Par Frédérique Maysenhoelder

La Semaine des objectifs de développement durable (ODD) de l’Université de Sherbrooke s’amorce cette année avec une réflexion sur la vitalité démocratique. Le mardi 10 mars, la communauté universitaire a été invitée à assister au panel d’ouverture intitulé La démocratie est-elle à la table ou au menu?. L’événement, présenté à l’Agora du Carrefour de l’information au pavillon Georges-Cabana, a marqué le lancement d’une semaine d’activités consacrées au développement durable et à ses multiples dimensions sociales, politiques et environnementales.
Cette discussion d’ouverture a réuni des spécialistes provenant de différentes disciplines ainsi que des personnalités issues du milieu politique afin d’examiner les défis auxquels fait face la démocratie aujourd’hui. Dans un contexte où la confiance envers les institutions publiques semble fragilisée et où la participation citoyenne se transforme, les panélistes ont été appelés à réfléchir au rôle que jouent les systèmes démocratiques dans la construction de sociétés plus justes et durables.
Un thème au cœur de l’actualité
Le choix du thème de cette année s’inscrit dans un climat mondial marqué par des tensions politiques et des transformations sociales rapides. Les débats publics sur la confiance envers les institutions, la désinformation ou encore la polarisation des opinions occupent une place importante dans l’actualité. Ces enjeux touchent directement la capacité des sociétés à prendre des décisions collectives et à agir pour répondre aux défis contemporains.
Dans plusieurs pays, les mécanismes démocratiques font l’objet de questionnements. Certains citoyens expriment une méfiance croissante envers les institutions politiques, tandis que d’autres cherchent de nouvelles façons de participer à la vie publique, notamment à travers les réseaux sociaux ou les mouvements citoyens. Les technologies numériques ont d’ailleurs profondément transformé la manière dont les idées circulent et dont les débats publics se développent.
En posant la question « La démocratie est-elle à la table ou au menu? », les organisateurs du panel souhaitaient encourager une réflexion critique sur la place qu’occupent réellement les citoyennes et les citoyens dans les processus décisionnels. Sont-ils des acteurs et des actrices à part entière des discussions ou simplement les sujets des décisions prises par d’autres? Cette interrogation ouvre la porte à une discussion plus large sur la participation citoyenne, la transparence des institutions et l’importance du dialogue public.
Un panel interdisciplinaire
Pour alimenter la discussion, le panel a réuni des intervenantes et intervenants provenant de différents horizons professionnels. Parmi eux se trouvait Geneviève Hébert, députée de Saint-François et adjointe parlementaire au ministre délégué à l’Économie. Son expérience politique lui a permis d’apporter une perspective concrète sur le fonctionnement des institutions et sur les défis liés à la représentation des citoyennes et des citoyens.
La mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, a également participé à la discussion. Ancienne ministre et députée fédérale, elle possède une expérience à la fois municipale et nationale de la vie politique. Sa présence a permis d’aborder la démocratie sous l’angle de la gouvernance locale, un niveau de pouvoir souvent plus proche des citoyens et où les décisions ont des impacts directs sur la vie quotidienne.
Le milieu universitaire a également été représenté par plusieurs spécialistes. Le professeur Maurice Demers, du Département d’histoire, a apporté une perspective historique sur les enjeux démocratiques actuels. En observant l’évolution des institutions et des mouvements citoyens au fil du temps, il devient possible de mieux comprendre les transformations que connaissent les démocraties contemporaines.
Alain Létourneau, professeur au Département de philosophie et d’éthique appliquée, a pour sa part proposé une réflexion sur les dimensions éthiques et philosophiques de la démocratie. Les questions de responsabilité collective, de justice sociale et de participation au débat public font partie des enjeux centraux de ces réflexions.
Emmanuel Choquette, professeur adjoint spécialisé en communication politique internationale et en risques démocratiques, a abordé les transformations du débat public et les défis liés à la circulation de l’information. À l’ère des plateformes numériques et de l’information instantanée, la communication politique joue un rôle déterminant dans la formation de l’opinion publique.
L’économiste Khalil Adnane, chargé de cours à l’École de politique appliquée, complétait le panel en explorant les liens entre économie, politiques publiques et développement durable. Les décisions économiques et les choix de politiques publiques ont en effet des répercussions importantes sur la capacité des sociétés à atteindre des objectifs de développement durable.
La discussion a été animée par Isabelle Lacroix, professeure et vice-doyenne au développement et à l’international à la Faculté des lettres et sciences humaines. Son rôle a été de guider les échanges entre les panélistes et de favoriser une discussion dynamique autour des enjeux abordés.
Une semaine consacrée aux objectifs de développement durable
Le panel s’inscrivait dans la programmation de la Semaine des ODD de l’Université de Sherbrooke, une initiative qui vise à mettre en valeur l’engagement de l’institution envers les 17 objectifs de développement durable adoptés par l’Organisation des Nations unies.
Ces objectifs couvrent un large éventail de défis mondiaux, allant de la lutte contre la pauvreté et les inégalités à la protection de l’environnement, en passant par l’accès à l’éducation, la santé, l’égalité entre les sexes et la gouvernance démocratique. Les universités jouent un rôle important dans la promotion de ces objectifs, notamment par la recherche, l’enseignement et l’engagement communautaire.
Au fil de la semaine, différentes activités permettent aux membres de la communauté universitaire de se familiariser avec ces objectifs et de découvrir les initiatives mises en place sur le campus pour y contribuer. Conférences, panels et rencontres offrirent des occasions de discussion et d’apprentissage autour des défis liés au développement durable.
L’université comme espace de dialogue
Au-delà des activités prévues, la Semaine des ODD met également en lumière le rôle des universités comme lieux de réflexion et de dialogue. Les établissements d’enseignement supérieur rassemblent des personnes provenant de disciplines et d’horizons différents, ce qui favorise la confrontation d’idées et la recherche de solutions à des problèmes complexes.
Les enjeux liés à la démocratie et au développement durable dépassent largement les frontières d’un seul domaine d’étude. Ils nécessitent une collaboration entre plusieurs disciplines afin de mieux comprendre les interactions entre les dimensions sociales, économiques, politiques et environnementales.
Dans ce contexte, les panels et les conférences organisés pendant la semaine offrent des occasions privilégiées d’échanger et de partager des perspectives variées. Ces discussions permettent aussi de sensibiliser la communauté universitaire aux défis globaux auxquels les sociétés sont confrontées.
Encourager l’engagement étudiant
La Semaine des ODD représente également une occasion pour les étudiantes et les étudiants de s’impliquer dans les réflexions sur l’avenir des sociétés. Les universités jouent un rôle important dans la formation de citoyens informés et engagés, capables de participer aux débats publics et de contribuer aux transformations sociales.
Plusieurs initiatives étudiantes démontrent d’ailleurs un intérêt croissant pour les enjeux liés au développement durable. Des groupes étudiants, des projets de recherche et des activités de sensibilisation sont régulièrement mis en place sur les campus afin de promouvoir des pratiques plus responsables et de favoriser l’engagement communautaire.
En participant aux activités de la Semaine des ODD, les membres de la communauté universitaire peuvent ainsi mieux comprendre les enjeux mondiaux et réfléchir aux actions qu’ils peuvent entreprendre à leur échelle.
Une réflexion tournée vers l’avenir
En lançant sa Semaine des ODD par une discussion sur la démocratie, l’Université de Sherbrooke rappelle que la durabilité ne se limite pas aux enjeux environnementaux. Elle repose aussi sur des institutions solides, sur une participation citoyenne active et sur la capacité des sociétés à dialoguer et à prendre des décisions collectives.
Le panel d’ouverture constitue ainsi une invitation à réfléchir à l’avenir des démocraties et à la manière dont elles peuvent contribuer à bâtir des sociétés plus équitables, inclusives et résilientes. Dans un monde marqué par des transformations rapides, ces réflexions apparaissent plus pertinentes que jamais.
Pour la communauté universitaire, la Semaine des ODD représente finalement un moment privilégié pour réfléchir aux valeurs qui orientent le développement des sociétés et pour imaginer les solutions qui permettront de relever les défis du 21e siècle.
Source : Université de Sherbrooke
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
