Par Nicolas Hamel

et Pr Emmanuel Choquette lors de la 4e journée de disruptions de l’IA en communication
et marketing de l’Université de Sherbrooke.
Alors que l’intelligence artificielle (IA) fait la une des journaux mondiaux depuis quelques années, elle était aussi le sujet lors de la journée conférence sur l’importance d’apprendre à utiliser l’intelligence artificielle au quotidien dédiée aux étudiants et étudiantes des programmes de communication et de communication marketing de l’Université de Sherbrooke. C’est du moins ce qu’ont conclu certaines personnes étudiantes le 29 septembre dernier lors du 5 à 7 de clôture de la journée.
« Ma perspective n’a pas vraiment changé, je n’aime pas que le « focus » soit autant sur l’humanisation de l’intelligence artificielle, ça me met un peu en colère et ça me fait un peu peur », a indiqué l’étudiante en première année de communication marketing Alexie Arcand-Lawlor. Son collègue de classe, Gabriel Bouffard, ajoute que c’est un sentiment partagé par plusieurs autres de leurs comparses et qu’il « ne comprend pas le but de normaliser autant l’IA ». Pour Paul Loga, étudiant de première année en communication appliquée, il a indiqué que la journée n’a fait qu’accentuer son malaise face à l’utilisation des agents génératifs.
Le pragmatisme de l’expérience
Dans la même salle, ayant assisté aux mêmes conférences, la directrice générale de la fondation du Cégep de Sherbrooke, Josée Mailloux, s’est dit quant à elle « réconfortée parce que, oui, ça peut être un outil pour faire le mal, mais j’ai confiance en l’humain qui ne veut pas s’autodétruire et qu’il va faire le nécessaire pour le baliser ».
De son côté, le coordonnateur aux initiatives institutionnelles en intelligence artificielle de l’Université de Sherbrooke, Serge Piché, est d’avis qu’il y a un aspect d’espoir face à l’intelligence artificielle : « Aujourd’hui, on a appris que l’apport humain est encore important, on a encore des possibilités d’agir, de décider de laisser [l’IA] de côté, de choisir quand on l’utilise, de s’imposer des processus créatifs sans l’intelligence artificielle. »
L’intelligence artificielle en politique municipale
Une autre des nombreuses conférences offertes lors de cette journée était sur comment les communications de la politique municipale sont impactées par l’intelligence artificielle. Il a notamment été expliqué que le logiciel américain Claude était utilisé par la Ville de Sherbrooke. L’administration municipale s’en sert actuellement pour différentes tâches administratives de routine, comme le montage de vidéo, et pour des brainstorms, sans toutefois toucher à la prise de décision politique, qui reste l’exclusivité des élus.
La conférence a également abordé une technologie encore plus poussée : les jumeaux numériques. Il a été mentionné que des jumeaux numériques pourraient permettre à un citoyen de proposer virtuellement une modification sur le ramassage des poubelles. Les données seraient ensuite comptabilisées pour voir électroniquement si cela peut être viable ou non et si le cas est positif, renforcer le sentiment d’appartenance pour sa municipalité. Un énoncé qui a suscité le questionnement du professeur en communication politique à l’Université de Sherbrooke, Emmanuel Choquette : « Ça me soulève des questionnements en raison de l’applicabilité des mesures dans le concret par rapport à la communication politique, les stratégies, les décisions. Il est essentiel de mieux comprendre le développement des intelligences artificielles, ainsi que les contremesures liées aux biais qu’elles émettent. Bien qu’il existe des outils pour contourner ces biais, leur efficacité et la possibilité qu’ils soient eux-mêmes sujets à des biais doivent être examinées de près. »
La communauté étudiante présente a également eu la chance de tester elle-même cette technologie grâce à Smart Persona, l’agent conversationnel développé par la firme québécoise Léger. Cet outil permet de dialoguer en temps réel avec des profils de consommateurs virtuels, créés à partir d’immenses bases de données de sondages. Au lieu de recruter de vrais participants pour un groupe de discussion, les futurs communicateurs et communicatrices ont pu simuler les réactions d’une cible marketing précise en seulement quelques clics.
Questionnée à commenter le dossier du mégacentre de donnée à Sherbrooke, la conseillère stratégique aux communications au Cabinet de la mairie de la Ville de Sherbrooke, Amaryllis Beaudry, n’a pas voulu commenter à la place de la mairesse, rappelant toutefois que l’annonce faite plus tôt cet été n’était que la phase 1 du projet.
Comment réussir avec l’intelligence artificielle ?
Une des conférences de l’après-midi fut sur la place de l’intelligence artificielle dans le milieu universitaire et un des panélistes a indiqué que « la chose la plus importante pour le milieu du travail, c’est de développer les compétences cachées, c’est-à-dire, l’esprit critique, le sens du jugement, l’esprit d’analyse, mais également de rester ouvert à l’adaptation et d’aiguiser la curiosité pour ne pas se faire remplacer par la machine, mais pour travailler avec elle ». De son côté, le professeur Emmanuel Choquette croit que l’intelligence artificielle peut avoir sa place dans certains travaux universitaires : « Il faut utiliser la transparence, donc à quel endroit as-tu utilisé ou non l’intelligence artificielle. »

Le lancement aura lieu le 10 octobre prochain au Musée de la nature et des sciences de
Sherbrooke dans le cadre de la Semaine de la culture scientifique.
Réaction unanime pour le Dr David Fortin
Le clou de la journée a été la présentation du professeur en neurochirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, Dr David Fortin. Son constat est simple : l’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’intelligence humaine, parce que, même si la neuroscience existe depuis des millénaires, nous ne sommes pas du tout près de prédire le mouvement des neurones d’une mouche, qui a pourtant un cerveau beaucoup moins développé que celui de l’humain. De passage uniquement pour cette conférence, l’étudiant à HEC, Robin Boucher, a indiqué : « La conférence a confirmé ma pensée, je suis arrivé avec les mêmes réflexions, ça a confirmé mes pensées et j’ai trouvé ses explications vraiment intéressantes. » Même son de cloche du côté de Serge Piché, coordonnateur aux initiatives institutionnelles en intelligence artificielle de l’Université de Sherbrooke, qui a indiqué que la présentation a donné une plus-value intéressante au livre du conférencier.
La journée sur les disruptions de l’IA en communication et marketing de l’Université de Sherbrooke est un rassemblement annuel coorganisé par le Département de communication et le Département de marketing réunissant des étudiants, des professeurs et des gens de l’industrie pour comprendre comment l’IA transforme concrètement le milieu de l’emploi.
Crédit photos 1 et 2 : Nicolas Hamel
