La crise de l’itinérance à Montréal 

Par Salma Labiede 

Les personnes sans-abris à Montréal élaborent des campements qui sont tolérés par la Ville, faute de solutions immédiates. 

À Montréal, la crise de l’itinérance ne cesse de s’aggraver et s’impose désormais comme l’un des enjeux sociaux les plus visibles et les plus préoccupants de la métropole. Dans les rues du centre-ville, mais aussi dans des quartiers autrefois épargnés, les tentes, les campements improvisés et la présence accrue de personnes sans domicile témoignent d’une réalité qui ne peut plus être ignorée. 

Selon plusieurs organismes, Montréal concentre à elle seule près de la moitié des personnes en situation d’itinérance au Québec. Déjà, environ 47 % des quelque 10 000 personnes itinérantes recensées dans la province se trouvent sur l’île, un chiffre qui ne tient pas compte de l’itinérance dite « cachée », beaucoup plus difficile à mesurer. Cette situation s’inscrit dans une tendance plus large : l’itinérance augmente partout au Québec et au Canada, malgré les efforts déployés pour y faire face.  

Pas de solution, plus de tolérance 

Sur le terrain, les signes de la crise sont multiples. Les campements de fortune se multiplient dans les espaces publics, au point où la Ville de Montréal a récemment annoncé qu’ils seraient tolérés dans certains cas, faute de solutions immédiates. Cette décision, qualifiée par certains de « pragmatique », illustre surtout l’ampleur du problème : les ressources d’hébergement sont saturées, et de nombreuses personnes n’ont tout simplement nulle part où aller. 

Plusieurs facteurs expliquent cette montée de l’itinérance. D’abord, la crise du logement joue un rôle central. Le manque de logements abordables rend de plus en plus difficile l’accès à un toit, même pour des personnes ayant un emploi. À cela s’ajoutent des enjeux complexes comme la santé mentale, la dépendance et le manque de soutien pour certains groupes vulnérables, notamment les jeunes sortant des centres jeunesse. Ces réalités, souvent entremêlées, rendent les solutions simples inefficaces. 

La crise se transforme également sur le plan géographique. Longtemps concentrée au centre-ville, l’itinérance s’étend désormais à d’autres secteurs de Montréal, y compris dans l’est de la ville, où les ressources demeurent insuffisantes face à la demande croissante. Cette expansion accentue les tensions liées à la cohabitation sociale et met à l’épreuve les services communautaires, déjà fragilisés. 

Des lacunes importantes 

Face à cette situation, les organismes sur le terrain tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent un manque chronique de financement et des ressources inadéquates pour répondre à la diversité des besoins. Dans un rapport récent, on souligne que ces organisations, essentielles à la réponse à la crise, sont « à bout de souffle » et peinent à suivre le rythme de la demande. 

Au-delà des chiffres et des politiques, la crise de l’itinérance à Montréal soulève des questions fondamentales sur la responsabilité collective. Pour plusieurs observateurs, il ne s’agit pas seulement d’un problème de logement, mais d’un enjeu de dignité humaine et de droits fondamentaux. Tant que les causes structurelles, pauvreté, exclusion, manque de services ne seront pas pleinement adressées, la crise risque de perdurer. 

Dans une ville qui se veut inclusive et solidaire, l’itinérance met en lumière les limites du modèle actuel, et rappelle, surtout, que derrière chaque statistique se trouve une réalité humaine. 


Source : Getty Images

Salma Labiede
Journaliste at Journal Le Collectif   More Posts
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