Mer. Avr 24th, 2024

Par Gabrielle Goyet 

Depuis quelques semaines, le débat sur l’immigration au Canada, et plus précisément au Québec, a repris de plus belle. Doit-on admettre plus de personnes immigrantes ou réduire les seuils? Ces personnes sont-elles bien intégrées à notre société, ou manquent-elles de ressources pour ce faire? Quelles mesures doivent être prises pour les personnes étudiantes étrangères, les demandeurs d’asile et les travailleurs saisonniers? Mais… Nous posons-nous réellement les bonnes questions? 

Alors que les visions s’entrechoquent, il est primordial de se rappeler une chose : les personnes immigrantes sont plus que des statistiques. Certains individus arrivent ici pour améliorer leur qualité de vie, alors que d’autres vont plutôt fuir un milieu instable ou en conflit. Quelques personnes sont la proie de régimes autoritaires et immigrent pour éviter toutes représailles que pourrait engendrer leur militance. D’autres choisissent plutôt de s’établir ici pour leurs études, ou encore pour pousser leur carrière à un autre niveau. 

Mais, quel que soit le bagage de ces individus, il n’est jamais facile de quitter tout ce qui nous est familier, et de sauter vers l’inconnu… Comment peut-on s’assurer d’accueillir convenablement ces futurs Québécois? 

Outre l’offre de services, l’intégration des personnes immigrantes est un phénomène plus profond que cela. Oui, un nouvel arrivant aura besoin de se loger, de se nourrir, de se déplacer et d’avoir accès aux services sociaux. Mais encore faut-il, pour qu’il se sente chez lui, qu’il tisse des liens avec sa communauté d’accueil. Le sentiment d’appartenance est un outil incontournable pour s’assurer d’avoir une intégration réussie.  

Je suis MTL 

C’est dans cette perspective de création de sentiment d’appartenance que Je suis Montréal est né. Issu d’une collaboration entre cinq jeunes montréalais, le collectif vise à stimuler le sentiment d’appartenance des jeunes de la diversité au sein de la métropole et de la province. Le groupe mise notamment sur la déconstruction de la compréhension dominante des identités montréalaise et québécoise, afin de montrer que toutes les personnes peuvent y appartenir.  

À sa genèse, le projet a été porté par des gens qui avaient une chose bien précise en commun. « La majorité d’entre nous sont des enfants d’immigrants nés à Montréal, mais on s’est rendu compte en discutant que nous n’avions tous pas de sentiment d’appartenance envers cette ville », évoque Taïna Mueth, l’une des co-fondatrices du collectif. « On a donc fait des consultations populaires, et on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un sentiment partagé par plusieurs jeunes. C’est de là qu’est né le projet », rajoute-t-elle. 

Vraisemblablement, la mission de l’organisme est plus pertinente que jamais. « Une personne a partagé son témoignage dans le cadre d’un projet. En raison de son identité comme personne noire et trans, elle sent que le discours actuel sur l’immigration fait en sorte que des personnes comme elle ne sont pas acceptées », affirme Taïna. 

Des récits oubliés 

Parmi les accomplissements de Je suis Montréal, plusieurs projets abordent l’effacement systémique des personnes noires, autochtones et de couleur (BIPOC), et tentent ainsi de mettre de l’avant leurs récits effacés. Par exemple, la première initiative menée par le collectif visait à promouvoir 75 portraits de jeunes montréalais issus de la diversité, et à leur demander ce que sont pour eux l’identité et l’appartenance. D’autres projets ont plutôt abordé les récits migratoires ou encore le racisme.  

La plus récente conception du groupe est l’exposition Entre le passé & le présent : les histoires oubliées de Montréal, présentée au tout nouveau Centre des mémoires montréalaises (MEM). D’abord présentée sous forme virtuelle en 2020, l’exposition a pris vie pour une semaine en 2023 à la galerie d’art WIP de Montréal sur Saint-Laurent, puis a finalement trouvé preneur au MEM pour une plus longue période depuis février 2024. 

« Le but de cette expo, c’était de montrer comment les personnes noires, autochtones et chinoises sont présentes depuis longtemps à Montréal, mais que malgré cela, notre histoire n’est jamais racontée dans l’Histoire avec un grand H, et dans le narratif en général », explique Taïna Mueth. Dans une perspective réflexive, le but de l’exhibition est de remettre en question ce qui est enseigné dans les livres d’écoles, et surtout pourquoi l’histoire des personnes de couleur est aussi peu abordée. Outre l’aspect politique derrière le projet, il y a également une volonté transformatrice. 

L’exposition tente donc de rendre accessible l’histoire des personnes BIPOC. En soi, le fait d’avoir accès à ces informations est le premier pas vers un meilleur sentiment d’appartenance et une réelle inclusion dans la société. « Lorsqu’on ne se voit pas représentés et qu’on n’a pas de sentiment d’appartenance, les études ont prouvé que les gens ne vont pas s’engager politiquement et civiquement, » soulève la co-fondatrice. « En dépossédant les gens de leur histoire, on les dépossède aussi de leur agentivité. Il y a une réelle importance de se voir représentés ».  

Vers une nouvelle identité québécoise 

Alors, même si la présence des personnes de couleurs sur le territoire québécois n’est pas récente, leur histoire demeure encore méconnue. Il faut revoir notre conception de l’identité québécoise, selon la jeune activiste. « Quand on pense à l’identité québécoise, on pense souvent à un “Québécois de souche”, qui va être une personne blanche. On est incapable de s’imaginer une personne de couleur comme étant “de souche”, malgré qu’elles soient là depuis plusieurs générations. » 

Cela a forcément des impacts, selon Taïna Mueth. « Parce que narratif persiste, et que cette identité québécoise distincte persiste, cela fait en sorte que le pouvoir et l’engagement civique ne va pas souvent aux personnes marginalisées. » Suivant cette logique, il est impératif de revoir le cursus scolaire et de se familiariser avec les legs que nous ont offerts les personnes de couleurs du Québec au fil du temps. En revalorisant la place des personnes BIPOC au sein de notre société, il sera forcément plus facile d’inclure les nouveaux arrivants, et de créer une identité québécoise renouvelée. 

L’exposition Entre le passé et le présent : des histoires oubliées de Montréal de Je suis Montréal est à l’affiche jusqu’au 28 avril, au Centre des mémoires montréalaises. 


Source: Courtoisie

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Cheffe de pupitre SOCIÉTÉ pour le journal Le Collectif | Site web

Gabrielle est une étudiante à la maitrise en études politiques appliquées, cheminement recherche avec rédaction. Outre pour le côté académique, elle affectionne l’écriture pour l’aspect émancipateur de la chose.

Pour elle, c’est à la fois un défi et un divertissement d’être informée de tout ce qui se passe sur le campus. Autrefois Vice-Présidente aux affaires internes à la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS), elle n’en est pas à sa première fois lorsqu’on parle de couvrir les événements des divers campus de l’UdeS. Si elle adore échanger dans les 5 à 8, elle prend également un grand plaisir à fréquenter les activités culturelles et politiques de notre université. Étant très extravertie, c’est avec joie que Gabrielle se renseigne sur les projets étudiants développés au sein de sa communauté.