Par Elizabeth Gagné

La série télévisée Ayer’s Cliff, qui est diffusée sur l’Extra d’ici Tou.tv, est une comédie noire se déroulant dans le village paisible d’Ayer’s Cliff, en Estrie. Alors qu’un terrible événement vient bouleverser le calme de la petite communauté, Henri (Henri Picard) et son oncle, le chanteur disco Martin Stevens (Marc Labrèche), doivent naviguer à travers la tempête. Entre accusations et investigations, les deux personnages doivent travailler ensemble afin de se sortir du pétrin.
Écrite et réalisée par Édouard Gingras et Zacharie Lareau, la série rend hommage au vrai Martin Stevens dans un univers parallèle. Produite par Roméo & Fils, la série comprend sept épisodes de 15 minutes.
Louis-Philippe (Joey Scarpellino), un jeune acteur, s’exile à Ayer’s Cliff, où il fait la rencontre d’Henri (Henri Picard), avec qui il se lie rapidement d’amitié. La tension sexuelle entre les deux jeunes hommes est palpable et, après une soirée trop arrosée, leur belle histoire prend rapidement une tournure tragique. Henri est contraint, pour se disculper, de s’allier à son oncle Martin Stevens (Marc Labrèche), un chanteur disco ayant connu la gloire jadis. Le duo dysfonctionnel se lance dans une quête désespérée pour comprendre ce qui s’est réellement passé.
La découverte du corps du jeune acteur sur une berge du lac Massawippi provoque une onde de choc dans la petite communauté d’Ayer’s Cliff. Mais qui est coupable ? Une enquête policière, à laquelle se mêlent médias et opinion publique, déclenche une série de rebondissements et une tornade d’émotions dans le village. Les circonstances exceptionnelles entourant la mort de Louis-Philippe ne laissent personne indifférent. Que ce soit le maire, Bill Bernhard (Stéphane Crête), la police locale ou Bibi (Myriam Leblanc), la tenancière du bar, nul n’est à l’abri des suspicions et chaque personne a sa propre hypothèse. Tandis que les masques tombent et que les secrets refont surface, Martin et Henri doivent à tout prix enterrer la hache de guerre et tout faire en leur possible pour sauver leur peau.
Un projet réalisé par deux bons chums
Édouard Gingras et Zacharie Lareau se connaissent du cégep, le feu Conservatoire Lassalle. Édouard étudiait en cinéma et Zacharie en théâtre. Ils ont déjà travaillé ensemble à l’école et se sont liés d’amitié depuis. Il s’agit du premier projet de ce genre sur lequel ils ont collaboré à voir le jour. Tous deux affectionnent particulièrement la région de l’Estrie, un endroit qu’ils associent au plaisir.
La série s’est construite petit à petit durant de nombreuses sessions folles de remue-méninges. Mais l’éclair de génie est arrivé un soir alors qu’Édouard et Zacharie, deux grands mélomanes, écoutaient de la musique, plus précisément du Martin Stevens. C’est alors qu’Édouard raconte qu’une fois, lorsqu’il était chez Marc Labrèche, ce dernier est monté sur son comptoir de cuisine en personnifiant le chanteur des années disco, Martin Stevens. L’image était tellement alléchante — celle d’un Marc Labrèche en Martin Stevens — que les deux amis ont commencé à conceptualiser ce projet.
Ayer’s Cliff est une série construite à l’image des deux amis. « L’humour noir et la comédie noire, c’est un peu ce qu’on aime voir, puis, dans cette série-là, on a un peu assemblé tous les éléments qu’on voulait dans une série. C’est pas mal ça, c’est un beau gros trip », dit Édouard. Avant que le vrai Martin Stevens, de son vrai nom Roger Prud’homme, ne meure en 2023, les deux amis lui avaient raconté leur idée d’un Martin Stevens réinventé et il avait adoré.
Un projet de longue haleine
L’aventure a commencé vers la fin de 2022 et s’est terminée au printemps 2024. Entre la préproduction, l’écriture, le tournage et la postproduction, qui physiquement, n’ont rien à voir ensemble comme expérience, le tournage s’est avéré un gros trip pour Édouard et Zacharie. « On était vraiment comme deux enfants sur le tournage qui mettaient en image leurs idées. Ç’a tellement passé vite, faute de temps, faute de budget, faute de tout, mais je pense qu’on a profité à fond. »
Une expérience enrichissante pour le comédien Henri Picard
Henri Picard confie que son rôle dans cette comédie noire lui a tout de suite plu. « Je n’ai pas beaucoup exploré la comédie dans ma carrière, donc c’était vraiment le fun de jouer dans une série complètement disjonctée comme celle-là. » Il a vraiment travaillé son personnage pour aller chercher la réalité de ce jeune qui ne dort pas beaucoup, qui travaille de jour et de nuit, qui n’a pas beaucoup d’amis et qui rêve de plus, confie-t-il.
Jouer Henri dans la série a été un rôle qui comportait également quelques défis pour le jeune comédien. Étant un personnage de région, le jeune acteur a voulu lui donner une couleur. « Sans tomber dans la parodie, c’était la première fois que je mettais en pratique un accent. C’était particulier parce qu’il ne fallait pas que j’oublie de le faire et je n’arrêtais pas de demander aux deux réalisateurs si c’était bon, s’ils n’avaient rien oublié, pour être sûrs qu’on ne décroche pas. »
Henri Picard a dû jouer des scènes particulièrement intenses, notamment dans le deuxième épisode, « où le drame arrive », dit-il. « J’appréhendais beaucoup cette scène-là, donc j’ai répété, répété et répété chez moi, sans être sûr de pouvoir la réussir. » Durant cette scène, où il n’y avait pas beaucoup de texte, l’improvisation était primordiale et, pour cela, il tient à remercier Marc Labrèche, qui l’a beaucoup guidé.
Avec Ayer’s Cliff, Édouard Gingras et Zacharie Lareau proposent une comédie noire audacieuse, ancrée dans un décor estrien aussi charmant qu’inquiétant. Portée par une distribution solide et un univers singulier, la série explore les zones grises entre drame, humour et enquête, tout en offrant une réflexion sur le regard collectif et les secrets enfouis. Une production locale qui réussit à se démarquer par son ton assumé et son originalité.
Source : Ayer’s Cliff

Elizabeth Gagné
Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Travaillant de pair avec ses collègues depuis 2022 à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la faculté d’éducation, elle travaille également depuis un an au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Intriguée par tout ce qui nous rend profondément humains, elle souhaite élargir et approfondir le sens de la culture en proposant des articles parfois hors normes.
