Nicolas Zemmour : entre philosophie et danse 

Par Elizabeth Gagné 

Nicolas Zemmour a remporté le prix de l’artiste de l’année en Estrie en 2025.  

Une série de représentations signée ZemmourBallet se tiendra au Théâtre Le Grand-Espace, qui vous invite dès le 16 février à une soirée unique consacrée à l’improvisation chorégraphique. Par la suite, du 17 au 20 février, le public pourra découvrir Les évadé.e.s de la moraline, une pièce emblématique du répertoire de la compagnie. 

Fondé à Sherbrooke en 2020, ZemmourBallet s’est fait connaître à travers la région et le Québec durant la pandémie. Alors que de nombreuses compagnies de danse vivaient dans l’incertitude, Nicolas Zemmour a réussi à se démarquer grâce à son originalité. Marseillais d’origine, Nicolas a connu une grande carrière d’interprète en Europe. Il a parcouru le monde à plusieurs reprises avec de grandes compagnies de danse. Durant sa carrière, il a toujours travaillé en parallèle avec son père, aujourd’hui dramaturge de la compagnie. 

« Il est dramaturge, donc il met la philosophie au cœur des œuvres. Au fur et à mesure que je pratiquais la danse et que la philosophie m’accompagnait, la création est arrivée inévitablement », explique-t-il. 

Sentant le désir de créer grandir en lui, Nicolas élabore sa première chorégraphie en 2013 à Marseille. Plus tard, en 2017, il obtient une collaboration internationale avec le Grand Théâtre du Luxembourg et le Ballet national de Marseille, ce qui lui permet de se lancer pleinement dans une carrière chorégraphique. 

De la France à Sherbrooke : une migration déterminante 

Une migration familiale importante a ensuite mené Nicolas de la France vers le Québec. Il a d’abord tenté de s’installer au Nouveau-Brunswick, puis à Montréal, mais le milieu y était très saturé, précise-t-il. 

« Il y avait très peu de place pour les étrangers. C’est une réalité à laquelle j’ai dû faire face, et en plus, ça coûtait très cher. » 

Par chance, son frère, qui travaille à l’Université de Sherbrooke au CHUS, l’invite chez lui. C’est ainsi que Nicolas découvre Sherbrooke. Sous la recommandation de son frère, il frappe à la porte du Centre des arts de la scène Jean-Besré (CASJB). Il y est accueilli par Caroline Ferland, directrice du développement et des opérations, ainsi que par Simon Vincent, directeur technique. « Ce fut l’apothéose! » 

Nicolas s’inscrit alors à la résidence annuelle offerte par le CASJB. Durant cette année très productive, malgré la COVID-19, il réussit à réaliser plusieurs projets, dont la création de sa propre compagnie de danse. 

« Mon rêve a toujours été de créer une compagnie “grand public”. À Sherbrooke, il y avait vraiment un manque que je suis venu combler. Je suis très heureux de l’accueil que la ville m’a réservé; c’est vraiment un rêve éveillé. » 

Cette résidence annuelle s’est finalement transformée en résidence permanente, un projet rempli de défis, mais passionnant, souligne-t-il. 

Un festival novateur en pleine pandémie 

L’Université de Sherbrooke a également joué un rôle dans le lancement de son premier festival. À la fin août 2020, en pleine pandémie, s’est tenu le Festival de danse servi au volant, organisé à l’Université en partenariat avec le Centre culturel et la radio universitaire CFAK. 

Avec l’accord de la santé publique, Nicolas a réussi à réunir plus de 24 artistes sur scène pendant huit soirées. Le concept était simple, explique-t-il, mais novateur. Les voitures se stationnaient en deux arcs de cercle dans le stationnement du Centre culturel pour assister au spectacle, tout en écoutant la bande sonore à la radio. Chaque voiture possédait un numéro et participait à l’éclairage en suivant les indications de CFAK. 

« C’était génial, et c’est cet événement qui a fait connaître la compagnie et qui l’a lancée », souligne Nicolas. 

Transmettre la danse aux nouvelles générations 

Nicolas nourrit également une passion pour la transmission artistique. Il a enseigné pendant plus de cinq ans dans des cégeps et durant trois ans à l’Université Bishop’s. Aujourd’hui, il offre des cours gratuits tous les matins afin de permettre aux gens de s’entraîner à la danse. 

Selon lui, l’objectif est de se développer collectivement et de rendre la danse accessible à tous. Cette vision constitue d’ailleurs la devise de la compagnie. 

« Nous voulons que nos projets soient accessibles financièrement, inclusifs et communautaires. Chaque création doit être accessible, intègre et excellente. Ce sont nos trois critères. » 

Impro danse : la création en direct 

Parmi ses projets récents, Impro danse est un concept inspiré d’une soirée d’improvisation théâtrale à laquelle Nicolas avait assisté au Boq. Impressionné par cette forme d’expression qu’il ne connaissait pas en Europe, il a décidé d’adapter l’idée à la danse. 

Après réflexion, il a créé les soirées Impro danse, en retirant l’aspect compétitif pour privilégier l’art et la création. Il a également fondé l’Académie populaire de l’art, une discussion de 45 minutes avec le dramaturge de la compagnie sur le thème de la soirée présentée. 

Pour la soirée du 16 février, la thématique abordée sera le sourire, l’humour et l’art. Dès 19 h, Nicolas Zemmour animera la soirée et échangera avec le public afin d’explorer les concepts et la sémantique liés au thème. Accompagnés de musiciens, de techniciens et d’artistes invités, tous participeront à la création du spectacle en direct, offrant au public une expérience immersive qui donne l’impression d’être en coulisses. 

Les évadé.e.s de la moraline : une réflexion philosophique sur la société 

Du 17 au 20 février, Les évadé.e.s de la moraline proposera une œuvre suscitant une réflexion profonde. Le concept de « moraline » a été inventé par le philosophe Friedrich Nietzsche en 1888. Le terme fusionne « morale » et le suffixe « -ine », évoquant une substance pharmaceutique, pour suggérer un produit qui corrompt ou engourdit. 

« Comme si la moraline était une drogue que tout le monde devrait ingérer pour que la société soit cohérente et bonne pour tous. Le spectacle parle de l’émancipation et de la liberté. Il aborde aussi notre société, qui enferme l’être humain dans des cases et refuse sa complexité. Toute l’œuvre explore la profondeur et l’épaisseur de notre ontologie », précise Nicolas. 

Tous les spectacles débutent à 19 h. En amont de chaque représentation, l’Académie populaire de l’art accueillera le public à 18 h, offrant un espace de rencontre, de réflexion et de partage autour des arts vivants. 


Source : Ashbey.fr

Elizabeth Gagné
Cheffe de pupitre CULTURE  culture.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Travaillant de pair avec ses collègues depuis 2022 à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la faculté d’éducation, elle travaille également depuis un an au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Intriguée par tout ce qui nous rend profondément humains, elle souhaite élargir et approfondir le sens de la culture en proposant des articles parfois hors normes.  

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