Par Sarah Gendreau Simoneau

Les symptômes d’une crise cardiaque ne se manifestent pas de la même façon chez une femme que chez un homme. En fait, les femmes n’ont pas les mêmes cœurs que les hommes et elles sont plus à risque de mourir d’une maladie cardiaque que d’un cancer du sein. Les douleurs féminines sont souvent banalisées par les médecins et on ne leur donne pas toujours des traitements appropriés.
Encore en 2026, la santé et le corps des femmes accusent du retard dans la science et la médecine. Ce sont des sujets qui ont souvent été relégués au second plan. Le corps féminin a longtemps été exclu des essais cliniques en santé. Des expertes en santé des femmes disent que, bien que la recherche sur certaines maladies qui touchent le corps des femmes commence à prendre son envol, cela n’est pas suffisant.
Trop complexe
Jusqu’en 1997, les femmes n’étaient pas incluses dans les essais cliniques, et même aujourd’hui, il y a des barrières, selon la directrice générale de l’Institut de recherche sur la santé des femmes et des enfants, Sandra Davidge. Le fait que cela était « trop complexe » était l’argument principal.
Dans un sondage Angus Reid de 2025, 73 % des femmes répondantes estiment que leurs symptômes ne justifient pas une consultation chez un professionnel de la santé, ce qui démontre l’urgence d’accroître la recherche et l’éducation pour améliorer les résultats et l’importance de rendre les soins plus équitables et accessibles. Toujours selon ce sondage, 81 % des répondantes connaissent personnellement une personne dont la condition aurait pu être diagnostiquée et traitée plus tôt. Si leurs symptômes avaient été mieux compris, ces femmes auraient probablement pu obtenir une prise en charge et un traitement plus rapide.
On y apprend aussi que 31 % des femmes ont de la difficulté à déterminer si leurs symptômes sont normaux ou le signe d’un problème plus grave, plus particulièrement en lien avec la ménopause. De plus, les femmes âgées de 23 à 43 ans ont tendance à minimiser leurs symptômes.
Démystifier la santé des femmes
Pour toutes ces raisons, la Dre Michelle Houde, alias MD colorée sur les réseaux sociaux, veut déconstruire les angles morts qui persistent à travers sa nouvelle série documentaire Les patientes.
Les huit épisodes, lancés début février sur Savoir média, abordent plusieurs mythes, biais et autres faits méconnus relatifs à la santé des femmes. On en apprend notamment sur le cœur, le cancer, la contraception, le sport, le rapport au corps et la santé mentale. Dre Houde avait envie de clarifier les faits, de déboulonner les idées conçues et d’apporter des nuances.
« On est dans une époque où les femmes demandent qu’on s’intéresse à leur santé et qu’on fasse mieux. C’est donc le bon moment de faire cette série », énonce la médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive au journal Le Devoir. Selon ses propos, la majorité des études ont été faites sur des hommes parce qu’ils n’ont pas de cycle hormonal, c’est donc plus simple. « Mais au contraire, les particularités qu’ont les femmes devraient être une raison d’étudier sur elles. »
Quand la recherche et les données tardent à suivre, un autre phénomène apparaît : les fausses certitudes. « Quand des personnes souffrent et n’ont pas de réponses, il peut y en avoir certaines qui amènent des réponses non avérées. C’est normal et ce n’est pas leur faute. Mais je trouve important d’amener des informations scientifiques et véridiques », souligne la Dre Houde.
Informer tout le monde
Dans sa série, Michelle Houde explore la santé des femmes à l’aide d’entrevues avec des experts de la cardiologie, de l’oncologie, de la gynécologie, de la kinésiologie, de la psychiatrie et de la pédiatrie. Tout est vulgarisé de façon à ce que les sujets abordés soient compris par toutes et tous avec des explications et des clarifications souvent illustrées, en plus d’être résumées à la fin des épisodes.
L’animatrice, qui cumule environ 230 000 abonnés sur TikTok et près de 70 000 sur Instagram, ne compte plus les témoignages de femmes craignant de ne pas avoir accès à une information de qualité, sans parler de celles qui se disent peu écoutées par leur médecin, ce qui l’a surprise. Idéaliste, elle ne voulait pas croire qu’il y avait une telle différence entre l’expérience de soins entre les hommes et les femmes.
« Il y a beaucoup de biais inconscients qui reposent sur des inégalités historiques dans la recherche scientifique et médicale. […] Le clitoris n’a été bien compris qu’en 1998. En plus, si une douleur est liée au cycle menstruel, enchaîne-t-elle, c’est une douleur qu’on va moins traiter. Cela dit, je vois des efforts dans la communauté médicale de traiter tout le monde avec les mêmes soins. »
Elle souhaite donc, avec sa série, informer les hommes et les femmes du fonctionnement du corps de la femme et leur redonner le pouvoir des connaissances.
Source : Savoir Média

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
