Par Sarah Gendreau Simoneau

Au printemps 2025, une tendance se dessinait sur TikTok et autres médias sociaux : le SkinnyTok avec son mot-clic #SkinnyTok, qui regroupait des vidéos glorifiant la minceur. Ce mot-clic a, par la suite, été banni de TikTok, mais le contenu, lui, est toujours visible.
La viralité de cette tendance a ravivé un idéal toxique que plusieurs croyaient révolu : le culte de la minceur. Bien sûr, on pense aussitôt à l’impact d’un tel mouvement sur les adolescents, dont le corps et l’esprit sont en pleine transformation. Mais pour les générations X et Y, qui ont grandi avec l’ultramaigreur érigée en idéal de beauté, le retour de ce genre de message a aussi des conséquences sur elles.
Depuis quelques années, les messages sur l’acceptation de soi et sur la positivité corporelle étaient la norme et ont quelque peu relayé la tendance « être maigre, c’est beau » au bas de l’échelle. Beaucoup d’efforts ont été déployés pour montrer que tous les corps sont beaux. Mais si cette acceptation corporelle a connu un certain essor durant la dernière décennie, les spécialistes s’entendent pour dire que la minceur comme canon de beauté n’a jamais réellement disparu, même si on a pu le croire désuet. Selon Andrée-Ann Dufour Bouchard, chargée de projet chez ÉquiLibre, un organisme qui favorise le développement d’une image corporelle positive chez les gens et qui valorise la diversité corporelle au sein de la société, « le discours de l’industrie de l’amaigrissement s’est simplement adapté. L’argumentaire s’est transformé, les diètes ont semblé moins restrictives, mais elles impliquent toujours d’éviter certains aliments ».
La pression sociale
Dans des vidéos montrant des transformations physiques (les fameux avant/après) ou encore du type « What I eat in a day », des jeunes femmes (surtout) s’adressent à leurs pairs pour les inciter à moins manger, voire à s’affamer. Centrées sur des heuristiques de représentativités, ces jeunes femmes mettent en scène leurs corps comme preuve de la pertinence des conseils qu’elles avancent. Elles soulignent ainsi que leur vécu est un exemple à suivre.
Ce qu’elles préconisent se fonde sur les messages sanitaires auxquelles elles sont exposées depuis leur enfance : manger sainement, faire du sport… Mais en réalité, leurs discours prônent des régimes dangereusement restrictifs, des routines visant à façonner des corps ultraminces. Basés sur la croyance qu’il faut éviter de manger pour perdre rapidement du poids, des conseils de jeûne intermittent, des astuces pour ignorer la faim sont véhiculés. Les prises de paroles sont souvent agressives et pensées comme un levier efficace de changement comportemental. Le principe de ces vidéos et de ces discours est de susciter des émotions négatives basées sur la culpabilité. La viralité de cette tendance amplifiée par l’algorithme de TikTok enferme alors ces jeunes filles dans des bulles cognitives biaisées, qui valident des pratiques dangereuses pour leur santé.
Si on met de côté cet aspect quasi agressif, d’autres contenus s’inscrivent dans la tendance sans en avoir l’air. Les vidéos qui montrent ce qu’une personne mange durant une journée ou sa routine d’entraînement ne sont pas forcément mal intentionnées, mais si elles provoquent le sentiment d’être inadéquate chez les personnes qui les regardent, c’est peut-être parce qu’elles ne sont pas plus saines. « Dès qu’on sent que les règles sont trop rigides, qu’il n’y a aucune flexibilité ou qu’on nous vend la promesse de ressembler à un idéal, il faut être sur ses gardes », note Andrée-Ann Dufour Bouchard.
Une diminution de la positivité corporelle ?
On est donc revenu à cette tendance des corps minces telle que prônée par les diktats de la société des années 1990-2000, mais la positivité corporelle est-elle vraiment en train de disparaître ? Selon Lise-Andrée Massé, responsable du volet prévention et éducation chez Anorexie et Boulimie Québec, « si on reste dans l’algorithme du body positivity, on va constater qu’il y a encore beaucoup de contenu. Mais il y a certainement un essoufflement. Et même si le mouvement continue à évoluer, une nouvelle vague prône la perte de poids et cette vague passe par-dessus le body positivity ».
Mme Massé est convaincue que Ozempic et ce genre de médicament coupe-faim sont un des principaux facteurs de ce changement de mentalité sociale. « Depuis, il y a eu un revirement. Les réseaux sociaux sont un lieu où il y a beaucoup de comparaisons. Ce n’est pas juste [TikTok] qui fait que des troubles alimentaires se développent, mais ça peut être un des éléments. » Le fait de voir des personnalités connues, des athlètes, perdre du poids et qui en font la promotion, ça peut effectivement accentuer cette réflexion.
Il est difficile de concevoir que l’estime de soi ne réside que dans le physique et que tout ce qui entre dans l’encouragement de la perte de poids est vu comme quelque chose de normal et de sain. Le problème, c’est que c’est accepté dans la société, mais il ne faut pas oublier que la minceur ne rime pas nécessairement avec la santé, même si c’est ce qu’on veut bien nous faire croire depuis longtemps.
Source : TikTok

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
