Par Frédérique Maysenhoelder

De passage dans la région dans le cadre de son rôle de président d’honneur à la 48e édition du Salon du livre de Sherbrooke, du 15 au 18 octobre au Centre de foires de Sherbrooke, Patrick Sénécal s’est arrêté sur le campus de l’Université de Sherbrooke, le 14 octobre dernier, dans un contexte de causerie littéraire, ouvert autant aux personnes étudiantes qu’au grand public.
C’est devant une salle pleine que l’écrivain, reconnu depuis plus de 30 ans dans le monde littéraire québécois pour son écriture noire teintée généralement d’horreur, s’est ouvert aisément sur sa passion qu’est l’écriture de genre.
Une plume qui ne prend pas sa retraite
L’écrivain a rassuré ses fidèles lecteurs : il n’est pas question de déposer sa plume dans un futur rapproché. « Les écrivains ne prennent pas de retraite […] la morale de cette histoire est de ne jamais arrêter d’écrire. » Il a également confié que son style d’écriture était peu convoité lors de ses débuts en tant qu’étudiant en littérature. « La littérature de genre dans les universités est plus accessible qu’il y a 40 ans lorsque j’étais étudiant. » Après avoir obtenu un baccalauréat en études françaises à l’Université de Montréal, Patrick Sénécal a enseigné la littérature et le cinéma au Cégep de Drummondville pendant plusieurs années. Il se consacre à l’écriture à temps plein depuis 2008. Il a publié son premier roman, 5150, rue des Ormes, en 1994.
Écrire, c’est aussi prendre position
L’écrivain, scénariste et réalisateur québécois était très à l’aise de se confier à son public sur ses convictions personnelles. Par exemple, lorsqu’il mentionnait qu’il s’est toujours senti responsable de ce qu’il écrit : « Un auteur sérieux est supposé faire des recherches, mais un auteur écrit automatiquement sur ce qu’il connait. » Sous le thème du courage, le Salon du livre 2026 est l’occasion de rencontrer ses auteurs préférés, mais aussi, pour les écrivains de sortir de leur rôle un peu plus retiré qu’est l’écriture. « Un écrivain peut être très solitaire, introverti, mais ce n’est pas mon cas », raconte l’ancien enseignant. M. Sénécal mentionne également que ça prend beaucoup de courage pour dénoncer des choses à travers son écriture et que l’autofiction est selon lui nécessaire. « Je pense que c’est un appel à la prudence pour les éditeurs, on peut tout dire, mais il faut faire preuve de prudence […] la littérature n’est pas juste un endroit pour provoquer, il y a une tendance qui me fait un peu peur. » Il poursuit en apportant une nuance, en revanche, « si on n’a plus ce terrain de liberté là en littérature, on va l’avoir où ? ».
Jusqu’où aller dans l’horreur?
L’auteur de suspense, d’horreur, de fantastique et de littérature noire a admis à son public avoir lui-même fait un processus personnel de remise en question de sa tendance d’écriture afin d’être plus inclusif dans le choix ainsi que la création de ses personnages. Selon lui, « chaque auteur a sa limite, il y a des scènes que je n’ai pas envie d’écrire », faisant référence à son roman Les sept jours du talion où il avait décidé de censurer une scène où il ne trouvait pas nécessaire d’aller dans les détails. Pour lui, chose certaine, il assume entièrement son style d’écriture plus sombre. Il y a l’aspect de liberté des auteurs, mais « c’est la responsabilité des lecteurs de décider s’ils lisent ça ou non ».
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore l’auteur, Patrick Sénécal propose de commencer leur découverte littéraire avec son premier roman, 5150, rue des Ormes, car, selon lui, « si quelqu’un n’aime pas ce roman, il n’aimera pas ce que je fais ».
Un raconteur d’histoires

Pendant sa conférence, l’écrivain d’expérience expliquait à l’audience que ce n’est pas tous les auteurs qui racontent une histoire. « Moi, je suis un raconteur d’histoires. » Son dernier livre intitulé Le M Club, a été rédigé à Berlin et a pour thème la culpabilité des Allemands. Le personnage central de son premier roman, Michelle, âgée de 16 ans à l’époque de 5150, rue des Ormes, revient dans ce récit alors qu’elle est maintenant âgée de 40 ans. « C’est spécial de voir un personnage vieillir en même temps que moi. »
De Stephen King à sa propre signature
Pour Patrick Sénécal, le danger ou le piège d’un écrivain à succès est de tomber dans la répétition d’un roman à l’autre. « Je fais des romans assez pessimistes, mais mon but est d’aller au bout de cette horreur-là. » En début de carrière, Patrick Sénécal était souvent comparé à l’auteur américain Stephen King, admettant lui-même qu’il a été influencé par ce dernier entre 20 et 30 ans.
Pour le romancier, qui a un public assez large, de jeunes à moins jeunes, son intention d’inclure toutes les générations est une valeur importante, mentionnant avec humour qu’il « ne veut pas devenir un vieux con ».
Questionné en entrevue sur le rôle que peut jouer la littérature pour aider à affronter les peurs et les incertitudes de notre époque, autant chez les lecteurs que chez les écrivains, Patrick Sénécal révèle que, pour lui, l’écriture est un exutoire. « Dans mon cas, le fait que j’écris des romans si noirs, je libère une noirceur en moi qui doit sortir et si elle ne sortait pas je serais quelqu’un de plus sombre, troublé, intériorisé, pessimiste. Ça me permet de sortir le méchant et je pense que ça a le même effet chez ceux qui me lisent. »
Ne pas banaliser la violence
Selon le romancier, dans le domaine de l’horreur, il y a des films qui « banalisent » la violence. Mais pour lui, malgré le fait qu’il admet être violent dans son écriture via des personnages très « dark et tourmentés », il explique que la violence est, selon sa ligne directrice littéraire, « toujours un échec ». Chose certaine, Patrick Sénécal n’encourage pas cette noirceur. Dans son plus récent livre, Le M Club, l’auteur aborde la culpabilité au fait de tuer. « Ça fait 30 ans que j’écris. Je parle de meurtre et de gens qui tuent ou qui torturent, mais je ne me suis jamais posé la question : qu’est-ce que ça implique de tuer quelqu’un ? Qu’est-ce qui pousse les gens à tuer du monde ? » Dans ce roman, il propose un sentiment commun : l’impuissance, c’est-à-dire que ses personnages ont tous une raison de tuer et dans tous les témoignages qu’ils font, le lectorat arrive à la conclusion qu’ils se sentent tous impuissants.
Un processus d’écriture bien établi
Finalement, lorsqu’interrogé sur son processus de création et d’écriture, Patrick Sénécal explique un procédé très minutieux. « Je me fais toujours un plan avant de commencer un roman, je sais les grandes étapes de mon roman et je sais surtout comment ça va finir. Je suis incapable de commencer un roman sans savoir comment ça va finir. » Selon lui, la fin est ce qui tire son histoire et tout ce qu’il va raconter est dans le but de cette fin-là. Patrick Sénécal est catégorique sur le fait que, dans un thriller, toute l’histoire a un lien avec sa fin.
Crédit image 1 : Frédérique Maysenhoelder
Source image 2 : Les Éditions Alire
