Par Frédérique Maysenhoelder

Ce qui devait être une simple participation s’est transformée en victoire historique pour Michaël Bruneau, étudiant en génie robotique à l’Université de Sherbrooke (UdeS). Avec son ami d’enfance Émile Jacques, il a remporté la médaille d’or internationale à la World Robot Olympiad (WRO), une compétition qui rassemble chaque année des équipes issues de plus de 95 pays.
« Au départ, on voulait surtout vivre l’expérience internationale, voir où on se situait par rapport aux autres équipes. Gagner, c’était presque irréaliste », raconte Michaël Bruneau en entrevue.
D’un sous-sol à la scène internationale
L’aventure débute au début de l’été. Contrairement à plusieurs équipes qui planchaient sur leur projet depuis des mois, Michaël et Émile disposaient de moins de deux mois pour concevoir, assembler et programmer leur robot autonome. Leur quartier général : le sous-sol familial, transformé en véritable laboratoire improvisé.
« On a monté une piste d’essai avec les moyens du bord. Il y avait des câbles partout, des pièces détachées sur les tables. Ça ressemblait plus à un atelier expérimental qu’à un projet de compétition internationale », dit-il en souriant.
Les deux jeunes ingénieurs ont conçu une voiture autonome capable d’analyser son environnement en temps réel, d’ajuster sa trajectoire et d’exécuter des manœuvres complexes avec précision. « Chaque détail comptait. Un capteur mal calibré ou une ligne de code mal optimisée pouvait tout faire échouer. »
Les soirées s’étiraient souvent tard dans la nuit. « Il y a eu des moments de découragement. Parfois, le robot ne réagissait pas comme prévu et on devait revoir toute notre logique. Mais chaque problème nous forçait à devenir meilleurs. »
Une compétition sous haute pression
Après avoir franchi les étapes régionales et nationales, le duo a obtenu son billet pour la finale internationale dans la catégorie « Ingénieur du futur ». Le défi se résumait à concevoir une voiture autonome capable de naviguer sur des circuits complexes dont la configuration pouvait changer à la dernière minute.
Lors de la première épreuve, leur robot devait effectuer des tours de piste pendant que certains paramètres du circuit étaient modifiés sans préavis. Résultat : un score parfait. « Quand on a vu que notre véhicule s’adaptait parfaitement aux changements, on a ressenti un immense soulagement. On s’est dit : ‘OK, on est vraiment compétitifs ici’ », explique Michaël.
La deuxième épreuve était encore plus exigeante. La voiture devait quitter un stationnement, effectuer trois tours en évitant des obstacles, puis revenir se stationner en parallèle, le tout contre la montre. « Le chronomètre ajoute un stress énorme. Tu sais que chaque seconde compte. Mais on avait confiance en notre programmation. On avait testé tellement de scénarios que le robot était prêt à presque tout », affirme-t-il.
Malgré leurs performances impeccables, Michaël et Émile demeuraient dans l’incertitude. L’évaluation finale comprenait également l’analyse détaillée de leur documentation technique, un aspect souvent déterminant. « On savait qu’on avait bien performé sur la piste, mais on ignorait comment les juges évalueraient notre rapport technique. C’était la partie la plus stressante, parce que ça ne dépendait plus de ce qu’on voyait en direct. »
Le moment décisif
Le suspense a pris fin lors de la cérémonie de clôture. Les équipes attendaient fébrilement l’annonce des gagnants. « Quand ils ont commencé à nommer les pays pour les médailles, mon cœur battait à toute vitesse. Puis j’ai entendu ‘Canada’. Sur le coup, je n’ai pas réagi. J’ai regardé Émile pour m’assurer que j’avais bien compris », se souvient Michaël.
Ce n’est qu’en montant sur scène pour recevoir la médaille d’or que la réalité s’est imposée. « À ce moment-là, tout s’est arrêté. J’ai pensé à toutes les heures passées à coder, à tester, à corriger. C’était plus qu’une victoire : c’était l’aboutissement de mois d’efforts. » Cette médaille marque un jalon important : il s’agit de la première médaille d’or canadienne à la WRO depuis plus de vingt ans. « Savoir qu’on contribue à écrire un petit morceau d’histoire pour le Canada, c’est incroyable. On ne réalise pas tout de suite l’ampleur de ce que ça représente. »
Une formation déterminante
Pour Michaël Bruneau, cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Il souligne l’importance de sa formation universitaire dans son parcours. « Le programme de génie robotique nous pousse à résoudre des problèmes concrets dès le début. On ne fait pas que de la théorie : on conçoit, on programme, on teste. Cette approche pratique nous a énormément aidés en compétition. »
Selon lui, la capacité à intégrer des connaissances en mécanique, en électronique et en programmation a été déterminante. « En robotique, tout est interconnecté. Si tu modifies un élément mécanique, ça influence l’électronique, puis la programmation. Nos études nous ont appris à voir le système dans son ensemble. » La pression internationale a aussi permis au duo de développer des compétences humaines essentielles. « On a appris à gérer le stress, à communiquer efficacement et à prendre des décisions rapides. En compétition, tu n’as pas le luxe d’hésiter longtemps. »
Une victoire porteuse d’avenir
Au-delà de la médaille, cette expérience ouvre de nouvelles perspectives professionnelles. « Participer à une compétition de cette envergure, ça donne une crédibilité. Mais surtout, ça confirme qu’on est à notre place dans ce domaine », confie Michaël. Il espère maintenant inspirer d’autres jeunes à se lancer en robotique. « La robotique peut sembler intimidante, mais c’est un domaine fascinant. Si notre parcours peut encourager des étudiants à essayer, à oser participer à des compétitions internationales, ce sera déjà une belle réussite. »
Pour lui, cette aventure restera gravée à jamais. « Ce que je retiens le plus, ce n’est pas seulement la médaille. C’est le chemin parcouru. Les défis, les erreurs, les ajustements… C’est ça qui nous a transformés. »
En revenant à Sherbrooke, Michaël et Émile ont rapporté bien plus qu’un trophée : ils ont ramené la preuve qu’avec de la passion, de la rigueur et une solide formation, deux jeunes ingénieurs peuvent rivaliser avec les meilleures équipes du monde. « On est partis pour apprendre. On revient avec l’or. C’est la preuve qu’il ne faut jamais se limiter soi-même », conclut Michaël Bruneau.
Crédit : UdeS l’équipe Double-X à Singapour
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
