Par Olivier Boivin

L’ancien co-porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, a plaidé coupable le 28 octobre dernier à 12 chefs d’infraction devant le comité disciplinaire du Conseil des médecins. Ces accusations concernaient la distribution illégale d’antibiotiques à des individus atteints de la maladie de Lyme.
Khadir a reconnu avoir prescrit des traitements à près de 150 patients qui croyaient être atteints de la maladie de Lyme chronique, brisant la promesse qu’il avait donnée quelques années auparavant.
En effet, en 2020, ce dernier avait déclaré devant le syndicat du Collège des médecins qu’il cesserait de prescrire des antibiotiques à ses patients pour une durée de plus de 28 jours, ce qui lui avait évité à l’époque de faire face à des mesures disciplinaires. « J’ai reconnu le fait que malheureusement, je n’ai pas respecté mon engagement […] je regrette de ne pas avoir fait les choses dans le bon ordre », a déclaré Dr Khadir lors de son audience.
À l’époque où il était député, Amir Khadir avait sensibilisé le gouvernement québécois sur la nécessité d’entreprendre des recherches sur la maladie de Lyme. Ce dernier a aussi mené multiples démarches après sa retraite du monde politique pour mettre sur pied un protocole de recherche, espérant obtenir du financement. Or, celui-ci n’est jamais arrivé. Québec avait finalement choisi de consacrer des fonds à un groupe de cliniques spécialisées dans la COVID longue et les maladies infectieuses, sans toutefois débloquer de budget précis pour la recherche.
Les sanctions imposées à l’égard de Dr Khadir restent toujours à préciser. Les avocats du Collège des médecins demandent une radiation d’un an, mettant l’emphase sur l’absence de remord dont fait preuve le concerné. « Ce sera au Conseil de discipline de décider. J’ai entièrement confiance », a lancé de son côté M. Khadir. Le Conseil aura jusqu’à 90 jours pour rendre une décision.
Loin d’être le seul
Dr Khadir a dû défendre ardemment la méthode des antibiotiques prolongées devant le Collège des médecins. Ce dernier reste toutefois clair et continue d’affirmer qu’il n’existe pas de réel consensus scientifique confirmant avec certitude l’efficacité du traitement par antibiotique à long terme pour lutter contre la maladie.
Depuis plusieurs années déjà, l’infectiologue-microbiologiste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur de Terrebonne fait partie d’un petit groupe de médecins au Québec qui acceptent de prescrire des antibiotiques aux gens qui croient être atteints de la maladie de Lyme sous sa forme chronique.
Dans une entrevue accordée en 2019, Amir Khadir dénonçait l’inaction des médecins. « Le problème, c’est de laisser les patients sans ressources. Ensuite, ils se ramassent en Allemagne, aux États-Unis, et ruinent toute la famille ou menacent de se suicider, comme ça s’est déjà produit. »
Généralement contractée à la suite d’une morsure de tique à pattes noires déjà infectée, la maladie de Lyme connait une explosion dans les dernières années. Bien que variables d’une personne à l’autre, les symptômes comprennent des plaques rouges, des maux de tête graves, des douleurs articulaires ou même des pertes de mémoire.
Alors que cette maladie est officiellement reconnue au Québec, sa forme chronique, elle, est encore sujet à débat. Plusieurs personnes affirmant avoir cette forme de la maladie se retrouvent dans l’errance médicale, avant de finalement avoir recours à l’utilisation d’antibiotiques prolongés.
Crédit : Guillaume Levasseur
