Mar. Fév 27th, 2024

Par Emie Charpentier 

Mis en ligne depuis le 4 février dernier sur la plateforme Crave, le documentaire Une fois c’t’un Noir met en lumière l’évolution des communautés noires, reculant jusqu’à 40 ans plus tôt. Des artistes tels que Normand Brathwaite, Boucar Diouf, Anthony Kavanagh et plusieurs autres témoignent de leur carrière et des moments marquants de l’humour au Québec. Le réalisateur Frédéric Pierre souhaite parler de la diversité des voix noires dans ce domaine, en soulignant l’importance du Mois de l’histoire des Noirs.  

Le Titre Une fois c’t’un Noir, nous rappelle la blague, maladroite autrefois et raciste aujourd’hui, qui débute souvent par ces mots. Le documentaire met de l’avant la culture québécoise de l’humour qui s’est développée au fil des années. C’est sans surprise que vers la fin des années 1970, l’apparition des humoristes noirs dans les émissions et les spectacles télévisés était très stéréotypée. Pourquoi un Noir acceptait-il alors de jouer un rôle qui lui donnait une image bouffonne devant la société québécoise? Pour la même raison que d’autres l’ont fait aux États-Unis quelques années auparavant. Pour donner une tribune à sa communauté et pour participer à l’évolution de sa cause. 

Des débuts difficiles  

Dans ce documentaire, c’est Normand Brathwaite qui a amorcé le mouvement au Québec avec son premier rôle télévisé dans l’émission Chez Denise, diffusée à la fin des années 1970. Durant les années qui suivent, plusieurs humoristes font leur entrée sur scène, dont Anthony Kavanagh, pour qui être humoriste consistait entre autres à répondre à un devoir de la société, celui d’améliorer la représentation des Afro-Canadiens, qui était mal vue à l’époque. 

« Je me suis mis énormément de pression, parce que je me suis dit qu’il y a beaucoup d’images négatives des Noirs dans les médias, donc je me suis mis une responsabilité, même si je suis le modèle de personne, car je sais qu’il y a des jeunes qui vont me regarder en se disant : est-ce qu’il nous représente bien? Est-ce qu’il ne nous représente pas bien? » explique-t-il dans le documentaire. 

Les débuts dans le monde de la scène ne sont jamais faciles pour personne, mais plus particulièrement lorsque la raison pour laquelle un artiste se fait exclure est parce qu’il y a déjà trop d’humour ethnique au Québec. C’est le cas d’Eddy King, qui s’est fait refuser à l’école de l’humour pour cette raison, étant donné que Rachid Badouri était déjà présent dans le milieu à cette époque. Un de plus n’était pas nécessaire.  

Eddy King soulève un point important lors de son passage dans le documentaire. À savoir ce qu’est l’humour ethnique et qui définit ce terme. C’est entre autres une étiquette attribuée à un certain groupe qui les réduit, en quelque sorte, à une case de la société. Finalement, tout ce que ces artistes souhaitent, peu importe leur type d’humour, est de performer librement sur scène.  

Un choc culturel  

Pour ces humoristes, l’entrée dans le monde de la scène est bien plus qu’un accomplissement de carrière. Pour d’autres, ceux qui ont immigré au Québec, le défi du choc culturel engendre une barrière à l’inclusion, mais également un levier pour leurs numéros humoristique. Boucar Diouf est l’un des exemples les plus communs. Cet homme, qui a quitté le Sénégal dans les années 90 pour s’installer à Rimouski et enseigner la biologie, a vite combiné enseignement et plaisir. Ce sont ses élèves qui l’ont poussé à entrer dans le monde de l’humour québécois en s’inscrivant aux auditions du festival Juste pour rire. Il a par la suite commencé en animation à Radio-Canada, là où la population québécoise, peu habituée à entendre et voir de la diversité, ne l’accueillait pas chaleureusement.  

« Les gens ont écrit des courriels pour dire : “On ne comprend rien de ce qu’il dit! On ne comprend pas pourquoi ils ont engagé ça!” Ça me fait de la peine, mais en même temps, moi, c’est Francis qui trouvait que j’avais ma place là, et Francis m’a toujours défendu. Aujourd’hui, ce sont les mêmes personnes qui disent : “Ha, Boucar, c’est un Québécois!”, » mentionne monsieur Diouf.  

De nouveaux visages 

De nos jours, de plus en plus d’humoristes représentent les communautés noires au Québec. Entre autres Erich Preach, un de ces plus jeunes artistes qui a su utiliser les plateformes médiatiques d’aujourd’hui afin de vulgariser le racisme. D’autres artistes ont émergé, dont une femme, Garihanna Jean-Louis, qui s’est rapidement taillé une place dans un milieu dominé généralement par des hommes blancs. Ayant débuté sa carrière en 2017, elle est la première femme noire diplômée de l’école de l’humour. Un parcours difficile selon elle, puisque souvent elle s’est sentie incomprise et invalidée dans son vécu. 

« C’est comme si ce que je racontais, c’étaient des choses qui n’existaient pas », dit-elle. 

Certes, l’humour a progressé au cours des années, avec l’apparition de l’autodérision qui fait tomber les barrières pour faire ouvrir les yeux sur les préjugés dans la société. Ce métier qui peut sembler constamment amusant et banal contient une certaine responsabilité sociale aux yeux de ces artistes, qui souhaitent évoluer dans une société plongée dans la culture québécoise. 

Le documentaire sera diffusé dès le dimanche 20 février à 20 h sur les ondes de Noovo et Canal D. 


Crédit photo @ Crave, page Facebook en français

FORMER ET INFORMER / Le Collectif a pour mission de rapporter objectivement les actualités à la population et d’offrir une tribune à la communauté étudiante de Sherbrooke et ses associations. Toutes les déclarations et/ou opinions exprimées dans les articles ou dans le choix d’un sujet sont uniquement les opinions et la responsabilité de la personne ou de l’entité rédactrice du contenu. Toute entrevue ou annonce est effectuée et livrée dans un but informatif et ne sert en aucun cas à représenter ou à faire la promotion des allégeances politiques ou des valeurs éthiques du journal Le Collectif et de son équipe.