Mer. Mai 15th, 2024

Par Daphnée Dandurand-Pominville 

Depuis quelques semaines, l’enjeu de l’accessibilité des services pour les personnes victimes de violence conjugale a pris de l’ampleur dans le débat public. En effet, la ministre de l’Habitation du Québec, France-Élaine Duranceau, a bien malgré elle enflammé l’opinion populaire. Cette dernière a affirmé que les coûts liés aux maisons d’hébergement pour victimes de violence conjugale sont « excessifs », représentant jusqu’à « 900000 $ ou un million $ la porte ».  

Pourtant, il s’agit d’un enjeu bien présent dans notre société. Quelle part devrait jouer le gouvernement dans l’offre de service pour ces personnes victimes de violence conjugale? 

La violence conjugale  

La violence conjugale englobe toute forme de répression, de domination et de contrôle sur un ou une partenaire. Les agressions peuvent être physiques, sexuelles, psychologiques, verbales et peuvent toucher la dynamique économique conjugale. La situation de violence devient rapidement un cercle vicieux duquel il est extrêmement difficile de s’éloigner définitivement. Le contexte familial, la dépendance financière et d’habitation sont des facteurs influents qui entrent en jeu selon la nature de la relation conjugale problématique. 

Le rôle des maisons d’hébergement 

Au Québec, 24 maisons d’hébergement de 2eétape prennent en charge le rétablissement et la sécurité de victimes de violence conjugale à long terme. Principalement, ces maisons permettent d’assurer la transition de logement de femmes, mais également d’enfants et parfois d’hommes dont la santé mentale et physique a été et est toujours compromise par une situation de violence. La période de séjour varie selon les cas, mais elle couvre généralement de quelques mois à un an d’hébergement, voire plus.  

Le service est un recours temporaire qui offre un accompagnement en santé mentale et vise un retour à l’autonomie des victimes. Ces maisons leur permettent de retrouver une forme de stabilité propice à l’indépendance et un plus long suivi, comparativement aux hébergements d’urgence, ou de crise, qui sont à la première étape d’accueil du système. En séjournant en maison de deuxième étape, les chances de se sortir d’une relation intime violente, et donc de retrouver sa liberté et sa sécurité sont beaucoup plus élevées pour une victime.  

Répondre à un besoin fondamental de sécurité 

L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2) s’est formée en 2003 afin de répondre à un besoin psychosocial évident. Elle se débat encore aujourd’hui pour sa légitimité financière auprès du gouvernement.  

La CAQ a promis en 2021 une bonification des investissements dans le secteur afin d’améliorer et d’augmenter les capacités surchargées des services offerts aux victimes, notamment par la construction de maisons d’hébergement. Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au sein de l’organisme Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, affirme toutefois que « Les maisons d’hébergement de 2e étape doivent refuser 58 % des demandes faute de places […] ». 

Une accumulation dangereuse de demandes 

Alors qu’habituellement les gouvernements tendent à s’activer à la suite de tragédies médiatisées, il semble que les quatre derniers féminicides qui ont eu lieu depuis le début de l’année n’ont pas choqué suffisamment. Selon Statistique Canada, « la grande majorité (81 %) des établissements d’hébergement ont déclaré que le manque de logements abordables et adéquats à long terme était l’un des principaux problèmes auxquels leurs résidents étaient confrontés ».  

Présentement, le financement qui était dédié à la cause au Québec est mis sur pause. L’évidence d’un manque flagrant de mouvement dans le domaine public de l’infrastructure fait pression sur le gouvernement Legault. Les refuges de première et de deuxième étape sont déjà à 100 % de leurs capacités et font face à une demande croissante, depuis plusieurs années, et particulièrement depuis la pandémie.  

Les services du milieu manquent également de fonds pour fonctionner. Mais à quoi bon, quand ils ne peuvent référer qu’une partie des victimes à un logement sécuritaire? La ligne SOS violence conjugale devait, selon les dernières nouvelles (mars 2024), refuser 17 demandes par jour. Le besoin en hébergement est criant.  

Il faut également considérer que les demandes d’aide sont en réalité sous représentatives de la population étant actuellement dans une situation conjugale à risque pour leur santé mentale et physique. Le ministère de l’habitation, dirigé par France-Élaine Duranceau, et les autres ministères concernés sont pressés d’agir par les groupes de pression afin de revoir rapidement leurs priorités budgétaires. Alors que la vie de centaines de femmes se joue sur une décision parlementaire, c’est une pause financière qui coûte cher autrement. 

« On parle de vies de femmes et de leurs enfants. La ministre de l’Habitation, elle, parle de capacité de payer. Pour elle, combien vaut la vie d’une femme? » s’est insurgée en chambre Brigitte Garceau, députée libérale de Robert-Baldwin. 

Pour rappeler les priorités des citoyens : une pétition 

La norme est aujourd’hui d’entendre de la part des personnes intervenantes du milieu que les promesses des élus ne sont pas respectées et que les objectifs des plans gouvernementaux n’aboutissent pas. Les organismes considèrent que l’action collective est de mise, afin de rappeler à l’ordre les responsables des questions de santé et de sécurité publique à l’Assemblée nationale et de contribuer à la protection de nombreuses vies. 

En ce sens, une pétition a été initiée par des membres de la société civile, et parrainée par le député péquiste Paul St-Pierre-Plamondon. Vous souhaitez offrir votre support à la cause? La pétition est disponible ici, sur le site de l’Assemblée nationale. N’oubliez pas de confirmer votre signature par courriel, sans quoi elle ne sera pas validée. 

Besoin d’aide? 

En cas d’urgence, vous pouvez rejoindre SOS Violence conjugale, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, au 1 800 363-9010. Il s’agit d’un service confidentiel et gratuit. 


Source: Canva

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