Sam. Fév 24th, 2024

Par Émilie Oliver 

Il y a seulement 15 ans, seuls 20 % de la population avait accès à Internet via leurs téléphones cellulaires. Aujourd’hui, ce chiffre a explosé pour atteindre 91 %. D’ailleurs, 17,3 % des parents passent maintenant plus de temps sur leur téléphone cellulaire qu’avec leurs enfants. La majorité des adultes passent en moyenne 11 heures par jour à interagir avec divers médias, principalement via leurs téléphones cellulaires.  

Quand dopamine rime avec dépendance  

Pour comprendre la science derrière la dépendance au téléphone cellulaire, il est essentiel de s’intéresser en premier lieu à la dopamine, souvent surnommée l’« hormone du plaisir ». Cette hormone joue un rôle crucial dans la motivation et le comportement notamment puisqu’elle est liée à des comportements évolutivement bénéfiques tels que manger, avoir des relations sexuelles et interagir positivement avec les autres. Chaque notification, chaque interaction sur les réseaux sociaux et chaque nouvelle information reçue stimule les voies de dopamine vers le cerveau, les renforçant par le fait même. Grâce à ce mécanisme, il est possible de ressentir ces émotions plaisantes, qui sont sécrétées par le cerveau normalement lors d’activités plaisantes, sans même sortir de chez soi. Toutefois, cette surabondance de dopamine ne vient pas sans son lot de conséquences. 

Répercussions sur le bien-être mental 

Des études récentes ont montré que cette exposition constante à la dopamine peut mener à une sensation de malaise pouvant même aller jusqu’à la dépression. Effectivement, une recherche étudiant la sécrétion de dopamine par des rats selon leur environnement a mis de l’avant l’augmentation de la tolérance à la dopamine. Lors de l’étude, les rats placés dans un environnement stimulant libéraient davantage de dopamine que ceux enfermés dans une cage de laboratoire monotone. Cependant, les rats préalablement traités avec un stimulant de la dopamine avant d’être placés dans un environnement stimulant ne présentaient pas ces changements synaptiques. Cette constante sollicitation de dopamine par nos téléphones cellulaires a pour effet de réduire l’excitation que peuvent susciter les petits plaisirs de notre vie quotidienne. 

Outre ces effets sur la dopamine, les téléphones cellulaires nuisent également à la capacité de concentration et à notre faculté de retarder la gratification. Plus l’utilisation de notre téléphone est grande, plus l’attention se disperse, engendrant une baisse de la capacité à se concentrer. Cette incapacité à différer la gratification, dans les cas extrêmes, peut mener à une anhédonie, c’est-à-dire, un était où il devient impossible de ressentir du plaisir. 

D’ailleurs, l’utilisation excessive des technologies de l’information et des réseaux sociaux est liée à une augmentation des facteurs de risque de suicide chez les adolescents. En effet, les réseaux sociaux favorisent la comparaison sociale ascendante, incitant les utilisateurs à se comparer à d’autres qui semblent mener une vie meilleure. 

Questions indicatives d’une potentielle dépendance 

Les chercheurs utilisent la dopamine comme indicateur de la dépendance potentielle à une substance. Compte tenu de la libération constante de dopamine que nous procurent les téléphones cellulaires, les experts s’inquiètent de son potentiel addictif. Les cinq questions suivantes pourraient vous pister quant au développement d’une dépendance au cellulaire : 

  1. Êtes-vous constamment poussé à regarder votre téléphone cellulaire, au détriment d’autres activités importantes comme passer du temps avec vos proches ou faire de l’exercice? 
  1. Votre humeur est-elle significativement influencée par votre téléphone cellulaire? Êtes-vous plus heureux lorsque vous recevez de nombreux likes et plus triste ou en colère lorsque vous en recevez moins? 
  1. Avez-vous besoin de passer de plus en plus de temps sur votre cellulaire pour atteindre le même niveau de satisfaction? 
  1. Ressentez-vous de l’anxiété, de la colère, ou même de l’incapacité à vous concentrer lorsque vous n’avez pas accès à votre téléphone? 
  1. Avez-vous essayé de réduire votre utilisation du téléphone cellulaire sans succès? 

Il est possible que ces questions résonnent en vous. D’ailleurs, selon un récent sondage, 78 % des personnes admettent qu’elles ne peuvent pas imaginer vivre sans leur téléphone cellulaire.  

Retrouver le contrôle : trois astuces scientifiques 

Il est possible de reprendre le dessus à l’aide de ces trois astuces approuvées scientifiquement : 

  1. Limitez votre utilisation du téléphone cellulaire à des plages horaires spécifiques. Par exemple, réservez une heure par jour pour consulter votre téléphone cellulaire. Cette approche peut vous aider à éviter une consommation excessive et compulsive du téléphone cellulaire associée à un accès illimité. 
  1. Utilisez des mesures physiques pour réduire votre utilisation du téléphone cellulaire. Déconnectez-vous ou remettez temporairement vos mots de passe à une personne de confiance pour les applications que vous souhaitez éviter. Mettez en place des restrictions horaires, comme éteindre votre téléphone cellulaire à une heure fixe chaque soir et le ranger dans un tiroir. Collaborer avec les membres de votre foyer pour des repas sans téléphone peut également être efficace. 
  1. Transformez votre téléphone cellulaire en un outil moins attrayant. Basculez en mode noir et blanc pour le rendre visuellement moins stimulant. Limitez l’utilisation des applications à forte teneur en dopamine à votre ordinateur, réservant ainsi votre téléphone cellulaire pour des tâches plus simples comme les textos et les courriels. Supprimez les applications que vous jugez inutiles ou chronophages.  

Bien que certaines de ces astuces puissent sembler extrêmes, il est essentiel de comprendre que la transition vers une utilisation plus saine des téléphones cellulaires est un processus progressif. Selon la neuroplasticité, la réorganisation des circuits cérébraux peut prendre d’un mois à deux ans. En adoptant ces astuces, chacun peut progressivement retrouver un meilleur contrôle sur sa relation avec son téléphone cellulaire. Comme dans plusieurs aspects de la santé et du bien-être, l’essentiel est de trouver un équilibre sain.  


Source: Pexels

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