Sam. Mai 25th, 2024

Par Lé Bonneau, responsable de la coordination de l’AGEFLESH

Plus de 55000 personnes étudiantes sont en grève et des manifestations éclatent aux quatre coins du Québec. C’est officiel : les stagiaires manifestent leur colère. Après une semaine de mobilisation à l’échelle nationale et une annonce de la ministre de l’Enseignement supérieur qui a fait réagir, il importe de faire le point sur la situation. 

Les 26, 27 et 28 mars derniers, des associations étudiantes de plusieurs cégeps et universités avaient un mandat de grève pour que les stages soient rémunérés. Ce mouvement de grèves a été principalement mené par la Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES). Sur sa page Instagram, la CRUES spécifie « [qu’]après des pétitions, une tentative de syndicalisation des stagiaires, des journées de grève et même une grève générale en 2019 : clairement, le gouvernement ne nous paiera pas tant qu’on ne lui forcera pas la main ». 

À Sherbrooke, c’étaient trois associations étudiantes qui avaient un mandat de grève à ce moment : l’Association générale étudiante de la Faculté des lettres et des sciences humaines (AGEFLESH), l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS) ainsi que le Regroupement étudiant de la maîtrise en service social de l’Université de Sherbrooke (REMSSUS).  

Ces journées de grève s’inscrivent dans une escalade des moyens de pression, après des mobilisations à l’automne. Rappelons qu’une journée de grève avait été votée par de nombreuses associations le 10 novembre dernier à l’occasion de la Journée internationale des stagiaires. Des manifestations devant les bureaux respectifs des ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation ont aussi été organisées dans les derniers mois.  

Une réaction au budget québécois 

Dans un communiqué de presse conjoint, l’AÉCS et l’AGEFLESH ont clairement présenté leur mécontentement envers le budget du gouvernement du Québec, déposé au début du mois de mars, qui ne prévoyait pas la rémunération des stages. Cette dernière avait été la thématique d’une mobilisation nationale à l’automne, menée, à la fois, par l’Union étudiante du Québec (UEQ) et la CRUES.  

Selon un rapport de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publié en 2023, entre 388 et 501,5 millions de dollars seraient nécessaires à la « rémunération systématique des stages » dans le milieu public. Ce rapport rappelle notamment que des mesures de rémunérations ont déjà été mises en place par le gouvernement dans le passé. Par exemple, en 2019, des bourses étaient octroyées dans le cadre du dernier stage obligatoire pour certains programmes ciblés. 

Victoria Vieira, responsable aux affaires externes de l’AGEFLESH, a exprimé son mécontentement par rapport à l’absence de budget alloué à la rémunération des stages : « le travail des femmes, principalement le travail des stagiaires, est une nouvelle fois invisibilisé dans ce budget ». 

Ce discours féministe appliqué aux revendications pour la rémunération des stages n’est pas inusité. En effet, plusieurs initiatives de mobilisation depuis le début des années 2000 abordent la question. Plus récemment, la campagne de l’UEQ, Au front pour la rémunération, précisait que la plupart des stages non rémunérés sont menés dans « les domaines d’emploi traditionnellement féminins ». De plus, la CRUES spécifie que des subventions existent pour la rémunération des stages en entreprises privées qui ont principalement lieu dans des domaines à prédominance masculine.  

Une décision contestée 

Le 27 mars 2024, la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, a annoncé en mêlée de presse qu’« en ce moment, dans le contexte actuel, [elle] pense qu’il n’est pas possible pour le gouvernement d’emprunter cette voie-là ». Par ces propos, rapportés par Radio-Canada, elle a fermé la porte à la rémunération des stages. Sa justification est basée sur le fait que le gouvernement doit faire des choix et que ce dernier préfère s’intéresser à la question du logement étudiant.  

Cette annonce ne fut pas bien reçue ni par les associations étudiantes ni par les partis de l’opposition. À Rimouski, des personnes étudiantes du Cégep brandissaient des pancartes dans une manifestation en réaction. On pouvait y lire les traditionnels slogans « pas de salaire, pas de stagiaire » ou « épuisées avant d’être diplômées », mais aussi des appels directs à la ministre dénonçant sa sortie de mercredi.  

Du côté de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) ainsi que de l’AGEFLESH, la démission de la ministre fut demandée. Jacob Fontaine, responsable aux affaires externes de la FEUS, considère que la ministre Déry « démontre son mépris du mouvement étudiant », et qu’elle « n’est pas une interlocutrice crédible ». L’AGEFLESH a de son côté lancé une pétition réclamant la démission de la ministre qui a récolté plus de 300 signatures en date du 3 avril.  

Un parcours périlleux 

Afin de mieux comprendre la raison de cette grogne populaire, il est crucial de s’intéresser à l’historique du mouvement pour la rémunération des stages. Au mois de février, le député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a déposé une pétition signée par 3 551 personnes à l’Assemblée nationale réclamant la rémunération des stages. Avant cela, en 2023, une motion demandant une rémunération des stages du secteur public a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale. La même année, la ministre Déry avait admis que les personnes stagiaires « méritent d’avoir une rémunération », comme rapporté par Radio-Canada le 12 avril 2023.  

La Fédération étudiante collégiale du Québec et l’UEQ mettent le doigt sur le « bobo » en expliquant que « la ministre de l’Enseignement supérieur, Mme Pascale Déry, a passé les derniers mois à implorer le mouvement de prendre son mal en patience, car, disait-elle, “on y travaille”. Les deux organisations étudiantes sont d’avis que cette volte-face abandonne les stagiaires à leur sort en plus d’ajouter “l’insulte à l’injure en reniant maintenant à nouveau cet engagement”. 

La CRUES a répondu à l’annonce de la ministre sur leur page Instagram avec un appel à l’action : “Nous [la communauté étudiante] devons montrer à la CAQ que nous ne reculerons pas et que nos demandes ne sont pas des suggestions : elles sont un ultimatum!” 

Photo d’une manifestation devant le bureau de la députée caquiste de Saint-François, Geneviève Hébert, menée par l’AÉCS, l’AGEFLESH et le REMSSUS 


Crédits: AECS

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