Par Grégoire Bouley

L’eurodéputée française Rima Hassan, du parti de la France insoumise (LFI), connue pour ses prises de position très engagées pour la Palestine, était présente à Lyon dans le cadre d’une conférence le 14 février dernier. Némésis, un collectif d’extrême droite féministe, manifestait plus loin dans la rue. Quentin Déranque, un jeune homme âgé de 23 ans, se trouvait non loin de la manifestation, et a succombé à des attaques perpétrées par des membres de la Jeune Garde, organisme d’extrême gauche antifasciste.
Vers 18 h le 14 février dernier, des dizaines d’individus masqués et cagoulés se sont fait face. D’un côté, en noir, les proches du collectif d’extrême droite, dont Quentin Déranque, et de l’autre, des militants de l’ultragauche issus de la Jeune Garde antifasciste. Le jeune homme a été jeté au sol, puis lynché, selon le procureur de la République de Lyon. Ce dernier est décédé deux jours plus tard, à l’hôpital, des suites d’un traumatisme crânien et d’une commotion cérébrale grave.
La présence de la Jeune Garde, organisation fondée en 2018 par le député de la France Insoumise (LFI), Raphaël Arnault, et dissout en juin par le ministre de l’Intérieur de l’époque, rend l’affaire particulièrement médiatisée. Le ministre de l’Intérieur actuel, Laurent Nuñez reproche même, depuis quelque temps, à la Jeune Garde de « provoquer des agissements violents contre les personnes ».
À la suite des attaques, sept personnes ont été interpellées. Parmi eux figurent deux proches de Raphaël Arnault, dont Jacques-Élie Favrot, 25 ans, collaborateur parlementaire du député. Ce dernier a été mis en examen pour complicité d’homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs. L’autre individu interpellé, Adrien Besseyre, 25 ans, travaillait lui aussi dans l’équipe de Raphaël Arnault.
La montée des violences politiques à Lyon
La Jeune Garde a été fondée pour lutter contre l’extrême droite et les idéologies fascistes, et en particulier contre les groupes nationalistes. Cependant, cette organisation est souvent critiquée pour ses actions jugées violentes, surtout dans la région de Lyon, où les mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche sont très présents dans les villes, exacerbant d’autant plus la violence.
La Jeune Garde est en lien étroit avec la France Insoumise, parti politique d’extrême gauche. En 2025, Jean-Luc Mélenchon déclarait même : « La Jeune Garde est une organisation alliée, liée au mouvement LFI ». Un ancien cadre de la Jeune Garde déclarait également au journal Le Parisien : « On fait le sale boulot et on est remerciés avec des postes derrière. »
Certains élus et élues de droite réclament actuellement la démission du député Raphaël Arnault. Cependant, la France Insoumise le protège pour le moment, l’exonérant de toute responsabilité. « Il n’en est pas question. En vertu de quelques règles, une personne, un employeur, ne devrait pas être responsable des actes de ses salariés », se défend Manuel Bompard, coordinateur de LFI.
Réaction de la classe politique
À un mois des élections municipales en France, plusieurs personnes élues de la droite et de la gauche modérée se sont emparées de l’affaire. Les réactions ont par ailleurs été nombreuses dans toute la classe politique française. Selon le politologue Vincent Tournier, cette affaire a pris autant d’ampleur, car « la France Insoumise voit se retourner contre elle le narratif qui a traditionnellement justifié son combat contre l’extrême droite ».
En d’autres termes, si ce drame fait autant réagir, au-delà de la tragédie humaine, c’est surtout parce que la France Insoumise se trouve prise au piège de sa propre rhétorique traditionnelle sur la violence, étant celle de la justification de la violence comme une réaction légitime face aux mécanismes de domination. Les déclarations du chef du parti ne laissent entrevoir aucun changement dans ses liens avec les groupes antifascistes, un choix politique risqué selon plusieurs politologues.
À l’étranger également, les réactions ont été vives. La mort du militant avait alimenté des tensions entre la France et l’Italie. En effet, le président Emmanuel Macron s’en est pris à Giorgia Meloni, lui demandant « d’arrêter de commenter ce qui se passe chez les autres ». Ce message faisait suite aux propos de la première ministre italienne, affirmant que la France se devait de lutter contre la montée de l’extrême gauche. Le président américain Donald Trump s’est lui aussi joint à la fête en critiquant l’inaction du président français.
Brutalisation du débat public
Sylvain Boulouque, historien des radicalités politiques et des mouvements sociaux en France, explique que ce drame était prévisible, considérant le degré de violence qui a été atteint depuis quelques années dans cette ville. Il ajoute également que la mort du jeune Quentin met en lumière les groupuscules extrêmes de plus en plus violents, et cela autant à droite qu’à gauche. Il finit par expliquer qu’il y a une instrumentalisation faite par l’extrême droite, qui possède un réseau d’influence, des médias et des chaînes d’information qui contribuent à faire résonner l’affaire.
Le samedi 21 février, une marche d’hommage s’est déroulée à Lyon. Le maire écologiste de la ville, Grégory Doucet, réclamait pourtant l’interdiction de cette marche, évoquant « des risques avérés de troubles à l’ordre public ». De son côté, Laurent Nuñez rétorquait qu’il était le ministre garant de l’ordre public et se devait de protéger la liberté d’expression. Selon ses estimations, plus de 3 000 personnes appartenant à l’ultradroite étaient présentes dans les rues de Lyon, encadrées par un dispositif policier « extrêmement important » pour assurer la sécurité de tous et toutes et éviter des débordements.
D’ici quelques semaines ou quelques mois, l’enquête déterminera les responsables de la mort du jeune Quentin. L’enquête est désormais confiée à trois juges d’instruction, qui ont aujourd’hui un objectif principal : identifier toutes les personnes qui ont porté des coups à Quentin Déranque. En attendant, le climat politique français se polarise, et la violence continue de se véhiculer.
Source : Getty Images
