Médéric Dens

Plus que quelques semaines avant que se déroulent les élections de mi-mandat chez nos voisins du Sud. Le président Trump pourra voir son pouvoir s’effriter quelque peu, alors que les dynamiques risquent fortement de changer, surtout au sein de la Chambre des représentants. Que cela pourrait-il apporter à la présidence Trump et à l’opposition démocrate ?
Le 3 novembre prochain se déroulera l’élection de mi-mandat aux États-Unis. Le tiers du Sénat sera en élection ainsi que la totalité des représentants et représentantes (435), de même que certains maires et certains postes de gouverneur.
Actuellement, les sondages menés par YouGov favorisent le Parti démocrate pour l’élection des membres du Congrès : 55 % des personnes américaines se disent assurées de voter en sa faveur contre 44 % pour le Parti républicain. Aussi, l’électorat démocrate semble moins volatil : seules 39 % des personnes qui envisagent de voter démocrate pourraient changer de vote d’ici les élections, contre 44 % chez celles qui pourraient voter pour le Parti républicain.
Les risques pour le Parti républicain
Avec actuellement 53 sièges sur 100 au Sénat et 218 sur 435 à la Chambre des représentants en sa possession, est-ce que le président pourrait perdre les deux chambres ?
Pour Karine Prémont, professeure de l’Université de Sherbrooke spécialisée en politique américaine, les élections de mi-mandat permettent surtout d’évaluer le soutien de l’administration en place. « Le grand danger pour le Parti républicain, c’est comme pour n’importe quel parti qui est à la Maison-Blanche, parce qu’on dit souvent que les élections sont un référendum sur le président. Alors forcément, le président est toujours un peu en danger cette soirée-là. S’il est majoritaire au Congrès, que ce soit la Chambre ou le Sénat, il perd généralement sa majorité », dit-elle.
Le danger n’est toutefois pas moindre pour le Parti démocrate. « S’ils performent mal, s’ils ne réussissent pas à aller chercher une majorité au moins à la Chambre des représentants […] Cela risque d’être un peu paniquant en vue des présidentielles de 2028. »
La guerre en Iran et ses retombées pour les démocrates
Les États-Unis toujours en guerre contre l’Iran, ce dossier pourrait possiblement renforcir le vote démocrate, dossier qui divise fortement les personnes américaines. « Trump avait promis de ne pas mener de guerre inutile, de ne pas déployer de forces à l’étranger et de se concentrer sur les problèmes des Américains. Les gens sont très insatisfaits de la façon dont Trump gère l’économie et en particulier de l’inflation. »
C’est d’ailleurs la raison, toujours selon la professeure Karine Prémont, qui réside derrière cette volonté sans fin d’imposer des tarifs qui, selon elle, vise principalement à « faire des gains économiques ». « Ça pourrait jouer en faveur des démocrates », renchérit-elle.
Blocages et destitution à venir ?

Plusieurs présidents ont été soumis à une procédure de destitution, mais ont tous été acquittés par le Sénat : Andrew Johnson (1868), Bill Clinton (1998) et Richard Nixon, qui a démissionné pour éviter une destitution officielle liée au Watergate.
Or, le président Trump a été soumis à ce processus à deux reprises, la première fois pour abus de pouvoir en 2019 et la seconde pour tentative d’insurrection en 2021, lors de l’assaut du Capitole.
Pour qu’une procédure d’impeachment (destitution) soit enclenchée, il faut obtenir 50 % du vote des représentants et les deux tiers du Sénat. Peut-on envisager ce scénario ? « Au Sénat, si les démocrates vont chercher une majorité, ce sera d’un siège ou deux, mais il leur faudra quatre sièges pour obtenir une majorité simple de 50 % + 1 alors on s’imagine que ce sera difficile à obtenir […] Au Sénat, il faut une supermajorité de 60, donc pour que cela se produise, il faudrait que les démocrates fassent beaucoup de gains et que certains républicains se rallient à eux. »
Utiliser cette procédure est toutefois une « arme à double tranchant » selon Karine Prémont : « Si on l’utilise pour tout et n’importe quoi, on va devoir la subir plus tard une fois au pouvoir. Trump a été mis en procédure de destitution en 2020 et Biden a lui aussi subi cette procédure plus tard », affirme la directrice adjointe de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.
Récompenser financièrement la population en cas de victoire : constitutionnel ou pas ?
En septembre, Donald Trump promettait d’offrir 5 000 $ US à chaque personne américaine si le Parti républicain venait à augmenter sa représentation au Congrès. Sur 260 millions d’adultes en âge de voter, cela représente un montant estimé à 1 300 milliards de dollars.
Ce montant s’ajouterait sur la dette des États-Unis, actuellement chiffrée au-dessus de 40 000 milliards de dollars, l’équivalent de 100 000 $ par personne.
« Tous les politiciens, même au Québec, promettent des montants d’argent, mais ils sont souvent associés à un comportement, à un crédit d’impôt ou à une baisse du coût de la vie. On essaie minimalement de trouver une raison et de cacher les motifs », explique Karine Prémont, tout en rappelant que le président Trump a déjà promis de tels montants par le passé, sans toutefois les avoir réellement distribués.
« Cette stratégie n’a pas fonctionné par le passé […] Le taux d’approbation du président est très, très bas. On n’a jamais vu un taux aussi bas depuis 40 ans donc les gens commencent à voir qu’il y a un peu d’artifice chez Donald Trump. »
Karine Prémont rappelle que l’action en soi n’est pas inconstitutionnelle, mais que le caractère moral demeure pour le moins « douteux ». « On achète de l’appui alors qu’on aurait pu réaliser les promesses pour lesquelles on a été élu et ça aurait été plus efficace », selon elle.
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Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
