Par Médéric Dens

Un autre député du Parti conservateur du Canada (PCC) se tourne du côté des libéraux. Matt Jeneroux, député de longue date du parti, a annoncé rejoindre la formation de Mark Carney. Un coup dur pour le leadership de Pierre Poilievre, lui qui vient d’obtenir un vote de confiance généreux de la part de sa formation. Pour Mark Carney, l’atteinte d’une majorité parlementaire se fait de plus en plus probable, mais des élections anticipées semblent écartées pour le moment.
Visiblement, le Parti libéral (PLC) sait comment séduire les personnes députées conservatrices. Matt Jeneroux, député conservateur de la circonscription d’Edmonton Riverbend, a annoncé son changement de camp le 18 février dernier. Quelque temps après avoir reçu un vote de confiance impressionnant de 87,4%, le chef conservateur fait face à une contestation interne sans précédent.
Originaire d’Edmonton, ce dernier a auparavant été impliqué dans la politique provinciale dès 2012 au sein du Parti progressiste-conservateur de l’Alberta. Il a ensuite occupé des postes de ministre fantôme au sein des ministères de l’Innovation, des Infrastructures et de la Santé. Lors des élections législatives de 2015, il a changé de palier pour rejoindre la formation conservatrice au niveau fédéral.
Matt Jeneroux, par voie de communiqué, a souligné les consultations qu’il aurait eu avant de prendre la décision finale : « Après mûre réflexion en famille et après avoir consulté mes collègues et mes électeurs, j’ai décidé de poursuivre mon mandat au Parlement et de collaborer avec le premier ministre Mark Carney au sein de son nouveau gouvernement afin de renforcer notre pays face aux défis à venir. »
Le discours à Davos : un point tournant
Lors d’une rencontre avec le premier ministre, Matt Jeneroux a attribué beaucoup de valeur au discours prononcé par Mark Carney à Davos quelques semaines plus tôt. Il semble même que c’est ce discours qui a influencé la décision du député : « Franchement, c’est le discours de Davos où vous avez abordé tous les sujets de front, et je pense que pour moi, c’est là que le monde a beaucoup changé », a-t-il déclaré face à son nouveau chef de parti.
Dans son discours, le premier ministre avait souligné l’importance que représente l’alliance entre les États moins puissants face à ce qu’il qualifiait de « grande puissance », faisant notamment référence aux États-Unis. Le premier ministre soulignait également la nécessité de renforcer les liens avec les pays issus de l’ANASE, de l’OTAN et de l’Union européenne.
Pour ce faire, Mark Carney mise sur les compétences qu’a développées Matt Jeneroux à travers sa décennie parlementaire. « Il est une figure influente de l’engagement international et de la diplomatie parlementaire, ayant été vice-président de l’Association interparlementaire Canada-Royaume-Uni et fondateur du Groupe parlementaire Canada-ASEAN, et ayant établi des relations de travail directes avec des parlementaires de l’OTAN, d’Europe, d’Asie, d’Afrique, des États-Unis et de l’OSCE », rappelle le premier ministre sur son compte X.
Une potentielle majorité pour le PLC
Matt Jeneroux est le troisième député en quelques mois à quitter la barque conservatrice. Chris d’Entremont (Acadie-Annapolis) et Michael Ma (Markham-Unionville) ont en effet pris cette décision avant la fin de l’année précédente.
Mais, là où l’enjeu se corse, c’est que le PLC n’est qu’à trois sièges (169/172) d’obtenir une majorité parlementaire, à un moment où l’identité du Parti conservateur semble être mise à mal. En parallèle, l’appui au PLC a atteint 58% depuis le discours à Davos, alors que l’appui à Mark Carney s’établit quant à lui à 59%.
Éventuellement, trois circonscriptions seront en jeu : University—Rosedale (anciennement sous Crystia Freeland), Scarborough Southwest (ancienne circonscription de Bill Blair) et Terrebonne, dont les résultats ont récemment été renversés par la Cour suprême fédérale. Cela faisait suite à une plainte déposée devant les tribunaux par Nathalie Sinclair Desgagné, en raison d’une erreur dans le bulletin de vote d’une citoyenne.
Questionné à ce sujet, Jean-François Daoust, professeur à l’Université de Sherbrooke et spécialiste des comportements politiques comparés, de l’opinion publique, de la politique canadienne et de l’inférence causale, n’est pas convaincu que ces trois circonscriptions procurent à Mark Carney la majorité souhaitée. « Difficile à dire. Surtout que s’il y a d’autres transfuges, le nombre de sièges à gagner change. Ce n’est pas impossible, mais de toute façon, le gouvernement se comporte comme un gouvernement majoritaire au sens où les oppositions ne veulent pas, à ce stade, défaire le gouvernement. C’est plutôt clair pour tout le monde. Carney peut donc gouverner de la même façon qu’il le ferait s’il avait une majorité. »
Des élections anticipées à prévoir ?
Certains politologues croient que des élections anticipées pourraient survenir si les sondages continuent de favoriser le Parti libéral, considérant la popularité du premier ministre. Mais, pour Jean-François Daoust, il est peu probable que cette situation se produise.
« Selon moi, sa popularité n’a pas augmenté lorsque l’on tient compte des intervalles de confiance. Carney était populaire avant Davos et il l’est encore. Davantage que son parti. Il n’est toutefois que quelques points de pourcentage en avance sur les conservateurs (disons entre 3 et 5 points), avant même le déclenchement d’une campagne », mentionne-t-il lorsque questionné sur le potentiel déclenchement d’élections anticipées.
Pour le moment, il semble donc que la stratégie libérale consiste à maintenir son statut minoritaire au parlement. L’inverse serait en réalité un pari plus risqué pour le Parti libéral qui, pour le moment, se contente d’accueillir les personnes députées conservatrices. Malgré cette vague de départs, le leadership de Pierre Poilièvre n’est toujours pas remis en question au sein de sa formation selon Jean-François Daoust.
« Il n’y a pas de dauphin prêt à prendre la relève et c’est toujours un risque de démarrer une course au leadership alors qu’il peut y avoir un déclenchement à tout moment », affirme-t-il. Il écarte ainsi, pour le moment, la possibilité que Pierre Poilièvre perde son poste.
Source : Facebook Matt Jeneroux
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
