Crimes contre l’humanité au Soudan 

Par Sara Lou Goddard  

Depuis le 23 février dernier, des camps ont été érigés au Tchad en vue d’accueillir les personnes réfugiées, notamment à Ouré Cassoni, à l’ouest du pays.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a rendu public, le 17 février 2026, le rapport de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan. Ce rapport conclut que les violences perpétrées par les Forces de soutien rapide (FSR) lors de la prise d’El Fasher, présentent les indicateurs d’un génocide, notamment par l’intention de détruire «en tout ou en partie» les communautés non arabes Zaghawa et Fur.  

Mandatée le 14 novembre 2025, la mission requérait une enquête d’urgence sur les multiples violations du droit international humanitaire et des droits humains commises lors du siège de 18 mois imposé à El Fasher, capitale du Darfour-Nord.  

Ce mandat s’inscrit dans un conflit plus large qui secoue le Soudan depuis avril 2023. En effet, la rupture entre les Forces armées soudanaises et les FSR a dégénéré en guerre ouverte qui a ravivé des rivalités historiques. Au Darfour, les FSR ont progressivement pris le contrôle des principales capitales régionales, isolant El Fasher, jusqu’à ce que celle-ci tombe également sous leurs armes en octobre 2025.  

Le siège en lui-même 

Durant 18 mois, les résidents et résidentes d’El Fasher ont assisté à la destruction de leurs marchés et de leurs cuisines communautaires. De son côté, le ravage des réseaux d’eau a quant à lui favorisé la propagation des maladies selon le rapport, tandis que l’utilisation de la famine comme arme est également contestée par l’organisation. Des enfants et des aînés sont morts de malnutrition, des convois humanitaires et des hôpitaux ont été attaqués, certains même transformés en lieux d’exécution. 

Par ailleurs, le rapport documente des violences sexuelles massives et systémiques. Des filles et des femmes âgées de 7 à 70 ans, y compris des femmes enceintes, ont été victimes de viols collectifs, de meurtres, d’humiliations, de nudité forcée et d’autres sévices répétés. Une fille de 12 ans a été violée par trois combattants des FSR sous les yeux de sa mère, peu après que son père eut été tué en tentant de la défendre. Cette dernière est décédée de ses blessures avant d’atteindre l’hôpital. Ces violences visaient particulièrement les membres de la communauté Zaghawa et Fur. 

Parallèlement, les FSR ont mené des exécutions massives et ciblées, abattant des personnes civiles dans la ville, aux points de fuite, à l’université et à l’hôpital. Entre 100 000 et 260 000 personnes auraient fui El Fasher en octobre 2025, selon ce qu’indique le rapport.  

Conclusion du rapport  

Le rapport conclut que les violences commises à El Fasher et dans ses environs présentent des indications graves de génocide. Les massacres et les violences sexuelles ciblées sur une base ethnique, les disparitions forcées et les conditions inhumaines de vie imposées constituent des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. 

Le rapport recommande à la communauté internationale d’agir sans délai, notamment en renforçant l’embargo sur les armes, en garantissant un accès humanitaire, en assurant la protection des civils et en soutenant les personnes survivantes. Il appelle également à une reddition de comptes effective, en coopération avec la Cour pénale internationale, et l’éventuelle mise en place de mécanismes judiciaires complémentaires afin de poursuivre les responsables. 


Source : Getty Images

web.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts
Scroll to Top