Par Médéric Dens

Réduire le gaspillage alimentaire peut sembler facile, mais les moyens employés pour y arriver, eux, demeurent parfois ambigus. Des applications comme Too Good To Go peuvent pourtant permettre à la population, notamment estrienne, de consommer des aliments à prix réduit. Trois ans après le lancement officiel de l’application en Estrie, où se situe le gaspillage alimentaire ?
Aujourd’hui, 783 millions de personnes souffrent de famine à travers le globe, soit une personne sur onze. Pour contextualiser ces chiffres, cela équivaut à plus de 18 fois la population totale du Canada. À l’inverse, selon les Nations unies, plus d’un milliard de repas sont gaspillés chaque jour, de quoi nourrir l’entièreté des 783 millions de personnes souffrant de sous-nutrition. Ce gaspillage provient principalement des ménages (60%), mais aussi des restaurants (28%) et des commerces de détail (12%).
Et s’il était possible de limiter à la fois le gaspillage des ménages, des restaurants et des commerces de détail ? C’est ce qu’offre l’application Too Good To Go et d’autres entreprises du même genre depuis maintenant trois ans en Estrie, une application qui a la cote auprès des personnes estriennes.
En effet, Too Good To Go a connu un essor remarquable dans la région de l’Estrie, selon les informations divulguées par l’entreprise. C’est donc 120 000 repas qui ont pu être sauvés, uniquement pour l’année 2025, soit deux fois plus qu’en 2024, et cinq fois plus qu’en 2023.
L’engouement des commerces au cœur des succès
Si les personnes estriennes ont rapidement adopté Too Good To Go, c’est entre autres grâce à la contribution des restaurants, épiceries et détaillants. Super C, Tim Hortons, Boucherie Clément Jacques, Küto, El Baraka et Couche-Tard sont parmi les entreprises qui ont sauté à pieds joints dans l’aventure.
Questionné par le Collectif, Luke Slinger, co-porte-parole de Too Good To Go, affirme que l’entreprise est bien consciente du rôle bilatéral qu’occupent les commerçants :
« Les deux côtés sont là. Il y en a qui viennent à nous et nous disent vouloir aider à réduire leurs surplus alimentaires. Et nous, on peut leur offrir de réduire leurs pertes. On parle avec toutes ces compagnies et on veut les aider à agir, mais aussi aider les consommateurs à réduire leurs coûts. » L’entreprise encourage donc les commerçants locaux à se lancer dans l’aventure dans l’objectif de réduire leur quantité de nourriture jetée, mais aussi à publiciser leur entreprise pour solliciter de nouveaux clients.
L’entreprise mise aussi sur le phénomène de bouche à oreille pour sensibiliser la population estrienne face au gaspillage alimentaire : « Ce sont des amis qui parlent à des amis et qui eux, voient la valeur de notre mission et veulent aider la planète. »
Quel avenir pour Too Good To Go ?
Si les succès de Too Good To Go dépendent des commerçants, ils résultent également d’une réalité économique parfois difficile chez certaines personnes. Avec une inflation qui ne cesse d’augmenter, le coût de la vie et le prix des maisons, certains cherchent à consommer les mêmes produits, tout en coupant dans leurs dépenses alimentaires. L’avenir semble donc chargé pour les compagnies qui cherchent à limiter le gaspillage alimentaire.
Toujours selon Luke Slinger, plusieurs défis s’imposent pour les années à venir : « Notre but ultime est de réduire les montants et les surplus alimentaires. Une famille canadienne dépense en moyenne environ 17 000 dollars par année, simplement en épicerie. C’est une augmentation de près de 1 000 dollars en comparaison à l’année précédente. »
« On sait que les prix vont continuer à monter et, si on est capable d’aider en connectant les consommateurs avec les invendus et avoir un prix réduit, on va continuer à s’imposer au Canada, au Québec et en Estrie », affirme-t-il.
L’effet surprise attire-t-il ?
Ce qui étonne avec l’application Too Good To Go, c’est que chaque panier demeure une surprise pour le consommateur. Les commerçants peuvent donc indiquer de façon générale le contenu de leurs paniers, sans en indiquer les produits exacts. Ils peuvent donc annoncer offrir des pâtisseries, des pièces de viande et des pointes de pizza, mais la nature de ces aliments demeure une surprise.
Pour Luke Slinger, l’effet surprise est au cœur des succès de Too Good To Go : « Pour les entreprises, elles savent qu’elles peuvent réduire le gaspillage alimentaire sans sélection. Mais aussi, pour les consommateurs, c’est quelque chose de nouveau […] La surprise, c’est absolument quelque chose d’intéressant et ça aide aussi au phénomène de bouche à oreille. »
Puis, il renchérit : « C’est une victoire pour tous les côtés. Ceux qui l’utilisent vont continuer à voir une valeur dans l’entreprise, de bons de produits et une capacité à avoir une meilleure planète. En Estrie, c’est une connexion qui a été faite avec la communauté. On aimerait que les autres régions du Québec embarquent autant dans le projet que l’Estrie. »
Des succès nord-américains ?
Si l’enjeu du gaspillage alimentaire est plus alarmant chez les continents nord-américain et européen, l’application Too Good To Go, elle, n’est pas exclusive à ces deux continents.
« On a commencé en Europe, on est venu en Amérique du Nord et on vient juste de se lancer au Japon et en Australie. Notre but est mondial et on va continuer de grandir et d’aller dans de nouveaux pays », affirme Luke Slinger.
Pour le moment, les 120 millions d’utilisatrices et d’utilisateurs inscrits peuvent accéder à plus de 180 000 commerçants et ce, dans plusieurs villes, incluant les régions. Bien que l’application domine présentement le marché québécois anti-gaspillage alimentaire, d’autres applications comme FoodHero et Flashfood connaissent elles aussi un essor flagrant et proposent un concept et une stratégie similaire à celle qu’exerce Too Good To Go.
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
