Par Grégoire Bouley

Le 15 novembre, des milliers de personnes ont envahi les rues de plusieurs grandes villes du Mexique, principalement Mexico, Guadalajara et Monterrey. Leur objectif : dénoncer l’escalade de la violence liée aux cartels, mais aussi l’impuissance qu’ils attribuent à la présidente Claudia Sheinbaum et à sa politique de sécurité.
Les manifestants, souvent jeunes et issus de milieux urbains, se sont mobilisés à l’appel du mouvement du « sombrero » et du mouvement de la « Gen Z », deux réseaux citoyens de plus en plus influents dans le paysage politique mexicain.
La rue se soulève contre l’insécurité
Au fil de la journée, la tension est montée d’un cran. À Mexico, plusieurs groupes, parfois cagoulés, ont affronté les forces de l’ordre. Les heurts ont fait environ une centaine de policiers blessés, selon les premières estimations, tandis qu’au moins vingt manifestants ont été arrêtés. Ces affrontements les plus violents se sont déroulés devant le Palais national, résidence officielle de la présidence, devenu depuis plusieurs mois un symbole régulièrement pris pour cible par les mobilisations citoyennes en colère.
Le symbole du « sombrero »
Le mouvement du « sombrero » tire son nom de Carlos Manzo, maire d’Uruapan dans l’État du Michoacán, assassiné le 1ᵉʳ novembre lors des festivités du Jour des morts. Manzo s’était forgé une réputation nationale en menant une lutte frontale contre les organisations criminelles. Toujours coiffé de son large chapeau, il était devenu une figure de résistance, admirée dans plusieurs régions du pays.
Sa mort a provoqué une onde de choc. Dans les cortèges, d’immenses banderoles affichaient le message « Nous sommes tous Carlos Manzo ». Ce slogan, scandé à de nombreuses reprises, mêlait hommage personnel et dénonciation politique. Pour beaucoup, le meurtre de Manzo symbolise l’échec répété des autorités mexicaines à protéger les élus, les journalistes et les citoyens face à la violence des groupes armés.
La mobilisation portait également les couleurs de la « Gen Z ». Le drapeau pirate inspiré de One Piece, désormais emblème du mouvement, flottait au-dessus de la foule. Déjà vu lors de mobilisations à Madagascar, aux Philippines et au Pérou, ce symbole a été adopté par une jeunesse mexicaine connectée, politisée et déterminée à remettre en question l’ordre établi.
Réaction du gouvernement
La veille de la manifestation, la présidente Claudia Sheinbaum avait vivement critiqué les appels à descendre dans la rue. Elle avait accusé les organisateurs d’être influencés ou soutenus par des forces extérieures. Selon elle, les mobilisations auraient été « financées » et « désorganisées » depuis l’étranger ou par des opposants politiques de droite. Ces déclarations ont ravivé les tensions entre le gouvernement et une partie de la population qui perçoit dans ces accusations une tentative de délégitimation des mouvements sociaux.
Alors que les critiques contre la stratégie de sécurité se multiplient, ces manifestations marquent un tournant. Le pays apparaît plus que jamais divisé entre un pouvoir qui se veut ferme face aux cartels et une population qui estime que les résultats tardent à venir.
Source : Getty Images
