Santé mentale en milieu carcéral : un rapport accablant  

Par Meg-Anne Lachance  

L’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger, quitte ses fonctions, en raison d’un manque d’écoute de ses recommandations. 

L’enquêteur correctionnel du Canada, le Dr Ivan Zinger, a annoncé mettre fin à son mandat deux ans plus tôt que prévu. Deux semaines après la publication de son rapport dénonçant vivement les soins de santé mentale en milieu carcéral, le Dr Zinger accuse le gouvernement et Service correctionnel Canada (SCC) d’ignorer son expertise.  

« Je quitte avec pas mal de frustrations et je dois vous avouer que je quitte deux ans avant la fin de mon mandat », a-t-il confié en conférence de presse, le 12 novembre dernier. « Si l’organisme soumis à ma surveillance avait été plus réceptif, je serais peut-être resté deux autres années. »  

En place depuis 2013, le Dr Ivan Zinger accuse le SCC d’avoir « trop souvent » ignoré ses recommandations en matière de réforme systémique. Il accuse également le ministère de la Sécurité publique d’avoir fait preuve de « réticence » à appliquer les recommandations du Bureau de l’enquêteur correctionnel.  

Qualifiés d’« entrepôts pour les personnes souffrant de problèmes mentaux », les cinq centres régionaux de traitement en santé mentale (CRT) gérés par Service Correctionnel Canada n’ont pas été épargnés par le Dr Zinger. Dénigrement, usage de poivre de cayenne, infrastructures inadaptées : voilà quelques exemples de traitements subis par des patients.  

« Il ne fait aucun doute que le manque d’accès à des soins de santé mentale opportuns, adéquats et appropriés est une question de droits de la personne. D’après nos enquêtes, il est tout à fait clair que le Service correctionnel Canada (SCC) n’est fondamentalement pas équipé pour fournir des soins de santé mentale à long terme aux personnes atteintes de maladies mentales graves, y compris celles qui souffrent de détresse psychiatrique aiguë, d’idéation suicidaire et d’automutilation chronique », a déclaré l’enquêteur correctionnel.  

« L’enquête la plus complète jamais réalisée »  

Son rapport, découlant de six enquêtes sur les soins en santé mentale dans les établissements correctionnels fédéraux et de 425 entrevues avec des personnes détenues, représente « l’enquête la plus complète jamais réalisée », selon le Bureau.  

Selon l’enquêteur, « les personnes atteintes d’une maladie mentale grave […] devraient être transférées dans des hôpitaux psychiatriques communautaires mieux adaptés à leurs besoins ».  

Or, Service correctionnel Canada estime que les centres de santé provinciaux détiennent des capacités « limitées », pas nécessairement adaptées aux particularités sécuritaires de ce type de patients. L’enquêteur reste toutefois ferme : l’argent devrait être envoyé aux hôpitaux psychiatriques provinciaux plutôt qu’aux centres carcéraux.  

Dans ses 21 recommandations, le Dr Zinger exhorte le ministre Gary Anandasangaree à revenir sur sa décision d’investir 1,3 milliard de dollars dans un nouveau centre au Nouveau-Brunswick et à réorienter plutôt ces fonds vers les hôpitaux psychiatriques provinciaux. La demande a été ignorée par M. Anandasangaree.  

Malgré le refus du SCC d’appliquer la recommandation de mettre fin à l’utilisation de poivre de cayenne, le Bureau de l’enquêteur affirme que l’organisation « a déjà pris des mesures concrètes pour donner suite à plusieurs recommandations du rapport ».  


Source : CPAC

Meg-Anne Lachance
Cheffe de pupitre SOCIÉTÉ at Journal Le Collectif  societe.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante en politique, Meg-Anne a toujours été intéressée par les enjeux internationaux, sociaux et environnementaux. Après avoir occupé le rôle de journaliste aux Jeux de la science politique, elle a eu la piqûre des communications. Guidées par un sentiment d’équité, elle s’efforce de donner une visibilité aux actualités oubliées. Féministe dans l’âme, vous pourrez certainement retrouver cette valeur dans certains de ses textes!

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