Par Salma Labiede

Le Québec traverse un tournant démographique discret, mais lourd de conséquences. Pour une deuxième année consécutive, le nombre de décès y dépasse celui des naissances, un phénomène qui alimente les inquiétudes quant à une possible chute durable du taux de natalité.
Selon les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec, environ 78 200 bébés sont nés en 2025, alors que 80 450 décès ont été enregistrés, creusant un déficit naturel d’environ 2 250 personnes. Déjà en 2024, la tendance s’était amorcée, avec plus de décès que de naissances, marquant un basculement inédit dans l’histoire récente de la province.
Ce déséquilibre s’inscrit dans une baisse continue de la natalité observée depuis plus d’une décennie. En 2024, environ 77 400 naissances ont été recensées, un chiffre en léger recul qui confirme une tendance à la diminution amorcée depuis 2013. Plus préoccupant encore, l’indice de fécondité a atteint un creux historique de 1,33 enfant par femme, bien en deçà du seuil de remplacement des générations fixé à 2,1.
La parentalité, de moins en moins prioritaire
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Le vieillissement de la population joue un rôle central : les générations nombreuses du baby-boom avancent en âge, ce qui entraîne une hausse des décès, tandis que les cohortes plus jeunes sont moins nombreuses. À cela s’ajoute une transformation des comportements sociaux. Les Québécois et les Québécoises ont des enfants plus tard, en ont moins, ou choisissent de ne pas en avoir.
Les raisons évoquées sont multiples : coût de la vie élevé, accès difficile à la propriété, précarité de l’emploi, mais aussi évolution des aspirations individuelles. La parentalité ne constitue plus nécessairement une priorité, dans un contexte où l’incertitude économique et climatique pèse sur les décisions familiales.
Les conséquences potentielles de cette tendance sont importantes. Un solde naturel négatif signifie que la croissance démographique repose désormais principalement sur l’immigration. Si celle-ci permet de compenser en partie le déclin, elle ne règle pas tous les enjeux, notamment en matière d’intégration et de maintien des services publics.
À plus long terme, c’est l’équilibre du modèle social québécois qui pourrait être fragilisé. Une population vieillissante, combinée à une baisse du nombre d’actifs, exerce une pression accrue sur les systèmes de santé et de retraite. Le financement des services publics et la vitalité économique pourraient également en être affectés.
Face à cette réalité, la question demeure : la tendance est-elle réversible? Certaines politiques familiales, comme les services de garde subventionnés ou les congés parentaux, ont déjà contribué à soutenir la natalité par le passé. Toutefois, dans un contexte de changements profonds des modes de vie, relancer durablement les naissances apparaît comme un défi complexe.
Plus qu’un simple enjeu statistique, la baisse des naissances au Québec soulève une question de société fondamentale : quelle place souhaite-t-on accorder à la famille dans les décennies à venir?
Source : Mon Assurance Facile
