Une percée scientifique et entrepreneuriale portée par la collaboration locale
Par Frédérique Maysenhoelder

Après plusieurs années de recherche et plus de trois millions de dollars investis, une équipe sherbrookoise s’apprête à transformer la détection du cancer de la vessie. À l’Université de Sherbrooke, des chercheuses et chercheurs de l’Institut de recherche sur le cancer (IRCUS) et du Centre de recherche du CHUS (CRCHUS) ont mis au point un test d’urine rapide et non invasif, appelé à remplacer la cystoscopie, une procédure actuellement coûteuse et inconfortable pour les patientes et patients.
Grâce à un partenariat stratégique avec l’entreprise RYND Biotech, la technologie entre maintenant dans une phase cruciale : sa commercialisation. Le financement final et la conception du prototype devraient être complétés d’ici la fin de l’année, pour une mise en marché envisagée entre 2028 et 2029.
« Ce partenariat illustre parfaitement comment la science et l’entrepreneuriat peuvent transformer la médecine, souligne Camille Dodd, PDG de RYND Biotech. Cette innovation, déjà suivie à l’échelle mondiale, représente une percée majeure pour le diagnostic du cancer de la vessie. »
Une innovation née du savoir-faire sherbrookois
Derrière cette avancée se trouvent le Dr Claudio Jeldres, urologue et professeur au Département de chirurgie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS), et le Pr François-Michel Boisvert, directeur scientifique de l’IRCUS et professeur au Département d’immunologie et de biologie cellulaire. Ensemble, ils ont identifié quatre biomarqueurs communs dans les échantillons d’urine de personnes atteintes du cancer de la vessie, une précision qui place leur test parmi les plus fiables du marché.
« C’est en misant sur la collaboration et le partage des ressources que nous avons pu identifier ces biomarqueurs, explique le Dr Jeldres. Notre méthode pourrait même s’appliquer au diagnostic du cancer de la prostate, et nous travaillons déjà à l’adapter en ce sens. »
L’équipe a également bénéficié d’une collaboration internationale, notamment avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs universités étrangères, pour valider le test auprès de différentes populations.
« Cette reconnaissance mondiale a confirmé la fiabilité et l’universalité de notre approche », se réjouit le Pr Boisvert.
La science, l’entrepreneuriat et la proximité comme moteurs
Le succès de ce projet illustre la synergie propre à Sherbrooke entre la recherche, les institutions et le monde entrepreneurial. Le Bureau de la valorisation et des partenariats de la FMSS et TransferTech Sherbrooke ont accompagné l’équipe pour assurer un passage fluide du laboratoire au marché.
« Nous mettons en place les conditions gagnantes pour transférer les technologies vers les patients et patientes », explique Marie-Claude Battista, directrice du Bureau de la valorisation et des partenariats.
Le Dr André Carpentier, directeur scientifique du CRCHUS, souligne pour sa part la force de la coopération : « Ce projet est le résultat d’une belle collaboration entre nos équipes et la persévérance de nos chercheurs et chercheuses, appuyés par nos étudiantes et étudiants. »
Un projet rendu possible grâce à la communauté
Dès ses débuts, la recherche a été soutenue par la Fondation du CHUS, qui a permis de lancer les premières études et d’attirer d’autres partenaires financiers. « Notre contribution a servi de levier pour amorcer cette aventure scientifique, partage Martin Clermont, directeur général de la Fondation. Nous sommes fiers d’avoir joué un rôle clé dans cette innovation. »
Pour assurer la continuité du projet, le Dr Jeldres et le Pr Boisvert ont récemment intégré l’équipe de direction de RYND Biotech, à titre de directeur médical (CMO) et de directeur technologique (CTO).
Une avancée prometteuse pour la santé mondiale
Le test sherbrookois pourrait bientôt changer la vie de milliers de patientes et patients à travers le monde, en permettant une détection plus rapide, plus simple et moins anxiogène du cancer de la vessie. Il témoigne aussi d’un modèle sherbrookois d’innovation, fondé sur la collaboration interdisciplinaire et la proximité entre la recherche universitaire, le milieu hospitalier et l’entrepreneuriat.
Une fois de plus, Sherbrooke prouve que la science peut transformer concrètement la vie des gens, une découverte à la fois.
Crédit : Mathieu Lanthier
