Par Sarah Gendreau Simoneau

Bien que l’avortement constitue un droit au Québec et au Canada, son accès demeure fragile. On observe une recrudescence du mouvement anti-choix en Estrie, comme partout au Québec. Des groupes anti-choix actifs dans les régions tentent d’ailleurs de collaborer avec des organismes, d’adhérer à des tables de concertation et regroupements, d’obtenir du financement, etc. Ils s’y prennent de manière sournoise en donnant l’impression d’être un organisme pro-choix, ce qui rend leur présence encore plus inquiétante, puisqu’ils adoptent une approche qui ne respecte pas le libre-choix et peuvent exercer une influence biaisée, culpabilisante ou orientée.
Les mouvements opposés à l’avortement s’étendent sur un spectre allant de la promotion d’options alternatives à l’avortement à l’exigence d’une interdiction totale, en passant par l’adoption de positions intermédiaires visant à imposer des restrictions partielles au nom de la protection du fœtus, des valeurs morales ou de la santé des femmes. C’est ce que souligne la doctorante en sociologie Véronique Pronovost, coauteure de l’étude « Quand le consensus vacille : état des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec ».
Une opposition plus intense
Le mouvement antiavortement n’est pas un phénomène nouveau au Québec, mais ses manifestations publiques se sont intensifiées et diversifiées ces dernières années. « Ce mouvement ne se développe pas en vase clos, explique la doctorante. Il s’inscrit dans une tendance internationale, s’inspirant entre autres de mouvements présents au Canada anglais et aux États-Unis. »
Ce qui se passe chez nos voisins du Sud inquiète, en effet, de notre côté de la frontière. En 2022, la Cour suprême des États-Unis avait ordonné l’annulation de l’arrêt Roe contre Wade, un jugement adopté en 1973 qui rendait la pratique de l’avortement légale dans tous les États depuis 50 ans. Avec le retrait de cette protection fédérale, de nombreux États ont restreint et même interdit aux femmes le choix mettre un terme à leur grossesse.
Au Québec, le ministre de la Justine, Simon Jolin-Barrette, veut inscrire le droit à l’avortement dans la constitution québécoise. Cette idée est loin de faire l’unanimité, parce qu’elle ouvrirait la porte à des contestations devant les tribunaux de certains aspects de ce droit essentiel pour les femmes.
Le rapport de Véronique Pronovost montre que le mouvement anti-choix est fortement intégré dans des réseaux interprovinciaux et transnationaux, bénéficiant de ressources, de formations et d’outils militants de ses homologues canadiens et américains.
La plupart des organisations du mouvement contre l’avortement ne reçoivent pas de financement public direct et s’appuient sur une main-d’œuvre bénévole. Elles comptent surtout sur les dons individuels et le soutien d’actrices et acteurs des milieux religieux, philanthropiques et communautaires, dont certains sont peu au fait des orientations idéologiques de ces organisations.
Des arguments clés
La recherche montre que les membres du mouvement antiavortement utilisent différentes catégories d’arguments. L’avortement est alors présenté comme un péché ou un acte violent, symbole d’un déclin moral collectif. Le langage des droits humains est aussi mobilisé pour revendiquer une forme de justice en faveur de ce que l’on désigne comme « les enfants à naître ». Dans certains cas, on accuse le féminisme de fragiliser la famille et la nation. Dans d’autres, on valorise la maternité comme un vecteur d’épanouissement et d’autonomie des femmes.
L’accès à l’avortement est présenté comme un enjeu instrumentalisé par les élites politiques à des fins électoralistes, un registre qui inclut des théories du complot en évoquant l’existence d’un marché lucratif de produits d’avortement impliquant les milieux médical et pharmaceutique. De plus, on met de l’avant les prétendus effets négatifs de l’avortement sur la santé physique et psychologique des femmes.
Des recommandations pour renforcer l’accès à l’avortement
L’équipe de recherche a élaboré 12 recommandations au gouvernement du Québec afin de renforcer l’accès à l’avortement et contrer l’influence du militantisme antiavortement.
Parmi ces recommandations, l’équipe suggère que le gouvernement s’abstienne d’intervenir sur le plan législatif en matière d’avortement. Cela fait référence au projet de loi 1 du ministre de la Justice, évoqué plus tôt. Essentiellement, le rapport dit que l’ensemble des enjeux et des potentielles menaces pour l’accès à l’avortement ne peuvent pas être réglés par une loi.
Rendre les contraceptifs sur ordonnance gratuits constitue une autre recommandation. « Si on veut favoriser l’autonomie reproductive et réduire les inégalités d’accès à la contraception, il est essentiel que le gouvernement du Québec adopte les mesures nécessaires pour assurer la gratuité universelle des contraceptifs sur ordonnance. » Cette mesure serait efficace, susceptible de diminuer les grossesses non planifiées et de renforcer le droit à disposer librement de son corps.
Parmi les autres recommandations phares, les experts prônent la création d’un comité chargé d’élaborer des normes minimales d’accès aux services d’avortement ainsi qu’une équipe volante spécialisée en matière d’avortement de troisième trimestre, qui est plutôt particulier.
D’autres recommandations sont faites, comme de renforcer la formation universitaire sur l’avortement, de pérenniser le financement des organismes pro-choix ou encore de renforcer l’éducation à la sexualité en intégrant des contenus sur l’avortement et en développant l’esprit critique.
Source : Catholic Register

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et bien-être du journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
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