Par Ann-Frédérik Belzil, Loriane Boisvert, Maxime Coutu, Marc-Antoine Deroy, Joey Lavoie-Lachapelle et David Lemon

Dans un contexte de montée du nationalisme québécois, la Commission Laurendeau-Dunton a été chargée d’examiner l’état du bilinguisme et du biculturalisme au Canada, et de formuler des recommandations visant à favoriser une cohabitation plus équitable entre les deux principales communautés linguistiques. Au Québec, les années 1960 sont marquées par la Révolution tranquille, une période de profonds bouleversements sociaux, politiques et culturels. La presse étudiante se montre alors particulièrement dynamique, enchaînant les publications qui reflètent les aspirations, les tensions et les revendications de l’époque.
Le journal étudiant de l’UdeS aurait joué, au cours des années 1960, un certain rôle dans la défense de l’identité québécoise. Dans le journal Campus Estrien, le ton se fait plus militant, servant de vecteur pour la diffusion des idées et des conceptions nationalistes du Québec. La plume prend la forme d’un outil d’articulation des aspirations d’un peuple en quête d’affirmation et d’autodétermination. En ce sens, l’article « La langue », publié le 26 avril 1966 par G. Drolet, est édifiant.
L’écriture au service de la nation
La plume devient un outil non seulement d’affirmation, mais aussi d’exclusion et d’attaque. Le processus de hiérarchisation des composantes de l’identité nationale conduit à l’usage d’un champ lexical parfois virulent. On s’en prend au mauvais usage de la langue qui est, selon l’auteur, si essentiel au combat des Québécois. « Sans compter que ce ne sont pas strictement les « Anglais » qui veulent s’opposer à l’expansion de la langue française, ce sont les Québécois eux-mêmes […]. Ils préfèrent la tenir à l’écart en parlant une autre langue : ils parlent mal les deux. Et on s’empresse de nommer cela le bilinguisme », écrit Drolet. On cible la langue anglaise, ses locuteurs et leurs influences sur la langue commune des Québécois. La plume adopte une dimension combative, servant alors à dénoncer ce qui est perçu comme une altération de la culture et des symboles nationaux du Québec.
La langue française : une identité collective proprement québécoise
La plume sert aussi à défendre la langue et le Québec. La presse étudiante devient l’un des lieux où le « Nous » s’articule, donnant naissance à un espace de construction identitaire fondé sur la langue française. Celle-ci agit comme un fil conducteur de l’identité collective, un refuge face à l’incertitude et aux pressions extérieures. « La langue pourvoit ainsi la conservation d’un peuple et à fortiori la sauvegarde du peuple lui-même […]. La langue façonne la mentalité d’un peuple et tout ce qui lui est inhérent : la culture, l’histoire, la littérature, la pensée et enfin la civilisation même. »
Le rôle de la presse étudiante
À travers sa production écrite, la presse étudiante participe à la construction du sentiment d’appartenance nationale. Cette identité linguistique spécifique nourrit les aspirations à l’indépendance qui ne se réalisera pas. L’année 1980 est marquée par la tenue d’un référendum visant à déterminer si le Québec devait entamer le processus menant à son indépendance de la fédération canadienne. L’option du « Non » l’emporte avec une majorité des voix.
Source : Archives Campus Estrien
