Crises multiples et santé mentale : un signal d’alarme chez les jeunes 

Par Frédérique Maysenhoelder 

Entre crises sanitaires, climatiques et sociales, la santé mentale des jeunes de 18 à 29 ans s’est détériorée dans les dernières années. 

Entre pandémie, changements climatiques et tensions sociales, la santé psychologique de la population québécoise est mise à rude épreuve. Une récente enquête menée par des chercheurs et chercheuses de l’Université de Sherbrooke révèle toutefois une réalité particulièrement préoccupante : ce sont les jeunes adultes qui paient le plus lourd tribut à ce contexte de crises multiples. 

Diffusés en décembre 2025, les résultats s’inscrivent dans le cadre du projet de recherche Le triple nexus « changements climatiques – migration – santé publique », dirigé par le professeur Gabriel Blouin-Genest (Faculté des lettres et sciences humaines) et la professeure Mélissa Généreux (Faculté de médecine et des sciences de la santé). Cette nouvelle enquête reprend plusieurs indicateurs d’une première étude réalisée en 2021, permettant de comparer l’évolution de la santé mentale et de la cohésion sociale au Québec, notamment en Estrie et en Montérégie. 

Une détérioration marquée chez les 18 à 29 ans 

Si l’état de santé psychologique demeure relativement stable chez l’ensemble de la population adulte, une détérioration marquée est observée chez les 18 à 29 ans. Les symptômes anxieux sont passés de 21 % à 31 % entre 2021 et 2025, tandis que les symptômes dépressifs ont augmenté de 23 % à 30 %. Mais c’est surtout la progression du sentiment de solitude qui frappe. En quatre ans, il est passé de 41 % à 58 % chez les jeunes adultes, ce qui signifie qu’environ six jeunes sur dix se sentent actuellement seuls. 

Cette solitude s’accompagne d’une baisse du sentiment de cohérence, soit l’impression que la vie est compréhensible, gérable et porteuse de sens. En 2025, seulement 20 % des jeunes adultes présentent un niveau élevé de cohérence, contre 27 % en 2021. Cette proportion est désormais deux fois moindre que celle observée chez les adultes plus âgés. Pour la professeure Mélissa Généreux, ces données traduisent un malaise générationnel profond, alimenté par les bouleversements sociaux et climatiques qui rendent plus difficile la construction de repères stables. 

Polarisation politique et perte de confiance envers les institutions 

L’enquête met également en lumière une polarisation politique accrue, particulièrement chez les jeunes adultes. Entre 2021 et 2025, la proportion de jeunes se positionnant à gauche de l’échelle politique est passée de 13 % à 20 %, tandis que ceux se situant à droite sont passés de 5 % à 9 %. Cette polarisation s’accompagne d’une chute marquée de la confiance envers les gouvernements. Alors que 10,8 % des personnes sondées déclaraient un faible niveau de confiance en 2021, cette proportion atteint 22,1 % en 2025. À l’inverse, les niveaux de confiance élevés ont fortement diminué. 

Des leviers collectifs pour soutenir le mieux-être des jeunes 

Face à ces constats, les personnes chercheuses insistent sur l’importance de renforcer les facteurs de protection. Recréer des liens sociaux et intergénérationnels, favoriser l’accès à la culture et à la nature, encourager le dialogue social et soutenir les compétences socioémotionnelles figurent parmi les pistes proposées. Ils rappellent également que la santé mentale des jeunes ne peut être abordée uniquement sous l’angle clinique. L’accès à un logement stable, à une alimentation adéquate et à des environnements sécuritaires demeure essentiel pour alléger la charge mentale des nouvelles générations. 


Crédit : Michel Caron UdeS

Frédérique Maysenhoelder
Frederique.Maysenhoelder-Gosselin@USherbrooke.ca   More Posts
Scroll to Top