Par Sarah Gendreau Simoneau

La semaine dernière, un procureur américain a rouvert une enquête sur un viol collectif présumé commis en 2024 par des étudiants de l’Université Cornell, dans l’État de New York, après qu’une étudiante américaine ait déposé une plainte. À l’époque, cette affaire n’avait pas donné lieu à des poursuites.
Surnommés « Cornell 7 », les sept étudiants de cette prestigieuse université américaine sont accusés de viol, deux ans après les faits. Une étudiante dont l’anonymat est conservé, a déposé une plainte le 14 septembre dernier, d’où la réouverture du dossier par le procureur le 28 septembre.
La victime affirme avoir été droguée et violée par sept membres de la fraternité Chi Phi (organisation d’élèves masculins) de l’université d’élite. La plainte et la réouverture du dossier ont provoqué de multiples réactions sur les médias sociaux, plusieurs personnes s’étonnant qu’aucune poursuite judiciaire n’ait été lancée lors du premier signalement par la victime à la police. Plusieurs accusent les universités d’élite de fermer les yeux sur la culture du viol. Beaucoup dénoncent également la décision de la justice, en 2024, de ne pas donner suite à cette histoire.
Matthew Van Houten, procureur du comté de Tompkins, s’est défendu le 28 septembre par voie de communiqué de ne pas avoir poursuivi les auteurs du crime en 2024, parce que le témoignage de la victime ne permettait pas d’établir alors une absence de consentement.
L’Université se défend de son côté d’avoir protégé les étudiants plutôt que la présumée victime parce qu’en effet, les deux étudiants ayant lancé le mouvement, dans une conversation de plus de cinquante étudiants, ont été expulsés de l’établissement, mais les cinq autres ont reçu des sanctions plus (trop) clémentes, comme des travaux écrits. Cornell affirme même attendre (encore) la fin du processus judiciaire avant d’imposer ou non de plus sévères conséquences. Les autres membres de la conversation où a été publié un message d’invitation au viol de la victime n’ont aucunement réagi ou porté plainte.
Plus d’alliés, s’il vous plaît !
Permettez-moi de poser la question : qu’est-ce que ça va prendre pour qu’on croie les femmes, les victimes, et pour que les personnes ayant commis se genre de crime soient punis à leur juste valeur ?
Plusieurs femmes et alliés se sont indignés de cette histoire dans les derniers jours, parce que le corps peut se souvenir. Près d’une femme sur deux a déjà été victime de violences sexuelles, qui englobent la tentative, le commentaire, l’avance non désirée ou le comportement dirigé contre la sexualité d’une personne en utilisant la coercition, la force ou l’absence de consentement. Toutes n’ont peut-être pas vécu la même histoire d’horreur que cette étudiante américaine, mais vous savez, quand on surveille son verre toute la soirée de peur que quelqu’un mette quelque chose dedans, quand on texte nos amies lorsqu’on est finalement rentrées (saines et sauves) à la maison, quand on partage notre localisation, quand on va aux toilettes ensemble dans un lieu qui nous est inconnu, quand on fait semblant de parler au téléphone en marchant jusqu’à notre voiture, quand on change de bord de rue parce qu’un homme est derrière nous. Je ne veux absolument pas généraliser. Mais on a appris à être méfiantes. On a peut-être vécu des traumatismes qui nous ont confirmé qu’on faisait bien de l’être.
Cette histoire nous ramène là. Et le fait que l’étudiante n’ait pas été prise au sérieux dès le début montre encore une fois pourquoi le système est mal fait. Des travaux écrits comme conséquence pour des étudiants qui auraient participé activement au viol, vraiment ? Et les autres dans la conversation qui ont participé psychologiquement àcette agression en ignorant consciemment ce qui était en train de se produire plutôt que d’appeler la police, alors que des femmes, dans ce même pays, les États-Unis, peuvent être condamnées et emprisonnées parce qu’elles ont eu recours à l’avortement…
Au moment d’écrire ces lignes, j’ai personnellement vu les témoignages de plusieurs femmes ou encore l’indignation de celles-ci sur les médias sociaux, mais où sont les alliés masculins ? Pourquoi aucun homme ne s’indigne-t-il ni ne se prononce-t-il sur ce genre de sujet ? Peut-être ont-ils peur d’être maladroits… mais seulement « on vous croit », « on vous voit », « on vous soutient » pourraient être les bienvenues. On a besoin que plus d’hommes soient de notre bord, contre la misogynie, contre l’homophobie. On a besoin que plus d’hommes se montrent disponibles pour protéger les femmes. On a besoin que plus d’hommes dénoncent des messages de haine envers les femmes. On a besoin que plus d’hommes refusent des liens d’amitié en rabaissant les femmes.
Source : Getty Images

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
