Par Médéric Dens

Ce sont 350 000 migrantes et migrants haïtiens qui peuvent finalement pousser un soupir de soulagement aux États-Unis. Lundi le 2 février dernier, une juge fédérale a renversé la décision du département de la Sécurité intérieure, qui visait à retirer le statut de protection temporaire pour les personnes migrantes en provenance d’Haïti. Jugeant la décision « arbitraire » et « capricieuse », elle bloque ainsi la suspension du programme, au grand désaccord du département et de sa secrétaire, Kristi Noem.
Terre d’accueil historique, les États-Unis font désormais face à un déchirement entre les valeurs d’acceptation et l’identité nationale. Ce déchirement se traduit récemment par les violences envers les personnes migrantes, notamment par les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Fuyant un chaos politique et économique sans précédent, les Haïtiens et Haïtiennes entrent par centaine chaque jour, à la recherche d’un pays pour se réfugier.
Le statut de protection temporaire (TPS), auparavant prolongé par l’administration Biden en 2021, a pourtant été révoqué par Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure (DHS). Ce statut permet aux personnes migrantes d’un pays en particulier, lorsque les résidents de ce dernier ne peuvent retourner d’où ils viennent en toute sécurité, de rester en toute légalité en sol américain. Selon le site officiel du secrétariat à l’Immigration, cela concerne notamment les pays subissant des conflits armés, des crises environnementales ou toutes autres conditions extraordinaires.
En janvier dernier, lors des auditions, Ana Reyes, juge fédérale, avait justement questionné Kristi Noem à savoir si cette dernière connaissait les raisons profondes de cette révocation annoncée. Cela faisait suite à un courriel du Département de l’État dévoilé, dans lequel il affirmait qu’aucune préoccupation de politique étrangère ne découlait de cette révocation. Une réponse vague et peu élaborée n’avait pas, à ce moment, satisfait la juge, qui s’est emparée de ce dossier et a renversé la décision du DHS.
Des révocations de plus en plus fréquentes
Révoquer le statut de protection temporaire aux personnes migrantes semble devenir une habitude pour l’administration Trump, notamment depuis le début de l’année 2026. En consultant le site officiel du département de l’Immigration, le nom des pays qui voient leur statut de protection temporaire suspendu est dévoilé, et la liste s’alourdit de jour en jour.
Parmi ceux-ci figurent le Venezuela, l’Éthiopie, le Nicaragua, le Népal, le Honduras, le Soudan du Sud, la Somalie et le Myanmar. Pour plusieurs d’entre ces pays, des juges se sont opposés aux décisions, notamment pour le Soudan du Sud et le Népal. Visiblement, ces contestations ne pourront pas faire reculer l’administration Trump dans ses décisions, jugeant l’immigration comme encline à propager la violence dans la société américaine.
Ce qui choque le plus, c’est principalement le ton employé par l’administration Trump. Sur ses réseaux sociaux, Kristi Noem attribue un niveau élevé de dangerosité aux personnes migrantes, les qualifiant notamment de « tueurs, de parasites et de profiteurs ». Rappelons que dans ses discours officiels, le président américain qualifie de façon régulière les immigrants d’aliens, et affirme vouloir déporter plus de 11 millions d’entre eux.
Source : Getty Images
