Sonia Bolduc aborde le thème de la famille dans son second recueil 

Par Laurianne Dubois 

Le second recueil de poésie de Sonia Bolduc, on exclut la personne qui parle, publié chez Hurlantes éditrices, compte neuf chapitres et aborde la thématique de la famille. 

Le 8 avril dernier, lors d’un 5 à 7 chez Appalaches, Sonia Bolduc a procédé au lancement de son deuxième recueil de poésie, on exclut la personne qui parle. L’ouvrage, nourri par la vie familiale de l’autrice et les expériences de ses proches, s’inscrit dans la continuité d’un parcours amorcé après sa transition du journalisme vers le milieu culturel. Tissés de fragments familiaux et d’échos intimes, ces textes permettent de céder des lieux où l’écriture superpose souvenirs et fiction du réel. 

En 2023, Sonia Bolduc décide de quitter le journal La Tribune pour rejoindre l’équipe du Théâtre Double Signe. Avec 25 ans de carrière dans le domaine journalistique, ce ne fut pas long avant que son premier recueil de poésie, Quand tu mourras, apparaisse sur les tablettes de nos librairies favorites. En 2024, il a même été finaliste au grand prix du livre de Sherbrooke. En avril 2026 paraît son second recueil, on exclut la personne qui parle

Poésie comme vecteur de communication 

Lorsque questionnée sur sa décision d’écrire en vers plutôt qu’en prose, Sonia Bolduc répond : « Je ne veux pas paraître ésotérique, mais ce n’est pas moi qui ai choisi la poésie, c’est elle qui m’a choisie. » 

En effet, ses deux recueils sont constitués de thématiques lourdes, mais traitées de manière très concise, un amalgame propice à la poésie. Pour Sonia, lors de son premier recueil, il s’agissait d’abord d’un exercice d’écriture : faire mourir quelques centaines de fois ses proches. Toutefois, l’exercice a suffi et un manuscrit s’est acheminé sur les bureaux de son éditrice. Similairement, son deuxième recueil est l’association de chaque pronom à un membre de sa famille (elle pour la mère; lui pour le père; je pour l’enfant, etc.).  

Ainsi, la liberté qu’apporte la poésie permet de réfléchir aux relations interpersonnelles et humaines qui nous constituent. C’est d’ailleurs ce qui passionne l’écrivaine. « J’aborde beaucoup les relations humaines dans mes textes parce que moi c’est vraiment ça qui me fascine dans la vie, tu sais, il y en a, c’est les papillons —tout le monde a un petit quelque chose— moi, c’est les relations humaines. » Ces mêmes relations qui ont été enrichies par son métier de journaliste où la multiplication des rencontres humaines était à son comble.  

Une histoire de rétrospective 

on exclut la personne qui parle raconte les liens interpersonnels constituant les membres d’une famille. Le titre rappelle donc le besoin de prendre un pas de recul lorsqu’on amorce des réflexions qui sont aussi intimement liées à notre personne, permettant, en biais, d’acquérir une sensibilité et une compréhension accrues envers autrui.  

Ce même titre a été la première piste déclenchant l’écriture du recueil ; Sonia mentionne qu’il s’est imposé de soi. Depuis plusieurs années, elle réfléchit beaucoup au pourquoi et au comment de la vie. Toutefois, à la suite de nombreuses discussions avec ses amis et collègues, Sonia a réalisé que son expérience n’était pas unique. En parler devenait donc d’autant plus important.  

« L’art, ce n’est jamais des objets thérapeutiques », souligne Sonia. Toutefois, l’art, sous toutes ses formes, a pour fonction de venir éveiller quelque chose qui résonne dans l’histoire des lecteurs. Ce même art permet d’amorcer des conversations avec soi-même ou autrui sur des sujets parfois peu discutés, précédemment sur la mort, dans son premier recueil, et maintenant, sur la parentalité, aussi multifacette soit-elle. 

Indulgence comme mot de grâce 

Sonia est très sereine lorsqu’elle écrit ses textes, tout comme lorsqu’elle en parle. En effet, elle ne veut pas aborder le sujet avec rancœur, tristesse ou agressivité mais plutôt avec compréhension et empathie : « Nos parents sont des parents, mais avant d’être des parents, c’est des humains imparfaits, un peu comme nous on l’est. » Le but premier du recueil est d’essayer de comprendre réellement l’histoire des gens autour de soi et la façon dont leurs histoires altèrent la nôtre, puisque, pour se comprendre il faut comprendre ce qui nous compose.  

Bien que le recueil se base sur l’expérience de l’autrice, elle met au clair qu’il n’est pas important de savoir si elle a écrit sur sa famille ou pas. Le fait est qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie. L’usage des mots choisis reflète son expérience, mais l’interprétation de ceux-ci, lors de la lecture, est propre à chaque lecteur.  

Projet de famille 

Les derniers mots du recueil sont ceux-ci : « je viens de chaque famille qui n’aurait pas dû exister ». Une phrase qui pourrait sembler pleine de tristesse et d’amertume pour certains, mais qui, chez l’autrice, représente plutôt l’acceptation de sa situation familiale. Toutefois, ce n’est pas le seul ver qui est plutôt frappant dans son honnêteté. Sonia a d’ailleurs mentionné qu’elle ne passait pas des heures sur les mêmes textes, elle n’en a pas la patience. Elle ne se plaint pas non plus de l’effet brut que cela apporte à sa plume.  

De même, la trame de ce recueil se base sur les banalités composant la vie quotidienne lorsqu’une personne fait partie d’une famille où avoir des enfants n’était pas le projet initial; une famille où les parents n’étaient que des enfants; une famille créée sans avoir réellement réfléchi à ce que le mot famille signifiait… 

Dans la foulée 

Pour Sonia, ce n’est que le début de ses projets d’écriture. En effet, son premier recueil de poésie, Quand tu mourras, vient tout juste de finir d’être filmé et transformé en film poétique. Celui-ci sera donc distribué à travers les festivals prochainement. Elle exaucera aussi un rêve d’adolescence de longue durée en écrivant une pièce de théâtre. De plus, l’écrivaine a eu un financement de la Ville de Sherbrooke pour faire une série web ou bien un autre film.  

Juxtaposant maints projets, Sonia Bolduc mentionne qu’il s’agit de responsabilités très stimulantes. En effet, autant le théâtre permet d’exprimer davantage les dialogues, autant les films, eux, sont plus imagés, s’appuient beaucoup sur le jeu des comédiens et permettent d’aller explorer davantage les silences. Au niveau de l’écriture il y a donc beaucoup de nuances et de libertés, plaçant l’autrice directement dans son terrain de jeux. 


Source : Hurlantes Poésies

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