Par Sarah Gendreau Simoneau

L’avenir des Jeux olympiques (JO) d’hiver tels que nous les connaissons aujourd’hui, se trouve dans une situation précaire à cause des bouleversements climatiques. De moins en moins de sites peuvent accueillir les sports de neige de manière sûre et équitable, et cette possibilité se réduit rapidement.
Partout dans l’hémisphère Nord, où les villes se bousculent pour recevoir cette grande compétition mondiale, le manteau neigeux des montagnes prisées pour le ski, notamment, continue de s’amincir, alors que les saisons propices aux sports d’hiver se raccourcissent.
L’année 2025 a été confirmée comme étant la troisième année la plus chaude jamais enregistrée après 2024 et 2023, respectivement en première et en deuxième position. Nous ressentons les effets des changements climatiques, surtout en hiver : diminution du nombre de jours d’ouverture dans les stations de ski locales, fonte des neiges et des glaciers, et patinoires extérieures qui gèlent à peine.
Des sites de moins en moins viables
Selon une étude de 2024 de chercheurs de l’Université de Bayreuth, en Allemagne, d’ici la période 2071-2100, 13 % des stations de ski actuelles devraient perdre la totalité de leur enneigement naturel, et 20 % verront leur couverture de neige diminuer de plus de moitié.
D’ici 2050, près de la moitié des sites hôtes fiables des Jeux olympiques d’hiver actuels pourraient disparaître. Si la pollution au carbone se poursuit au rythme actuel, le risque est encore plus grand pour les Jeux paralympiques, qui ont lieu un peu plus tard, en mars. Des températures plus élevées et un enneigement moins fiable créent des conditions plus difficiles, et souvent dangereuses, pour les athlètes.
Pour les épreuves de Milan-Cortina, entre 85 % et 90 % de la neige est artificielle. Pour la fabriquer, ce sont 2,5 millions de mètres cubes d’eau qui sont pompés, soit l’équivalent de 380 piscines olympiques. Les athlètes, qui s’entraînent tout au long de l’année sur des sites dispersés un peu partout dans le monde, sont les premiers témoins de cette nouvelle réalité.
Pour déterminer si un site demeurerait viable aux horizons 2050 et 2080, les chercheurs se sont concentrés sur deux critères principaux : son accès à une couverture neigeuse suffisante pour le début des Jeux ainsi que l’enregistrement de températures adéquates pendant toutes les compétitions. S’il est possible de remplir les deux critères au moins 90 % du temps, le site est jugé climatiquement viable. Si la probabilité se tient entre 75 % et 90 %, il est désigné comme risqué, et si elle est maintenue sous les 75 %, il est considéré comme non viable.
Selon l’étude réalisée en 2018 par l’équipe du professeur Daniel Scott, de l’Université de Waterloo, deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (GES) sont possibles pour évaluer la viabilité. L’option modérée suppose l’atteinte des objectifs climatiques de l’Accord de Paris, soit contenir le réchauffement de la planète à + 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Le scénario d’émissions élevées, lui, projette « une trajectoire actuelle, mais où aucune autre action de réduction d’émissions ne serait mise de l’avant ». Selon Daniel Scott, « nous allons probablement atteindre un scénario au milieu des deux ».
Le site de Cortina d’Ampezzo, où se déroulent les épreuves de ski alpin, de curling et de glisse (skeleton, bobsleigh, luge) est jugé fiable jusqu’en 2080, peu importe les émissions.
Des idées pour les athlètes
La skieuse acrobatique sherbrookoise Marion Thénault, qui en est à ses deuxièmes Jeux olympiques en carrière, surveille également les conditions de neige et les températures pour ces Jeux. « Tu as beau te dire conscientisé, mais quand tu es à l’école, à la maison ou dans un gymnase, les changements climatiques peuvent rester abstraits. Mais quand ton sport t’amène en montage, ça devient super frappant », expliquait-elle au Devoir en 2025. Elle qualifie le tout « d’angoissant », mais ça lui a donné envie de se fixer comme objectif de devenir la première athlète canadienne carboneutre, c’est-à-dire de réduire au maximum les émissions de GES liées à ses activités et de faire appel à des mesures compensatoires pour ce qui reste.
Pour ce faire, elle est aidée de la firme d’experts WSP pour calculer son empreinte carbone. Son transport, notamment les déplacements nécessaires à sa participation aux compétitions partout dans le monde, constitue la plupart de ses GES. Pour réduire son empreinte et celle des autres athlètes de sa discipline, elle a proposé à la fédération internationale de sport de modifier son calendrier afin de réduire les allers-retours entre les continents. Selon elle, ce dont on se rend compte, c’est que de nombreux athlètes se disent empêchés par la fédération d’agir en faveur de la planète et que la fédération jure être prête à mieux faire si les athlètes sont d’accord.
S’adapter à la réalité
Le Comité international olympique (CIO) envisage la possibilité dans l’avenir d’organiser les Jeux en janvier. Une proposition lancée en septembre dernier qui aura également une incidence sur les Jeux paralympiques d’hiver.
L’autre idée qui semble pointer est celle de pratiquer une rotation entre quelques sites seulement, qui deviendraient permanents. Une étude publiée en décembre dernier par le cabinet-conseil français Circle Strategy suggère ainsi d’instaurer une rotation des Jeux olympiques autour de pôles permanents situés dans les cinq régions du monde où l’avenir des sports d’hiver semble plus prometteur. Selon cette étude, les Alpes françaises et suisses, les Rocheuses américaines et canadiennes, ainsi que le Japon pourraient accueillir des sites permanents destinés à l’organisation en alternance des JO d’hiver.
Cette pratique permettrait également de donner un caractère permanent à des installations qui coûtent de plus en plus cher à construire. La rotation favoriserait aussi le développement d’une réelle expertise chez les organisateurs. Le CIO serait ouvert à cette idée.
Source : JO 2026

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et bien-être du journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
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