Par Meg-Anne Lachance

Deux importantes joueuses de la Coalition Avenir Québec (CAQ) ont annoncé leur départ dans les dernières semaines. La ministre des Affaires municipales, Geneviève Guilbault a partagé la nouvelle lors d’une conférence de presse le 18 janvier. Quelques jours plus tard, Sonia LeBel, ministre de l’Éducation lui a emboité le pas.
« Après mûre réflexion et de longues conversations avec ma famille, mes amis et mes collègues, j’en reviens à la conclusion que le temps est venu de me retirer de la vie politique à la fin du présent mandat », a annoncé la ministre LeBel dans un communiqué datant du 19 janvier.
Cette dernière a ensuite expliqué sa décision en conférence de presse, deux jours après avoir partagé la nouvelle. Aux yeux de la ministre de l’Éducation, le moment était venu de tourner la page politique, sereine et la tête haute. « Après 35 ans de service public, dont les neuf dernières années à la CAQ, je sentais qu’il était temps pour moi de tourner la page. J’ai toujours été animée par une seule chose : servir l’intérêt public avec intégrité. C’est cette flamme qui m’a guidée pendant toutes ces années. »
« Si on s’engage en n’ayant pas la conviction qu’on peut faire les quatre ans, avec la même énergie, et le même engagement qu’on a au moment où on prend l’engagement, je pense que ce n’est pas une bonne idée pour les citoyens », a-t-elle expliqué en conférence.
Alors qu’une bonne partie de l’équipe de François Legault a vu son image être entachée, Sonia LeBel est l’une des seules à avoir su garder la tête hors de l’eau. Contrairement à certains collègues, elle a su éviter la controverse et ce, peu importe les ministères occupés depuis son arrivée en 2018. « Dès son arrivée en politique, Sonia LeBel a été une gardienne de l’éthique de notre gouvernement. Elle a exercé ses fonctions avec rigueur et intégrité. Au fil des années, on a aussi découvert une femme de la nature, attachante et profondément humaine », a témoigné François Legault à la suite de l’annonce de sa collègue.
Contrairement à Geneviève Guilbault, la ministre LeBel avait informé le cabinet du premier ministre avant de faire sa sortie publique.
Un départ plus difficile pour Guilbault
« Depuis plus de huit ans, j’ai tout donné pour la politique », a lancé Geneviève Guilbault lors de son point de presse du 18 janvier. Bien qu’aucune animosité avec son parti semble avoir guidé sa décision, c’est par le journal La Presse que le cabinet du premier ministre a appris le départ d’une de ses membres. Selon eux, rien ne laissait présager que la ministre Guilbault ne se représenterait pas aux prochaines élections. Cette dernière a cependant confirmé avoir fait son choix depuis un certain temps. « C’est une décision qui, chez nous, est prise depuis longtemps, qui n’a rien à voir avec l’actualité », a-t-elle confirmé.
Après s’être retrouvé au centre de plusieurs situations nébuleuses de la CAQ, la ministre des Affaires municipales reste heureuse du travail accompli dans ces deux derniers mandats. « J’ai livré des projets qui me rendent très fière », a-t-elle confirmé, en faisant référence notamment à la mise en place du bracelet antirapprochement pour protéger les femmes victimes de violence. Questionné sur le fameux troisième lien, elle affirme que « plusieurs étapes avaient été franchies », mais que le futur du projet ne relevait plus d’elle.
Malgré tout, la ministre a confirmé ne pas fermer « la porte à la politique à jamais », tout en précisant qu’elle devait prioriser sa famille. « J’ai besoin que mes enfants et mes parents passent en premier. J’ai souvent dit que je n’ai pas peur de grand-chose dans la vie, mais j’ai peur du regret. Et pour moi, il est évident que si je continue la politique encore quatre ans, je m’expose à regretter d’avoir manqué en quelque sorte l’enfance de mes enfants parce que j’aurai eu la tête ailleurs pendant toutes ces précieuses années. »
Les femmes en politique
« Je fais de la politique pour changer le Québec, mais aussi pour les femmes », a lancé Geneviève Guilbault vers la fin de sa conférence de presse. « Tellement de femmes m’ont encouragée depuis huit ans, m’ont parlé de l’importance des modèles de femmes qui évoluent dans des milieux masculins et qui résistent aux multiples attaques et [aux] obstacles typiquement associés à des fonctions difficiles », a-t-elle exprimé.
En se qualifiant de « féministe moderne », Guilbault n’a pas caché qu’il y avait d’importants obstacles pour les femmes en politique, évoquant « l’acharnement politique » et le « prix à payer pour porter de gros dossiers ». Des enjeux qu’elles espèrent ne soient pas des blocages pour les femmes, qu’elle encourage de continuer dans le domaine.
Cette fin rappelle que malgré la zone paritaire atteinte, la politique reste un milieu sous l’influence forte des valeurs patriarcales. Depuis les dernières années, plusieurs députées ont quitté leur fonction par manque de soutien. Contrairement à ce que la population pourrait croire, le problème ne réside pas dans les biais de l’électorat, plutôt que dans les normes structurelles. En effet, aujourd’hui l’écart de vote entre candidate et candidat est de 0,5 point seulement.
« Les femmes demeurent sous-représentées parce que, traditionnellement, les hommes sont plus intégrés dans les réseaux partisans et que les élus sortants sont souvent des hommes », explique André Blais, professeur de science politique à l’Université de Montréal.
Derrière ce problème, un milieu de travail non adapté, un taux d’harcèlement plus élevé, un manque de confiance, des difficultés de recrutement, des préjugés médiatiques et des stéréotypes. « Les stéréotypes de genre restent également problématiques, créant un double piège: si les femmes affichent trop de traits féminins, elles risquent d’être perçues comme faibles et, si elles adoptent des traits masculins, elles peuvent être jugées antipathiques », continue le professeur.
Malgré ces défis, M. Blais est confiant que c’est un futur positif qui se dresse devant les futures politiciennes de ce monde. « Les partis politiques canadiens ont donc tout intérêt à recruter davantage de femmes pour les élections à venir », conclut-il.
Source : Le Nouvelliste

Meg-Anne Lachance
Étudiante en politique, Meg-Anne a toujours été intéressée par les enjeux internationaux, sociaux et environnementaux. Après avoir occupé le rôle de journaliste aux Jeux de la science politique, elle a eu la piqûre des communications. Guidées par un sentiment d’équité, elle s’efforce de donner une visibilité aux actualités oubliées. Féministe dans l’âme, vous pourrez certainement retrouver cette valeur dans certains de ses textes!
