Mar. Fév 7th, 2023

Par Carolanne Boileau 

Après la polémique en France et au Québec, c’est au tour du gouvernement de Justin Trudeau de se retrouver dans l’eau chaude. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement libéral aurait octroyé des contrats de plus de 100 millions de dollars à la firme McKinsey, multinationale américaine, selon une enquête menée par Radio-Canada 

Dans les derniers jours, les partis d’opposition à Ottawa ont fait front commun pour forcer la tenue d’une enquête visant à faire la lumière sur l’octroi de contrats au cabinet-conseil américain. Ce n’est pas la première fois que des gouvernements sont questionnés sur leurs relations avec le géant McKinsey. Quelques mois auparavant, le gouvernement Legault s’était lui-même fait critiquer pour le rôle central que la firme avait joué dans la gestion de la pandémie.  

Des sommes faramineuses  

À la suite d’une enquête de Radio-Canada, les premiers montants révélés s’élevaient à plus de 66 millions de dollars. Ces dépenses de fonds publics exorbitantes ne se sont toutefois pas arrêtées là. En effet, des journalistes d’enquête se sont aperçus que les contrats octroyés à la firme de consultants McKinsey représentaient finalement une somme d’un peu plus de 100 millions de dollars. À titre de comparatif, les 66 millions initiaux représentaient déjà une dépense 30 fois plus élevée que celle des conservateurs lors de leurs neuf années au pouvoir, selon les constats de Radio-Canada. Pour ajouter à cette comparaison déjà choquante, les libéraux sont au pouvoir depuis 7 ans, donc deux ans de moins que les conservateurs mentionnés précédemment.  

Parmi ces contrats, on rapporte que plus de 34 millions auraient été utilisés pour la Défense nationale. Ce ministère se hisse donc en tête de liste des ministères ayant le plus sollicité les services de la firme. Suivant de près, Immigration Canada serait le deuxième ministère à avoir utilisé le plus souvent les conseils de McKinsey. Ce sont environ 25 millions de dollars qui ont été dépensés par le gouvernement Trudeau pour des conseils en immigration.  

Les oppositions veulent des réponses 

Les partis d’opposition à Ottawa se sont empressés de soulever le problème que représente le partenariat entre le gouvernement fédéral et la multinationale américaine. Du côté du Parti conservateur du Canada (PCC), Pierre Poilievre s’est fait fervent défenseur du portefeuille des contribuables. Celui-ci mentionne : « Ces consultants peuvent charger des centaines de dollars l’heure. En sous-traitant tout à l’externe, on finit par payer plus ». Le chef du PCC a également fait la promesse d’éliminer « l’influence excessive des multinationales » dans les affaires publiques et a rappelé que la firme McKinsey fait actuellement l’objet d’une enquête en France pour une situation similaire.  

En conférence de presse, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a à son tour demandé des explications au gouvernement libéral. Le chef bloquiste a souligné les nombreux problèmes présents au sein du système d’immigration canadien et a qualifié les résultats de l’association du gouvernement avec McKinsey de « pitoyables » selon un article du journal Le Devoir. M. Blanchet a lancé une demande claire, sa formation politique souhaite avoir accès à l’entièreté des contrats, non caviardés, qui impliquent la multinationale et le gouvernement Trudeau. Malgré son aveu quant à l’improbabilité que le gouvernement fournisse ces documents aux partis d’opposition, le chef du Bloc a tout de même mentionné qu’une enquête indépendante devrait être considérée en cas de refus de transparence.  

Du côté du NPD, malgré son alliance avec le gouvernement Trudeau, le parti s’est joint à la demande d’enquête sur les contrats perçus par McKinsey. Selon le député néo-démocrate de la circonscription Hamilton-Centre, Matthew Green, « Cela fait partie d’une campagne soutenue visant à miner nos travailleuses et travailleurs de la fonction publique, et les libéraux devraient avoir honte d’eux-mêmes ». Sur Twitter, le député Alexandre Boulerice a également écrit : « Les libéraux doivent s’expliquer ». On peut donc dire, sans trop se tromper, que le gouvernement libéral se retrouve au cœur d’un scandale et devra donner des explications à ses collègues de l’opposition.  

Le Comité se penchera sur la question  

À la suite des différentes sorties publiques des partis d’opposition, le premier ministre Justin Trudeau a assuré que son gouvernement était prêt à collaborer. Lors d’une mêlée de presse durant son passage à Shawinigan, M. Trudeau a « affirmé qu’il accueille de façon très positive le travail que le comité du gouvernement va entamer aujourd’hui pour s’assurer qu’effectivement les Canadiens ont eu [un retour sur] leurs investissements », rapporte Radio-Canada. Il sera intéressant de voir si la collaboration promise par le premier ministre implique de rendre publics les différents documents demandés par les conservateurs et les bloquistes, et ce, sans caviardage.  

Le lundi 30 janvier prochain marquera la reprise des travaux parlementaires, mais également le début de l’étude du Comité parlementaire des opérations gouvernementales et prévisions budgétaires. Le Comité étudiera l’octroi de contrats s’élevant à une centaine de millions de dollars et entendra différents témoins dans cette affaire, notamment des ministres clés, mais également des représentants de la firme américaine McKinsey.  

Dans une motion déposée par la députée conservatrice, Stephanie Kusie, le PCC demande que des ministres clés viennent témoigner sur l’octroi de contrats par leurs ministères. Radio-Canada a publié cette liste, parmi les sept ministres mentionnés, on compte, notamment, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland ; le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser ; la ministre de la Défense nationale, Anita Anand et plusieurs autres. Les témoins se feront entendre à partir du 31 janvier prochain. 


Crédit image @McKinsey & Company

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Carolanne Boileau
Corédactrice en chef, auparavant cheffe de pupitre pour le journal Le Collectif

Jeune politologue et juriste en devenir, Carolanne est étudiante de troisième année à l'École de politique appliquée au cheminement en droit. Amoureuse de la culture et des gens, elle adore découvrir ce qui l'entoure.

En plus de son implication au journal Le Collectif, Carolanne siège sur la commission politique d'un certain parti provincial, participe au Parlement Étudiant Québec et s'implique dans sa faculté.

Carolanne a été cheffe de pupitre de la section CULTURE de janvier 2022 à août 2022. Elle a ensuite migré vers la section SOCIÉTÉ, qui correspondait à merveille à ses intérêts et à ses compétences. Depuis l'hiver 2023, elle occupe désormais le poste de corédactrice en chef, une promotion bien méritée!