Le cycle menstruel, un tabou dans le sport… mais de moins en moins 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Amber Glenn, championne américaine de patinage artistique, a avoué que sa performance aux Jeux olympiques de Milan-Cortina était reliée au fait qu’elle ait ses menstruations. 

Le cycle menstruel des femmes a un impact sur leurs performances sportives. C’est ce que démontrent de plus en plus de spécialistes, en plus des athlètes elles-mêmes qui le ressentent. Dernièrement, aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, la championne américaine de patinage artistique Amber Glenn a insinué que son cycle menstruel était à l’origine de sa performance décevante. 

Elle a ensuite relayé, sur Instagram, une publication à propos de l’impact du cycle menstruel sur la performance des athlètes, entre autres sur le niveau d’énergie et de concentration. « Ça peut également vous rendre très émotive lors de situations de stress élevé », a ajouté la patineuse artistique, en référence à ces sanglots qui ont ému les téléspectateurs. Si ses propos ont ouvert la discussion et ont fait tomber des tabous par rapport aux menstruations et aux hormones féminines, plusieurs ont dit ne pas croire à cette théorie et ont plaidé de bêtes excuses de la part de la patineuse. Ce qui prouve que les tabous sont bel et bien là et que, comme mentionné lors de l’éditorial de l’édition du 2 mars dernier, le corps et la santé des femmes ne sont pas encore assez étudiés.  

L’impact du cycle menstruel varie beaucoup d’une personne à l’autre, et c’est un domaine qui demeure peu étudié et peu pris en considération, souligne Mylène Aubertin-Leheudre, professeure de kinésiologie à l’UQAM. Moins de 10 % des études en sciences du sport ciblent exclusivement les femmes. « Il ne faut pas le prendre en disant “ah ben là, elle se cherche une excuse, elle avait ses règles, ça arrive à tout le monde”. Ben non, ça se peut », explique Mme Aubertin-Leheudre. 

Selon une étude menée par la gynécologue et médecin du sport Carole Maître, en 2011, sur 363 sportives interrogées, 83 % subissaient un syndrome prémenstruel, et plus du quart ressentait une gêne à leur performance, surtout liée à la fatigue prémenstruelle. « Les menstruations et la période prémenstruelle sont associées à davantage de symptômes », souligne Florence Morin, collaboratrice à l’Institut national du sport du Québec (INS Québec), qui explique que l’intensité de celles-ci pourrait expliquer les variations des performances des athlètes.  

Un défi pour de nombreuses sportives 

L’an dernier, Cassandre Prosper, basketteuse montréalaise de 19 ans et membre de l’équipe des Fighting Irish de l’Université de Notre Dame dans la NCAA, a mentionné qu’elle a dû faire face à de fortes douleurs menstruelles pendant ses matchs lors d’un championnat au secondaire à Ottawa. 

« J’avais des maux de ventre intenses lors de mes deux premiers matchs, je pensais que j’allais vomir sur le terrain. Mais toute mon équipe s’est ralliée autour de moi pour me faire sentir mieux. Lors de la finale, j’allais mieux », raconte-t-elle. 

Comme de nombreuses jeunes femmes, elle éprouve des menstruations difficiles, un phénomène qu’elle a décidé d’aborder plus ouvertement. Elle s’est récemment associée à Iris + Arlo, une entreprise québécoise spécialisée dans les produits menstruels. « Les menstruations sont encore un sujet tellement tabou dans le sport. Être capable d’en parler, de lever le voile sur un sujet que toutes les femmes vivent, c’est important pour moi », dit-elle. 

Le lien entre menstruations et performance sportive a été étudié par l’Institut national du sport (INS) et Égale Action. Plus une athlète éprouve de symptômes liés à ses menstruations, plus elle risque de recourir à des médicaments et de s’absenter de ses cours, des entraînements, des compétitions ou même du travail. Près de la moitié des filles de 13 à 18 ans estiment que leurs menstruations influent négativement sur leur participation à des activités physiques et sportives. Elles rapportent une baisse d’énergie, des douleurs et des crampes, sans compter l’inquiétude liée aux fuites ou aux taches, qui peut devenir une source de distraction. 

« J’ai eu la chance d’avoir des entraîneuses qui comprenaient ce que je vivais. Pour les jeunes filles qui ont des règles difficiles, c’est important d’en parler avec tes coéquipières et les entraîneuses. C’est mieux d’en parler que de garder ça pour soi », indique Cassandre Prosper.  

Des effets sur l’IPC 

Laura Girard-Côté, étudiante au doctorat en biologie de l’UQAC, mène actuellement un projet de recherche et s’intéresse à l’effet du cycle menstruel sur les performances sportives et les capacités physiques féminines à travers le préconditionnement ischémique (IPC). Concrètement, elle essaie de voir si les femmes bénéficient des mêmes effets de l’IPC sur leurs performances que les hommes, et si le cycle menstruel a un impact sur ces bénéfices.  

L’IPC c’est de courtes périodes de compression sur un bras ou une jambe afin de réduire temporairement l’afflux sanguin et ainsi entraîner le corps à mieux tolérer le manque d’oxygène. C’est une technique souvent utilisée pour augmenter les performances sportives des athlètes. « C’est principalement testé chez des hommes. Les femmes, ça représente environ 17 % d’échantillon des études faites sur l’IPC et la performance. Mais on s’est rendu compte qu’il semble y avoir un effet du cycle menstruel pour bénéficier des effets », explique Pénélope Paradis-Deschênes, professeure à l’unité d’enseignement en kinésiologie de l’UQAC et directrice du projet de recherche. 

Comme la documentation manque concernant les effets du cycle menstruel sur les performances sportives et les capacités physiques des femmes, ces dernières utilisent quand même l’IPC comme les hommes, « mais on n’a aucune idée si ça fonctionne bel et bien pour elles », selon la professeure. 

Le premier projet de maîtrise au doctorat de Mme Paradis-Deschênes consistait à tester les hommes et les femmes pour voir les bénéfices de l’IPC sur leurs performances sportives et c’est là qu’elle s’est rendu compte que les réponses étaient différentes entre les deux sexes. C’est là qu’on se rend compte que les femmes sont exclues dans la plupart des thématiques. Selon la professeure, « le contexte financier au niveau de la recherche est favorable pour enfin se permettre de faire des projets de recherche chez les femmes ». 

S’il est si compliqué et repoussé d’étudier les femmes, c’est surtout à cause de la complexité de leur cycle et de leur réalité, qui diffèrent d’une femme à l’autre, mais aussi en raison des méthodes contraceptives, ou encore des maladies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques.  


Source : Getty Images

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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