout en restant accessible et dansante. Dans la foule, les corps suivent ces pulsations et répondent aux montées d’intensité.
Depuis la parution d’un premier volume en 2024, la popularité du groupe n’a cessé de croître. Le public s’est attaché à ce mélange de rock, de références électroniques et de clins d’œil à la culture pop. Les médias et l’industrie musicale ont aussi commencé à s’y intéresser de près. Un deuxième album, lancé au printemps, propose des pièces plus resserrées, avec un rythme qui ne laisse que peu de temps morts. Les influences d’acid-techno, de disco et de rock s’y croisent dans des formes qui cherchent à pousser un peu plus loin ce qui avait été posé au départ.
Sur le plan du parcours, le duo a multiplié les présences dans les festivals québécois. Le concert au Festival de jazz s’inscrit dans une série de prestations où la formation a consolidé sa réputation de groupe capable d’animer les grandes scènes. À l’international, une participation aux Trans Musicales, à Rennes, a permis de présenter ce projet à un public différent, reconnu pour son intérêt envers les propositions singulières.
L’impact de ce travail se reflète aussi dans les chiffres. Le deuxième album a fait une entrée remarquée au palmarès canadien de Billboard, en se taillant une place parmi les meilleures ventes. Le disque a rejoint le top 20 et s’est positionné tout près de la tête du classement, devant plusieurs artistes largement connus. Pour un duo issu du Saguenay, qui joue avec un concept à la fois ludique et exigeant, il s’agit d’un jalon important.
Malgré ce contexte, le groupe aime résumer sa démarche de manière simple. Au-delà des descriptions et des étiquettes, Angine de Poitrine insiste sur le plaisir de jouer du rock et de présenter un spectacle qui rassemble. Le 27 juin, la place des Festivals remplie et les triangles visibles à perte de vue ont illustré ce point de manière concrète. En quelques années, le projet est passé de salles plus modestes à une grande scène au cœur de Montréal, avec une foule qui répond présente.
Source : Festival international de jazz de Montréal
