La mi-temps la plus politisée de l’histoire du Super Bowl 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Bad Bunny a offert un spectacle de la mi-temps au Super Bowl sous le signe de l’amour et de l’acceptation dans un climat politique tendu aux États-Unis 

Que l’on connaisse ou pas Bad Bunny, qu’on aime sa musique ou pas, le spectacle de la mi-temps du Super Bowl du 8 février dernier en a surpris plusieurs par les références au peuple latino-américain, mais également par la portée politique et les dénonciations qu’il comportait. 

Une semaine plus tôt, aux prix Grammy, le Portoricain Bad Bunny avait fait un plaidoyer afin d’appeler à « mettre dehors » la police américaine de l’immigration (ICE). 

Le choix de cet artiste, lui-même citoyen américain, puisque Porto Rico est sous juridiction américaine depuis 1898, pour la convoitée mi-temps du Super Bowl, était critiqué par la sphère MAGA, qui lui reproche de chanter en espagnol ainsi que ses prises de position qu’elle qualifie de « woke ».  

Rappelons que le président américain Donald Trump a fait des expulsions de migrants un axe central de sa politique. C’est ainsi que Bad Bunny a décidé que la tournée mondiale qu’il effectue depuis novembre ne passerait pas par les États-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids d’ICE. 

Un spectacle acclamé 

Sur les réseaux sociaux, après la performance de Bad Bunny, bon nombre de gens ont acclamé cette présence au Super Bowl, certes différente des précédentes mi-temps, qu’ils qualifiaient de « vent de fraîcheur », de « particulièrement touchante », de « dénonciatrice » et de « politique ».  

L’artiste de Porto Rico, le plus streamé au monde, n’a pas eu besoin de prononcer des slogans anti-MAGA, le simple fait d’avoir rendu hommage, pacifiquement, au grand continent américain dans son ensemble a dû révolter le chef obscurantiste.  

Des images fortes 

Le spectacle de Bad Bunny était riche en symbolisme et en récits culturels, empreint d’images fortes.  

En hommage à l’île, il a ouvert sa prestation en traversant des champs révélant des travailleurs agricoles, faisant ainsi un clin d’œil aux fermes sucrières et fruitières de Porto Rico et à l’héritage du travail agricole. Le chanteur est ensuite monté sur un poteau électrique, symbolisant les coupures de courant fréquentes à Porto Rico, dues à un réseau vétuste et à la vulnérabilité de l’île aux catastrophes naturelles. Il a interprété El Apagón, littéralement La panne de courant, qui dénonce la négligence et le mépris des gouvernements portoricain et américain envers l’île.  

La caméra a ensuite effectué un panoramique sur un salon où une mère, un père et leur fils regardent l’enregistrement du discours de remerciement de Bad Bunny aux Grammy Awards. L’artiste remet ensuite le prix au jeune garçon, qui semble interpréter une version plus jeune de Bad Bunny et représente les générations futures d’immigrants. Certains y ont vu un petit clin d’œil à Liam Ramos, l’enfant de cinq ans qui avait été arrêté par des agents fédéraux, plusieurs pensant même qu’il s’agissait de lui, ce qui a été démenti. Il s’agissait plutôt d’un jeune comédien, Lincoln Fox. 

Au cours de sa performance, Bad Bunny fait plusieurs références à Porto Rico. On y voit Toñita, la propriétaire du Caribbean Social Club, pour qui il organise une levée de fonds afin qu’elle puisse continuer ses activités. Il montre aussi comment les enfants de la communauté latino-américaine dorment sur des chaises lors des fêtes. Il présente également différentes facettes de la vie quotidienne, comme les commerces portoricains de New York, avec leurs étals multicolores, ou encore l’emblématique La Casita rosa, des stands vendant des piragua (un dessert portoricain), de la coco frio (une boisson) et des tacos, sans oublier les champs de canne à sucre de l’île.  

Des gens se sont véritablement mariés durant le spectacle. L’inclusion d’un mariage représentait l’amour dans une période de fortes divisions. Des célébrités latines comme Cardi B, Jessica Alba, Karol G, Young Miko et Pedro Pascal ont fait une apparition à la Casita de Bad Bunny. Lady Gaga a interprété une version salsa de Die With a Smile. Ricky Martin a également fait une apparition surprise, chantant devant une réplique de la pochette iconique de l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny. Il a d’ailleurs interprété Lo Que Le Paso a Hawaii, une chanson dénonçant l’embourgeoisement, le surtourisme et, surtout, le déplacement des populations locales, en établissant un parallèle avec l’histoire de la colonisation d’Hawaï.  

Bad Bunny a conclu son spectacle en lançant un « God Bless America », puis en énumérant tous les pays d’Amérique du Nord, du Sud, centrale et latine, soulignant que le terme « Amérique » ne désigne pas uniquement les États-Unis. Tandis que des personnes brandissant des drapeaux de tous les pays des Amériques défilaient aux côtés de l’artiste, un panneau d’affichage est apparu derrière eux, proclamant «The only thing more powerful than hate is love» (La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour).  

En somme, la performance de Bad Bunny a rendu hommage à la culture latine ainsi qu’à la fierté d’être ensemble dans un contexte politique turbulent. Il s’agissait du premier spectacle de la mi-temps du Super Bowl à proposer une prestation majoritairement en espagnol et Bad Bunny est le premier artiste solo latino-américain de langue espagnole à avoir été en tête d’affiche. 

Donald Trump offusqué 

Même si Donald Trump ne s’intéressait pas au spectacle de la mi-temps et n’était pas au Super Bowl vu l’artiste invité, il a tout de même commenté la performance de Bad Bunny en la qualifiant de « catastrophique » sur son réseau Truth Social. 

« C’est absurde, une insulte à la grandeur de l’Amérique, et cela ne reflète en rien nos valeurs de réussite, de créativité et d’excellence. » Il en rajoute en mentionnant que « personne ne comprend un mot de ce que dit ce type » et en qualifiant la danse de « répugnante ».  

Il voit ce spectacle comme une « gifle » pour le pays. « Ce fiasco n’a rien d’inspirant, et il aura sans doute droit à d’excellentes critiques de la part des médias qui diffusent de fausses informations, car ils n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le monde réel. » 


Crédit : David Tulis

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORT ET BIEN-ÊTRE at journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et bien-être du journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.  

Elle s’efforce, avec sa curiosité légendaire, de dénicher les meilleurs sujets diversifiés pour vous! 

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