Par Salma Labiede

Pour plusieurs personnes étudiantes au Québec, les stages sont une étape essentielle pour obtenir un diplôme. Pourtant, dans plusieurs programmes, ces heures de travail ne sont pas rémunérées. Entre longues semaines de stage, de cours et parfois d’un emploi à temps partiel, plusieurs se demandent si cette pratique est vraiment une expérience formatrice ou plutôt une forme d’exploitation.
Dans plusieurs domaines comme les soins infirmiers, les soins préhospitaliers d’urgence, l’éducation spécialisée, l’éducation à l’enfance ou le travail social, les stages sont obligatoires pour obtenir un diplôme. Les personnes étudiantes doivent souvent effectuer de longues périodes de stage, pouvant atteindre jusqu’à 40 heures par semaine. Ces heures de travail sont pourtant rarement rémunérées, même si elles représentent une contribution réelle dans les milieux de travail.
Les études avant tout
Selon TVA Nouvelles, environ 84 % des stages au Québec ne sont pas rémunérés sur près de 116 000 stages offerts dans le secteur universitaire et public. Cette situation touche particulièrement certains domaines où les stages sont essentiels pour compléter la formation. Les étudiants et les étudiantes doivent donc conjuguer leurs cours, leurs stages et parfois un emploi rémunéré afin de payer leurs dépenses quotidiennes.
Pour plusieurs, cette réalité entraîne un important stress financier. Il devient difficile de suivre un stage à temps plein tout en conservant un emploi pour payer le logement, la nourriture ou les frais de scolarité. Certains étudiants se retrouvent ainsi devant un choix difficile : continuer leurs études malgré la précarité financière ou réduire leurs heures de travail, au risque de s’endetter davantage.
Une pratique non équitable
La question des stages non rémunérés soulève également des enjeux d’égalité. Selon la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Laurence Mallette-Léonard, la non-rémunération des stages est aussi un enjeu féministe. Elle rappelle que 74 % des stagiaires au collégial sont des femmes. De plus, plusieurs domaines où les stages sont obligatoires, comme l’éducation ou les soins, sont traditionnellement occupés par des femmes. Cette situation contribue donc à maintenir certaines inégalités économiques.
Plusieurs organisations dénoncent également cette pratique. L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) affirme que les stages non rémunérés constituent une pratique de travail non équitable. Selon l’organisation, demander à des personnes étudiantes de travailler gratuitement en échange d’« expérience » représente une forme d’exploitation qui profite du travail de jeunes personnes professionnelles en début de carrière.
Au Canada, certaines modifications ont été apportées au Code canadien du travail en 2015 afin de limiter les stages non rémunérés. Ces changements sont entrés en vigueur en 2020 et visaient notamment à améliorer l’accès et l’équité. Toutefois, plusieurs exceptions existent encore, notamment dans les stages liés aux programmes d’études. Les lois provinciales comportent également des lacunes, ce qui permet à plusieurs stages de demeurer non rémunérés.
Face à cette situation, plusieurs associations étudiantes demandent des changements. L’Union étudiante du Québec, en collaboration avec la Fédération étudiante collégiale du Québec et d’autres associations, réclame la rémunération de tous les stages dans les secteurs public et parapublic. Selon ces organisations, le travail effectué par les stagiaires devrait être reconnu à sa juste valeur.
Ainsi, le débat autour des stages non rémunérés continue de susciter de nombreuses discussions. Pour certains, les stages sont une occasion d’apprentissage essentielle. Pour d’autres, ils représentent une forme de travail non reconnu. Une question demeure donc au cœur du débat : les stages non rémunérés sont-ils une étape normale de la formation ou une exploitation déguisée?
Source : Union Étudiante Du Québec
