Kent Monkman au Musée des beaux-arts de Montréal 

Par Maëva Dubé 

Un espace aménagé de l’exposition de Kent Monkman au Musée des beaux-arts de Montréal.

Jusqu’au 8 mars 2026, le Musée des beaux-arts de Montréal accueille une nouvelle exposition de l’artiste Kent Monkman, issu de l’ocêkwi sîpiy (Nation crie de Fisher River au Manitoba) : L’Histoire est dépeinte par les vainqueurs. La collection de 40 tableaux réutilise les codes de la peinture d’histoire pour illustrer des enjeux autochtones contemporains. 

Les œuvres lèvent le voile sur une histoire effacée par le colonialisme, celle des Premières Nations ainsi que des collectivités bispirituelles, trans et queers, amenant les personnes spectatrices à réfléchir sur le passé colonial, à s’émerveiller et à s’émouvoir. Le dynamisme et l’audace artistique de Monkman se mêle aux thèmes reliés aux revendications autochtones, ce qui fait le caractère marquant et actuel de l’exposition. 

Des peintures qui oscillent entre résistance et célébration 

Nous sommes plongés dans l’univers artistique de Monkman en étant invités à contempler les œuvres colorées et détaillées, où chaque objet est symbolique. Il évoque de nombreux aspects de l’art et de la mythologie, tout en incorporant des enjeux d’exploitation de l’environnement ou des traumatismes des pensionnats autochtones. Il utilise l’humour comme forme de résistance dans son art et traite de la nudité et des fiertés queers. Selon l’entrevue menée par Radio-Canada, Monkman témoigne de sa volonté artistique : « Je voulais que les jeunes, les Autochtones, les queers se voient dans mes œuvres, dans des espaces où nous avons été invisibles. » 

À travers des salles où plusieurs thèmes autochtones convergent, Monkman aborde des sujets comme les actes de résistance ou la perte et le deuil. L’exposition est dotée d’une salle de réflexion disponible à tout moment, où nous pouvons réfléchir sur ce qu’on voit et ce qu’on ressent entre le parcours des installations.  

L’exposition, en collaboration avec le Denver Art Museum, comporte plusieurs salles et une installation vedette : mistikôsiwak (peuple aux bateaux en bois), soit, La résurgence du peuple et L’accueil des nouveaux arrivants. Ces deux peintures traitent de la colonisation et de ses répercussions.  

Une réappropriation autochtone des récits dominants 

À travers une pluralité de récits autochtones, Kent Monkman va réutiliser les références à l’histoire de l’art occidentale pour créer ses chefs-d’œuvre : Albert Bierstadt, George Catlin, Edward S. Curtis. L’artiste cri reprend les paysages représentés par ceux-ci, et replace les autochtones dans leurs territoires ancestraux. Les œuvres de Bierstadt ont notamment favorisé l’intérêt de l’expansion vers l’Ouest et donc, de la dépossession territoriale autochtone. 

Miss Chief Eagle Testickle, l’alter ego de Monkman et symbole de l’endurance autochtone, apparait dans les œuvres et invite à l’extravagance. Elle incarne une figure spirituelle mêlée à la culture crie et illustre le refus de l’artiste cri de rester dans les souffrances. Elle invite à la joie et le rire, tout en étant mise en scène dans des contextes douloureux. 

Le déluge (2019), qui aborde les traumatismes des pensionnats autochtones, La maison de fous (2020), où les défis liés à l’incarcération sont traités ou La constellation des savoirs (2022) qui témoigne des apprentissages spirituels des ancêtres, sont toutes des toiles qui démontrent la richesse des réflexions que l’art de Monkman crée. 


Source : Linkedin MBAM

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