Donner voix aux femmes autochtones pour protéger le vivant 

Par Rebecca Gagné 

L’enracinement des savoirs des femmes autochtones teinte l’approche de Patricia-Anne Blanchet 

Patricia-Anne Blanchet s’est taillée une place parmi la programmation de la Semaine des objectifs de développement durable (ODD) de l’Université de Sherbrooke (UdeS) pour donner voix à un savoir précieux. Sa conférence du 19 mars dernier portait sur l’écoféminisme décolonial afin de sensibiliser la communauté étudiante à l’importance du rôle des femmes autochtones quant à la protection et à la pérennité du territoire.  

Patricia-Anne Blanchet est coordonnatrice à l’expérience étudiante et à la sensibilisation aux Premiers Peuples à l’UdeS. Celle qui se qualifie d’artiviste détient un doctorat en éducation aux arts vivants, le tout s’inscrivant dans une perspective écoféministe décoloniale. 

Place à l’univers 

Est d’abord introduit un principe autochtone fondamental, qui est celui du cosmocentrisme. En contraste avec l’anthropocentrisme, où l’être humain se place au centre de l’univers, la sagesse autochtone honore plutôt une vision cosmocentrique, qui accorde la place centrale à l’univers. «  Chez les Premiers Peuples, on dit dans un cercle, tout le monde est à égale distance du centre », souligne Patricia-Anne Blanchet.  

Se présentant comme une alliée, Patricia-Anne Blanchet se mobilise activement au sein de plusieurs rassemblements autochtones. Ceux-ci l’immiscent dans des connaissances grassroots, soit des savoirs provenant d’expériences vécues et transmises par les membres de la communauté. « On écoute des enseignements d’aînés à l’année longue pour pouvoir les incarner dans notre quotidien, donc ça teinte beaucoup mon parcours, qui cherche à légitimer le matrimoine culturel, matériel des femmes autochtones », partage l’artiviste. 

Une distinction reste cependant à faire entre l’écoféminisme autochtone et celui de nature institutionnelle, «  qui soulève de nombreuses critiques de la part des Premiers Peuples ». D’un côté, l’action concrète se retrouve au cœur des priorités tandis que de l’autre, c’est plutôt la réflexion qui est mise de l’avant. La nuance s’explique quant à la signification du territoire qui, pour les Premiers Peuples, est l’essence même de leur identité culturelle, explique Patricia-Anne Blanchet. 

Le rôle central des femmes autochtones 

Prenant racine de la troisième vague du féminisme radical en 1970, l’écoféminisme est un mouvement qui reconnaît la domination des femmes et l’exploitation de la nature comme interreliées. Dans cette optique, « on reconnaît un peu l’intersectionnalité des oppressions, qui vont avoir un poids encore plus grand sur les Premiers Peuples, qui vivent à proximité des territoires et encore dans les territoires où il y a de l’extractivisme, de l’exploitation ».  

Ainsi, l’écoféminisme autochtone se fait une justice épistémique, voire holistique de reconnaître le rôle central des femmes autochtones dans la protection du vivant. L’aspect féministe de ce courant ne fait toutefois pas l’unanimité au sein des Premiers Peuples quant à la diversité identitaire. Pour certaines personnes autochtones, une telle vision néglige les personnes bispirituelles et plurispirituelles, dotées d’une multiperspective du monde. Ce souci d’exclusion est comparable à celle déjà présente dans les institutions, où sont prônées les connaissances scientifiques au détriment des savoirs ancestraux. 

Mais ce courant est en pleine mouvance, et un premier pas vers celui-ci serait d’abord une simple reconnaissance de l’ascendance des savoirs autochtones. « Reconnaître les épistémologies autochtones est essentiel dans la co-construction de cet écoféminisme qui se dit décolonial. C’est une approche qui va reconnaître, à la base, les épistémologies, donc les façons de créer le savoir, qui sont ancrées dans des millénaires de sagesse sur lesquels on continue de marcher », précise Patricia-Anne Blanchet. 

Les relations au vivant sont au centre de cette vision, fondée sur l’interconnexion, la réciprocité et la responsabilité. L’idée de cette approche aux multiperspectives est d’honorer les voix authentiques sans les dénaturer. « On a besoin d’avoir des alliances qui sont respectueuses, qui écoutent, qui font une vraie place aux Premiers Peuples », conclut l’artiviste.  


Crédit : Rebecca Gagné

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