Résultats des élections municipales en France 

Par Grégoire Bouley 

Emmanuel Grégoire remporte la mairie de Paris avec 50,52 % des voix.

Les Français et les Françaises ont finalement élu leurs maires pour les six prochaines années, au terme d’un scrutin en deux tours qui a mobilisé une partie du pays depuis le 15 mars. Si la démocratie locale peut sembler éloignée des réelles préoccupations, ces élections constituent un indicateur fidèle de la politique française et de ses fractures profondes, à un an d’une présidentielle sans précédent. 

Les élections municipales françaises se tenaient dans un contexte particulier avec la fin du second mandat d’Emmanuel Macron, qui ne peut pas se représenter, une recomposition accélérée du paysage partisan, et la montée des formations radicales aussi bien à l’extrême droite avec le Rassemblement national qu’à l’extrême gauche avec La France Insoumise.  

L’abstention a légèrement reculé par rapport à 2020, scrutin tenu en pleine pandémie. La participation s’élève à 61,3 % à Paris, une hausse par rapport au premier tour, et à 66 % à Lyon, la meilleure mobilisation parmi les grandes métropoles. Sur le plan national, l’abstention finale est estimée à 43 %, un chiffre qui reste parmi les plus élevés de la Cinquième République hors période covid. 

Paris et Marseille : la gauche tient 

Les résultats dans les trois plus grandes villes de France étaient fortement attendus. À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire remporte la mairie avec 50,52 % des voix, devant la candidate LR et ex-ministre Rachida Dati (41,52 %) et l’insoumise Sophia Chikirou (7,96 %). Rachida Dati avait fait de la sécurité et de la propreté ses priorités, reprochant à l’équipe Hidalgo une capitale sale et dangereuse. Emmanuel Grégoire défendait au contraire le bilan de la gauche, notamment les nombreux aménagements cyclables et la piétonnisation des berges de Seine. 

À Marseille, le maire sortant Benoît Payan est réélu avec 54,34 % des voix, devant le candidat RN Franck Allisio (40,3 %). Le candidat LFI s’était quant à lui retiré entre les deux tours pour éviter un risque de victoire de l’extrême droite dans la deuxième ville de France. Benoît Payan a défendu son bilan de réhabilitation, tandis que le RN misait sur le sentiment d’insécurité dans une ville qui affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés de France. 

Quand des bastions historiques changent de couleur 

Clermont-Ferrand, capitale auvergnate de 150 000 habitants, incarne un glissement de la gauche. Le candidat LR Julien Bony renverse les socialistes, qui tenaient la ville depuis la Libération, battant le maire sortant Olivier Bianchi avec 50,91 % des suffrages. Plus de 80 ans de tradition socialiste ininterrompue effacées en un soir. 

Besançon, capitale de la Franche-Comté d’un peu plus de 100 000 habitants, connaît la même rupture. Le candidat LR Ludovic Fagaut prend la mairie à la gauche, qui la dirigeait sans discontinuer depuis 1953, en battant la mairesse sortante écologiste Anne Vignot, qui s’était alliée avec LFI entre les deux tours. Vignot elle-même s’est dite « sonnée » par les résultats, et s’« interroge sur ce que cela peut vouloir dire ». 

Le cas le plus symbolique du glissement de la gauche est sans doute celui de Vierzon, dans le Cher. Cette ville ouvrière de 25 000 habitants, gouvernée à gauche depuis plus d’un siècle et communiste depuis 2008, a choisi l’extrême droite, en l’occurrence Yannick Le Roux, avec 47,9% des voix. 

Le RN : percée réelle dans les villes moyennes, échec dans les grandes 

Le Rassemblement national revendique une percée historique, doublant, selon son président Jordan Bardella, son nombre de personnes élues locales à travers la France. Le parti remporte plusieurs villes moyennes, dont Vierzon, Liévin dans le Pas-de-Calais, ancien bassin minier de tradition ouvrière, Castres, Montargis, Menton et Carcassonne. 

En revanche, la progression du RN se bute contre les grandes métropoles. Le parti échoue à Toulon, l’une de ses principales cibles, où la mairesse sortante de droite classique, Josée Massi, est réélue avec 52,35 % des voix. À Nîmes, le candidat RN est battu par la gauche. À Nice, c’est Éric Ciotti, ex-président des Républicains passé à une alliance avec l’extrême droite, qui l’emporte avec 48,54 %, devant le sortant Christian Estrosi (37,2 %). 

Le casse-tête des alliances à gauche 

L’enseignement stratégique majeur de ce scrutin concerne les alliances au sein de la gauche. Là où les socialistes ont refusé de s’associer à La France insoumise, Paris, Marseille, Montpellier, Rennes, Lille, ils ont gagné. Là où les fusions ont eu lieu, les résultats ont souvent été désastreux. À Besançon, Poitiers, Limoges et Toulouse, les listes d’union incluant LFI ont été battues. À Nantes, la mairesse sortante socialiste Johanna Rolland, qui avait conclu un accord technique avec les insoumis, s’est imposée de justesse avec 52,18 % des voix contre une liste de droite unissant LR, Renaissance et le MoDem. La victoire, mais au prix d’une campagne bien plus difficile que prévu. 

Parmi les faits marquants de la soirée, à Bordeaux, le macroniste Thomas Cazenave s’impose avec 50,95 % des voix devant le maire écologiste sortant Pierre Hurmic, mettant fin à six ans de gestion verte. Et fait rarissime, à Pau, le socialiste Jérôme Marbot s’impose face à l’ex-premier ministre François Bayrou, président du MoDem, avec seulement 344 voix d’avance dans son propre fief. 

Un thermomètre pour 2027 

Ces municipales dessinent une France de plus en plus fragmentée : des grandes métropoles à gauche, une droite classique qui reconquiert les villes moyennes, un RN qui s’enracine dans les territoires populaires et périphériques, et un centre macroniste en net recul. Le PS sort renforcé de la soirée, les écologistes affaiblis, ne conservent que Lyon, Grenoble et Tours sur les sept villes qu’ils gouvernaient. LFI remporte Roubaix et Vénissieux, mais reste marginale dans les grandes villes. 

Au fond, ces élections municipales illustrent une réalité que l’on retrouve dans bien d’autres démocraties occidentales : la fragmentation du paysage politique et la difficulté croissante de la gauche à maintenir son lien avec les classes populaires. Pour les partis français, la prochaine étape sera la présidentielle de 2027. 


Crédit : Jean-Baptiste Gurliat

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