Par Elizebeth Gagné

Depuis quelque temps, le centre-ville de Sherbrooke est sous les feux de la rampe. Plusieurs commerces qui étaient des institutions de la rue Wellington ont fermé ou vont fermer leurs portes. Des commerçants ont dénoncé publiquement la situation critique du Centro. Cependant, depuis peu, un nouvel organisme a vu le jour afin de représenter les 250 commerçants du centre-ville. La Société de développement commercial du centre-ville (SDC) s’est constituée en octobre dernier et vient d’élire sa directrice générale, Jessika Wilson.
Tout juste entrée en fonction, Jessika parle du rôle de la SDC, de la situation au centre-ville, des enjeux, des recommandations et de ses opinions face à la situation.
La SDC est un outil concret pour soutenir le développement commercial d’un quartier, porté par ses membres. Grâce à un financement stable et une gouvernance démocratique, elle permet d’agir collectivement pour dynamiser notre milieu. Ses principaux piliers d’intervention sont : la représentation, le marketing, le développement commercial et les partenariats.
Des recommandations concrètes qui sont écoutées ?
La crise du centre-ville arrive également avec l’élection d’une nouvelle mairesse, Marie-Claude Bibeau. Un espoir pour les commerçants du Centro et la SDC que cette nouvelle administration fasse du centre-ville une priorité. Déjà, la SDC a fait des recommandations concernant le stationnement, une problématique largement décriée par de nombreux commerçants et l’une des raisons pour lesquelles la boutique Piosa déménagera.
Le problème du stationnement, dit Jessika, est dû à plusieurs facteurs que la SDC a laissés sous-entendre à l’administration. Le boom des travailleurs au centre-ville est une bonne chose, précise Jessika, mais le nombre de vignettes a considérablement augmenté, monopolisant bon nombre de stationnements par les travailleurs. « L’une de nos recommandations était de réserver des stationnements avec horodateur aux visiteurs, mais également d’uniformiser les heures pour le stationnement gratuit. »
La mairesse a annoncé en février que, ce printemps, les stationnements seront gratuits tous les soirs au centre-ville. Une annonce accueillie favorablement par la SDC, qui voit en cette branche d’olivier l’espoir d’une administration qui écoute.
Pas seulement un problème de stationnement
Même si l’annonce des stationnements gratuits est accueillie favorablement, il ne faudrait pas croire que la situation va miraculeusement se résoudre. Le problème est beaucoup plus profond. Si le stationnement est une chose, la circulation en est une autre.
La question de rendre la route piétonnière cet été fait partie d’un autre débat qui va se résoudre le 10 mars prochain. Selon le cabinet de la mairie, c’est à cette date que le conseil municipal dévoilera les aménagements prévus pour le Centro cet été. Jessika informe que la SDC a déposé une recommandation à l’encontre d’un aménagement piétonnier cet été.
Les raisons, selon elle, sont que le centre-ville ne peut tout simplement pas se permettre d’être encore moins accessible pour les automobilistes. Les chiffres d’affaires des commerçants démontrent également une baisse de revenus à chaque période de piétonnisation, me dit Jessika, qui était, auparavant, copropriétaire de la boutique Kitsch sur la Wellington. « Ça ne fonctionne tout simplement pas. » Elle n’est pas contre, cependant, l’installation d’aménagements tels que ceux que l’on retrouve sur la colline de la cour municipale.
L’accessibilité est un enjeu d’autant plus que Jessika Wilson et plusieurs internautes critiquent haut et fort les sens uniques et les interdictions de tourner. Un vrai labyrinthe occasionnant énormément de confusion pour les automobilistes et les livreurs, essentiels aux commerçants.
Un beau centre-ville
Jessika Wilson fait la comparaison avec la rue principale du centre-ville de Magog. Tous ceux qui se sont rendus récemment au centre-ville de Sherbrooke auront constaté la même chose : des bâtiments historiques abandonnés ou délabrés, une diminution de l’offre, sans parler du manque d’accessibilité pour les automobilistes.
Maintenant, allez marcher sur la rue principale à Magog et constatez l’achalandage ainsi que l’offre de restaurants, de boutiques, de cafés, etc. La différence est frappante. Alors, qu’est-ce qui explique une telle démarcation ?
« C’est sûr que je regarde ce qui se fait à Magog et je trouve ça super inspirant, mais ils ont fait de gros travaux de restauration de la rue il y a quelques années, pis je peux te dire qu’avant ces travaux-là, il y avait beaucoup de locaux vides, il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas bien. Ça a été difficile pour les commerçants de passer au travers des travaux, mais je pense que ça a beaucoup aidé depuis. C’est un amalgame de beaucoup de choses, mais il y a une question de volonté politique. La Ville de Magog a décidé d’investir dans son centre-ville et de mettre ça beau, de mettre des gens qui ramassent les poubelles et de mettre de la sécurité policière », mentionne la directrice générale de la SDC.
Selon elle, ça part toujours d’une volonté politique. « Je ne veux pas pointer personne du doigt, mais dans les dernières administrations qu’on a eues à Sherbrooke, on a bien ressenti que le centre-ville n’était pas une priorité. Il y a eu un mix de plein de choses, la pandémie entre autres a été difficile, mais là je sens qu’il y a une volonté politique de vouloir faire les choses. On a des promoteurs qui sont là, qui ont envie d’acheter des bâtisses et qui ont envie d’investir au centre-ville. Il faut redonner le goût aux gens de partir une business et de venir s’installer au centre-ville. »
Pour que le centre-ville de Sherbrooke soit de nouveau achalandé, il faut le rendre attrayant. Et cela vient avec son lot de défis, précise Jessika Wilson. « Déjà, dans la dernière année, la Ville a mis sur pied des amendes pour les propriétaires qui n’entretiennent pas leurs bâtiments. Il faut travailler main dans la main avec les promoteurs, poursuit-elle. Mais ce n’est pas si simple, étant donné que leur clientèle est composée de petites entreprises qui n’ont pas les moyens de payer six mille dollars de loyer par mois. »
Source : Ville de Sherbrooke

Elizabeth Gagné
Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Depuis 2022, elle travaille de pair avec ses collègues à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la Faculté d’éducation.
