Par Jérémy Savard

Le 5 janvier 2026, le président du Venezuela, Nicolás Maduro, et sa femme plaident non coupables à plusieurs chefs d’accusation fédérales lors de leur comparution devant un tribunal fédéral de Manhattan à New York.
Il s’agit d’un événement hors du commun qui s’inscrit dans une longue histoire de relations houleuses entre les États-Unis et le Venezuela.
Gouvernement Maduro
Nicolás Maduro, vice-président lors de la législature de Hugo Chávez (dirigeant vénézuélien du 2 février 1999 jusqu’à sa mort, le 5 mars 2013), devient président aux élections de 2013. Dès le premier mandat de Donald Trump, le département de la Justice américaine inculpe Nicolás Maduro, décideur jusqu’au 3 janvier 2026, de narcoterrorisme et de complot de trafic de cocaïne. Selon les propos du président américain, Nicolás Maduro contrôlerait un violent cartel de drogue, le Cartel de los Soles, depuis plusieurs années. Ensuite, les élections de 2018 et de 2024 au Venezuela sont largement reconnues comme non légitimes et frauduleuses par les États-Unis. Les preuves sont telles que l’administration Biden, en 2025, et plusieurs autres États ont identifié le perdant des élections de 2024, Edmundo González Urrutia, comme le réel gagnant.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trump a ajouté le Cartel de los Soles à la liste des organisations terroristes étrangères (FTO) et a nommé Maduro comme son leader. D’après le New York Times, en date du 31 décembre 2025, au moins 115 personnes ont été tuées dans les 35 frappes américaines sur des bateaux en lien avec des gangs de drogues. Finalement, des frappes faisant 80 morts, selon un officiel vénézuélien, ont permis la capture et l’extradition du président Maduro aux États-Unis.
Gouvernement Chávez
Les intérêts américains envers le Venezuela remontent aux années 1990 avec l’élection de Hugo Chávez. Les tensions débutent avec la « Révolution bolivarienne », qui incarne un mouvement de politique socialiste, anti-impérialiste et de réforme sociale, initiée par le président Chávez. D’une part se tient la posture socialiste de Chávez, ami de Fidel Castro et allié russe, et ses critiques des politiques extérieures américaines. D’autre part se dresse le Venezuela en tant que lieu stratégique dans la lutte contre les drogues et pour ses ressources pétrolières. Bien que revendiquée par plusieurs, l’implication directe de la CIA dans les tentatives d’assassinat et d’insurrection contre Chávez n’est pas évidente. En revanche, les États-Unis ont réussi à prouver que l’ingérence n’est pas un obstacle. En effet, on peut penser à la doctrine Monroe ou à la doctrine du Big Stick de Roosevelt, qui prône que tout effort pouvant perturber la politique du continent américain engendrerait une intervention américaine. Ce sont ces doctrines qui ont rendu célèbre la position américaine comme gendarme international. L’affaiblissement de cette position a été observé, entre autres, sous l’administration Biden qui s’est retirée de l’Afghanistan.
La légalité dans l’illégalité
La menace du narcotrafic transitant par le Venezuela aurait ressuscité le fantôme de la doctrine du Big Stick. En revanche, d’après les chiffres, le Venezuela ne se démarque pas particulièrement. Tous les états limitrophes de la Colombie font face à des enjeux de cocaïne.
À quelques exceptions près, le président américain doit passer par le Congrès américain pour déclarer une attaque contre un pays souverain. En attendant le développement de la situation, personne ne sait vraiment ce que les États-Unis veulent retirer de ce conflit. Trump a une tendance plus impérialiste que Biden. En effet, le choix des mots par l’administration Trump aide à saisir le nouveau régime américain : « narcoterrorisme » et « organisation terroriste » (Cartel de los Soles). Mettre un groupe sur la FTO permet de criminaliser toute interaction avec celle-ci. Cette action donne du pouvoir aux agences internationales américaines, comme le FBI, pour « prévenir » toute menace terroriste. L’administration essaie de légitimiser ses actions auprès de l’opinion publique, et elle tente de justifier légalement ses opérations devant le Congrès et la justice américaine.
Trump semble renouer avec un passé expansionniste et impérialiste. Ce constat met en perspective ses propos envers le Canada et le Groenland. Il a aussi été question de la bande de Gaza. Toutefois, comme Trump le déclare au cours d’une entrevue avec le New York Times, il expose une vision du pouvoir limité uniquement par « sa propre moralité ».
Source : Micho sur Unsplash
