Par Frédérique Maysenhoelder

L’art et la technologie entretiennent aujourd’hui des liens de plus en plus étroits. À l’Université de Sherbrooke, une exposition présentée sur le campus invite justement le public à réfléchir à cette relation. L’exposition Database Paintings de l’artiste montréalais Adam Basanta propose une exploration artistique originale qui s’appuie sur les bases de données numériques et les technologies informatiques pour créer de nouvelles œuvres visuelles.
Présentée jusqu’au 19 avril 2026 dans l’espace Groupe MACH, cette exposition rassemble une série d’images réalisées à partir de fragments d’œuvres provenant de grandes collections muséales internationales. Les œuvres prennent la forme d’impressions pigmentaires d’archive et de mosaïques de dimensions variables. Elles résultent d’un processus artistique qui mêle programmation informatique, analyse de données et création visuelle.
Quand les bases de données deviennent matière artistique
Dans Database Paintings, Adam Basanta s’intéresse à un phénomène caractéristique de notre époque : la numérisation massive du patrimoine culturel. De nombreux musées à travers le monde rendent aujourd’hui leurs collections accessibles en ligne afin de démocratiser l’accès à l’art. Ces vastes ensembles d’images constituent de véritables bases de données visuelles qui permettent d’observer l’histoire de l’art sous un angle nouveau.
L’artiste s’interroge sur ce que ces archives numériques peuvent révéler lorsque les œuvres ne sont plus considérées individuellement, mais comme un ensemble de données. Autrement dit, que se passe-t-il lorsque l’on analyse l’art à grande échelle, comme on le ferait avec des statistiques ou des données scientifiques?
Pour répondre à cette question, Basanta a développé un logiciel personnalisé capable d’extraire et de regrouper des fragments d’images provenant de différentes œuvres d’art. Les pixels de ces images sont ensuite assemblés pour former de nouvelles compositions abstraites. Chaque image exposée devient ainsi une mosaïque composée de multiples fragments provenant d’œuvres existantes.
Des œuvres construites à partir de collections muséales
Les images utilisées dans ce processus sont issues de bases de données accessibles au public provenant de grands musées internationaux, notamment le Tate au Royaume-Uni, le Guggenheim Museum de New York et le Museo Reina Sofía en Espagne. Grâce à ces collections numériques, l’artiste peut analyser un grand nombre d’œuvres et en extraire des éléments visuels qui serviront de matière première à ses créations.
Les œuvres finales oscillent entre reconnaissance et abstraction. Par moments, certaines formes ou couleurs évoquent vaguement les tableaux originaux, mais l’ensemble reste difficile à identifier. Ce jeu entre familiarité et transformation invite les visiteurs à réfléchir à la manière dont les images circulent et se transforment dans l’environnement numérique.
Certaines pièces reposent par exemple sur l’agrégation de pixels provenant de plusieurs œuvres d’une même collection, tandis que d’autres utilisent un fragment provenant de chaque œuvre d’un musée donné. Le résultat forme une sorte d’empreinte visuelle de la collection entière, comme une signature numérique du patrimoine artistique.
Réfléchir au rôle des musées à l’ère numérique
Au-delà de l’expérience esthétique, Database Paintings soulève également des questions sur la manière dont les institutions culturelles organisent et diffusent leurs collections. Les bases de données muséales ne sont pas neutres : elles reflètent des choix institutionnels, des priorités culturelles et parfois des biais historiques.
En réutilisant ces données visuelles, Basanta propose une forme de réinterprétation artistique de ces collections. Les œuvres résultantes oscillent entre hommage et transformation. Elles célèbrent les images originales tout en les recontextualisant dans une nouvelle composition générée par un algorithme.
Cette approche met en lumière les tensions entre la préservation du patrimoine et la circulation libre des images dans l’espace numérique. Les œuvres de Basanta questionnent notamment les notions d’auteur, de reproduction et de propriété intellectuelle dans un contexte où les images peuvent être copiées, analysées et recombinées par des machines.
Un artiste reconnu sur la scène internationale
Adam Basanta est un artiste et compositeur né à Tel-Aviv et établi à Montréal depuis 2010. Sa pratique artistique se situe à la croisée de plusieurs disciplines, notamment les arts visuels, la musique expérimentale et les technologies numériques. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux musées et galeries à travers le monde, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
Son travail explore souvent les relations entre les systèmes technologiques, les structures sociales et les processus créatifs. À travers différents médiums (installations, sculptures, impressions ou dispositifs sonores), il examine la manière dont les machines et les algorithmes influencent notre perception de la culture et de l’information.
Une invitation à regarder les images autrement
En présentant Database Paintings sur le campus, l’Université de Sherbrooke offre à sa communauté étudiante une occasion de découvrir une forme d’art contemporain qui dialogue directement avec les technologies numériques. L’exposition invite les visiteurs à porter un regard différent sur les images qui composent notre environnement numérique.
À une époque où des millions d’images circulent chaque jour sur Internet, les œuvres de Basanta rappellent que ces images peuvent être analysées, recomposées et transformées pour créer de nouvelles formes artistiques. Derrière chaque pixel se cache non seulement une œuvre originale, mais aussi une trace de l’histoire culturelle et des systèmes qui organisent notre accès au savoir.
Avec Database Paintings, l’artiste propose une réflexion à la fois esthétique et critique sur la manière dont l’art est conservé, diffusé et réinventé à l’ère des bases de données.
Crédit : Guy L’heureux
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
