Sam. Mai 14th, 2022

Par Laurie Jeanne Beaudoin 

Frédéric Bouchard, professeur au Département de géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke, s’intéresse à l’évolution de notre planète, des sols et plus encore du pergélisol. Le Collectif vous offre un petit tour d’horizon dans le grand froid pour découvrir d’autres effets cachés sur notre climat.  

Le quotidien du professeur Bouchard est polarisé par l’enseignement et l’étude des milieux nordiques terrestres et aquatiques (sol et sédiment, eaux douces, changements climatiques, etc.). Cette fascination envers son domaine de recherche a débuté lors de sa maitrise dans la vallée de Salluit au Nunavik. « Je suis tombé en amour avec les paysages arctiques », explique le géologue de formation. Son doctorat portant sur les lacs de « thermokarst » (dégel du pergélisol) au Québec subarctique l’a amené ensuite à comprendre l’histoire de certains lacs et à reconstituer l’évolution de la nature arctique.  

Make our planet great again 

En 2017, il participe au programme Make Our Planet Great Again, un programme lancé à travers le monde pour recruter des chercheurs de partout. Candidature retenue, Frédéric s’expatrie alors en France pour travailler sur son projet qui traite des relations entre la dynamique du pergélisol et les émissions de gaz à effet de serre par les lacs en Sibérie. À ce moment, sa thématique principale concerne le pergélisol, soit la partie « invisible » de la cryosphère. Selon lui, ce fut un moment « levier » dans sa carrière.  

Aujourd’hui, les recherches de ce projet tirent à leur fin. Après 3 ans et demi en France, le professeur Bouchard revient au Québec et se joint à l’équipe professorale de la Faculté des lettres et des sciences humaines. Au département de géomatique appliquée, son expertise très distincte de celle de ces collègues apporte un vent nouveau.   

Frédéric Bouchard, professeur au Département de géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke.
Crédit image @ Michel Caron

Du dégel et un réchauffement plus important  

La géomatique appliquée à l’environnement est née d’une combinaison entre la télédétection, les systèmes d’information géographique et la cartographie numérique en relation avec l’écologie, la géographie et les ressources naturelles. La discipline passe par tous les domaines : de l’agriculture à la foresterie jusqu’à l’urbanisation et bien sûr par la climatologie.  

Tout d’abord, le réchauffement de la planète fait dégeler le pergélisol. Il libère alors de la matière organique prisonnière depuis des milliers d’années. En effet, en plus de la glace, les débris organiques congelés comme des racines ou des feuilles remettent en circulation de la matière organique ce qui nourrit les microbes qui à leur tour rejettent du CO2 et du méthane, deux gaz à effet de serre.  

Frédéric Bouchard confie que ce phénomène est perpétuel : « C’est une boucle, un cercle vicieux, puisque le réchauffement engendre des effets qui amplifient la production des gaz à effet de serre, ce qui réchauffe alors plus le climat, ainsi de suite ».  

Les effets d’un sol instable  

Le professeur Bouchard poursuit en expliquant que plus de 20 millions de km2 en hémisphère nord sont composés de pergélisol. Le pergélisol apparait dans tous les types de sols sous température zéro. Un plancher rocheux qui dégèle est plutôt inoffensif, mais celui composé de glace seulement peut devenir rapidement instable et mettre en danger des villages complets en Arctique.  

Donc concrètement, oui les effets du dégel du pergélisol sont observables. On parle surtout d’affaissement des routes et d’infrastructures, des problématiques plutôt d’ingénierie. Est-ce inquiétant? Selon le professeur, il ne faut pas s’alarmer outre mesure : « Il ne faut pas voir ça comme une bombe, car les changements s’opèrent très lentement à certains endroits. »  

S’adapter pour s’assurer un meilleur avenir  

Présentement, les communautés côtières sont les plus touchées par le dégel du pergélisol au niveau des villages et de leurs infrastructures. Au-delà de ce concept, il faut aussi prendre en compte l’augmentation du niveau marin et de l’érosion. « Il existe de nombreux outils géomatiques comme les satellites qui nous permettent de quantifier ce genre de donnée et mesurer le niveau des océans », explique Frédéric Bouchard.   

Selon le spécialiste du climat, une meilleure compréhension des phénomènes climatiques nous permettra de planifier et d’exécuter des stratégies d’adaptation qui fonctionnent, selon nos budgets et les technologies disponibles. En d’autres mots : « C’est possible de s’adapter aux changements climatiques. Il faut juste prévoir et planifier les changements sur le climat, inclure ce devoir dans toutes les sphères de notre société, ce n’est pas juste une question de budget, mais aussi de vision. » 

S’ouvrir aux changements de la nature 

Connaître tous les paramètres possibles des changements climatiques nous permettrait d’anticiper les conséquences et de nous y préparer adéquatement. Comment construire nos bâtiments pour qu’ils durent le plus possible? Quelles stratégies développer pour préserver les sources d’eau ou de nourriture? Comment gérer nos réseaux transports?  

Comme Frédéric Bouchard l’a mentionné récemment dans une nouvelle UdeS : « Aménager notre espace sans tenir compte de la nature, tôt ou tard, ça s’écroulera. » Tout comme nous nous adaptons à vivre en temps de pandémie, il faut apprendre à s’adapter à l’évolution de notre environnement et à bien le comprendre.  

Les changements climatiques en classe  

D’ailleurs, le département de géomatique appliquée offre maintenant un cours ouvert à tous qui traite de la climatologie et des changements climatiques. Des concepts intéressants, actuels à comprendre, le tout, magistralement enseigné par le professeur Frédéric Bouchard. Il porte un grand intérêt à la vulgarisation et la communication scientifique vers le grand public, de même que pour l’histoire des sciences de la Terre. Ce n’est donc pas surprenant qu’il apprécie tout autant être devant une classe que visiter des températures nordiques.  

Laurie Jeanne Beaudoin
Cheffe de pupitre CAMPUS pour le Journal Le Collectif

Au secondaire, le cours préféré de Laurie Jeanne, c’était le français. C’est probablement une des raisons qui l’ont menée vers le bac en communication. L’écriture a toujours été sa force, bien plus que les présentations orales, avec son profil plutôt discret et calme. Elle aime les plantes, la couture et dans une autre vie, elle joue aussi du violon et du violoncelle.

Depuis qu’elle a rejoint l’équipe du journal Le Collectif à l’été 2021, grâce à sa discipline et sa minutie, Laurie fait fleurir le campus de l’UdeS en lui offrant la visibilité qu’il mérite.

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