Par Maxim Bonneville

Les Jeux olympiques de Milan-Cortina ont officiellement commencé le 6 février dernier, en Italie. Lors d’événements sportifs de cette envergure, des enjeux qui dépassent les performances et les médailles sont mis en lumière. Des comportements sexistes, racistes ou homophobes démontrent certaines inégalités encore persistantes dans le monde du sport. Parmi celles-ci, le code vestimentaire en est une flagrante.
L’enjeu autour des vêtements imposés aux sportives ne date pas d’hier. Si aujourd’hui les uniformes sont courts et moulants, cela n’a pas toujours été le cas.
En France, c’est Suzanne Lenglen qui a été la première à se rebeller contre le code vestimentaire imposé aux femmes. La prodigieuse joueuse de tennis s’est débarrassée de ses robes longues et son corset (le code vestimentaire à l’époque) pour se tourner vers la jupe plissée. Et son choix audacieux n’est pas passé inaperçu ! Grâce à son talent pour le tennis, et des vêtements beaucoup plus pratiques, Lenglen a battu des records, gagné des tournois et fait changer officiellement le code.
Si Suzanne Lenglen s’est tournée vers la jupe pour être plus confortable, peut-on justifier les règles d’aujourd’hui de la même manière ?
Obligations strictes
Encore en 2026, les sportives sont obligées de porter des vêtements très courts et moulants. C’est le cas au volleyball, où les femmes doivent porter des cuissards très courts, voire une simple « bobette », ainsi qu’une camisole moulante et courte.
Dans certaines organisations, le code vestimentaire est tellement strict que les personnes qui ne le respectent pas peuvent recevoir des amendes. C’est arrivé à l’équipe de handball norvégienne en 2021, qui avait décidé de porter des shorts au lieu d’un bas de bikini. Elles ont reçu une amende d’environ 2 600 $.
Les règles régissent les types de vêtements, leurs longueurs, et parfois même les couleurs imposées aux joueurs et aux joueuses. C’est par exemple le cas dans le célèbre tournoi de Wimbledon, où toutes les personnes qui jouent sont obligées de porter du blanc. La règle était tellement stricte qu’en 2017, Venus Williams a été obligée de changer de soutien-gorge pendant un match, car ses bretelles roses étaient visibles.
Cette règle, qui allait même jusqu’aux sous-vêtements, était une source de stress pour les joueuses menstruées. Il a fallu attendre en 2023 pour que la règle soit assouplie et que les femmes puissent enfin porter des shorts sous leur jupe, à condition qu’ils soient unis, foncés et qu’ils ne dépassent pas la longueur de la jupe.
Pourquoi les sportives doivent porter des vêtements aussi moulants et révélateurs ? Pour bien comprendre, il faut tout d’abord s’intéresser à deux concepts clés : l’hypersexualisation et le male gaze. L’hypersexualisation, c’est l’action de rendre sexuels des comportements ou des personnes en les réduisant à des stéréotypes de genre ou à leur apparence. Quant à lui, le male gaze, est une expression féministe qui dénonce la manière de certains médias (publicités, films, jeux vidéo, etc.) de présenter les femmes avant tout comme objet de désir masculin.
En effet, certaines personnes croient que le code vestimentaire imposé aux sportives est avant tout un outil de marketing. Comme le sport féminin est généralement moins populaire (et donc moins rentable financièrement), des vêtements sexy et révélateurs pourraient être une manière d’attirer les regards, et donc de plus gros profits. La citation de Sepp Blatter, président de la FIFA, est un excellent exemple : « Les femmes devraient avoir des shorts plus serrés pour créer une esthétique plus féminine et ainsi augmenter la popularité du sport. »
Ouverture à l’horizon
Bien qu’il y ait encore beaucoup de travail à faire, certaines organisations sont plus sensibles et ouvertes au changement. C’est par exemple le cas de Patinage Canada, qui permet aux patineuses et aux patineurs de porter les vêtements qu’ils souhaitent, à condition qu’ils soient « sobres et dignes ». Sur le site internet officiel, on peut lire que « pour les compétitions nationales, la neutralité de genre s’applique en matière de vêtements. Les patineurs peuvent choisir, sans aucune restriction, de porter une jupe, une robe, un pantalon ou des collants ». C’est également le cas du Royal Canada Curling club, qui a comme seule obligation de porter des chaussures de curling ou des souliers avec semelles de caoutchouc propres et de ne pas porter de vêtements qui peuvent laisser tomber des fibres.
Les codes vestimentaires peuvent avoir du bon. Ils uniformisent les équipes et assurent la sécurité des athlètes. En revanche, au-delà de ces besoins, sont-ils vraiment nécessaires ? En 2026, ne serait-il pas temps de laisser les gens choisir ? L’hypersexualisation des sportives amène des inconforts et des violences énormes. Laissons-les pratiquer leur sport comme elles le souhaitent dans des vêtements qu’elles jugent confortables.
Crédit : Kevin Doigt
