Le Mois de l’histoire des femmes, célébrer les bâtisseuses de l’Estrie 

Par Elizabeth Gagné 

Portrait de Monique Béchard réalisé par Adèle Blais, peintre et collagiste. 

Octobre n’est pas seulement le mois des citrouilles, des costumes et des bonbons, c’est aussi le Mois de l’histoire des femmes. Cette initiative, officialisée par le gouvernement fédéral en 1992, vise à reconnaitre la contribution des femmes à la construction du pays. C’est également le 18 octobre 1929 que l’affaire « personne » a été tranchée. Ce jugement historique a reconnu que les femmes étaient des personnes au sens de la loi constitutionnelle, leur permettant ainsi de participer à la vie politique et de siéger au Sénat. 

Dans un monde où les droits des femmes régressent, où le traditionalisme et le radicalisme reviennent à la mode et où les féminicides ne cessent d’augmenter de semaine en semaine, il est plus important que jamais de se questionner. Dans un monde où les incertitudes et les crises de toutes sortes viennent réveiller en nous une part sombre de notre humanité que l’on pensait refouler dans les livres d’histoire, il est essentiel de faire preuve d’esprit critique à l’égard des informations qui circulent sur les réseaux sociaux, ainsi que de bienveillance envers autrui et envers nous-mêmes. 

Le monde n’existerait pas sans les femmes. Leur travail, bien souvent accompli dans l’ombre, a contribué à bâtir la société dans laquelle nous vivons. Le Mois de l’histoire des femmes est donc l’occasion de commémorer le travail de celles qui ont transformé à jamais le visage du Québec. 

À la découverte des bâtisseuses de l’Estrie 

En Estrie, Monique Béchard a été la première Québécoise à obtenir un doctorat en psychologie, ainsi que la première femme professeure à l’Université de Sherbrooke. Grande défenseuse des droits des femmes, Monique Béchard a pris la plume pour écrire de nombreux textes soulevant des réflexions sur la condition féminine. Le livre de Gabriel Martin, Monique Béchard : Une Québécoise pour l’éducation des femmes, permet de découvrir les réflexions et les positions de cette intellectuelle, qui croyait que les femmes pouvaient s’épanouir dans les études supérieures sans se dénaturer. L’artiste estrienne Adèle Blais lui a également rendu hommage dans l’une de ses œuvres. 

Originaire de Danville, en Estrie, Clara Champagne Cleveland a percé le plafond de verre du sport en devenant la première golfeuse professionnelle au Canada. Ses coups de départ, qui dépassaient les 250 verges, forçaient l’admiration dans un sport encore très masculin à l’époque. Elle excellait aussi au badminton au niveau régional et au curling jusqu’au niveau provincial. En 1977, elle est nommée meilleure athlète des 50 dernières années à Danville. 

C’est en 1958 que Clara est devenue golfeuse professionnelle, mais l’Association des professionnels de golf du Québec lui a refusé sa carte de membre sous prétexte qu’elle était réservée aux hommes. Elle a enseigné sa passion durant des décennies au Club de golf Bellevue, à Richmond, transmettant ses connaissances à des générations de golfeurs. Ce n’est que des années plus tard que cette même association, dont l’adhésion lui avait initialement été refusée, a changé d’avis et l’a invitée à joindre ses rangs. Une invitation qu’elle a finalement déclinée. 

Henrietta Elizabeth Banting est née en 1912 à Rock Island, dans le canton de Stanstead, en Estrie, à la frontière entre le Canada et les États-Unis. Sa carrière médicale l’a amenée à voyager un peu partout au Canada, à Londres et même à Hong Kong. Physicienne de formation, elle est revenue au Canada, où elle est devenue directrice de la Women’s College Hospital Cancer Detection Clinic, un poste qu’elle a occupé de 1958 à 1971. 

La clinique qu’elle dirigeait a participé aux recherches démontrant l’efficacité de la mammographie et des examens de routine pour dépister le cancer du sein chez les femmes. Le Women’s College Hospital a été le premier hôpital de Toronto à intégrer la mammographie à ses examens de routine pour le dépistage du cancer du sein. 

Née et élevée à Sherbrooke, Marjorie Goodfellow a obtenu un diplôme en histoire avec distinction (History Honours) à l’Université Bishop’s, puis suivi une formation en bibliothéconomie à l’Université McGill. Elle a amorcé sa carrière à Ottawa, à la bibliothèque du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada. En 1971, elle est revenue à Sherbrooke et a poursuivi ses activités professionnelles. 

Vers la fin de sa carrière, elle s’est consacrée à la recherche généalogique, tant pour ses clients que pour retracer sa propre histoire familiale. Elle a partagé ses recherches par l’intermédiaire de publications et de conférences. Elle a également été membre fondatrice de l’Association des Townshippers, dont elle a été l’une des premières présidentes. 

L’accès aux soins de santé constituait pour elle un enjeu essentiel, particulièrement au sein d’une communauté minoritaire. Cet intérêt l’a amenée à siéger bénévolement pendant 13 ans au conseil d’administration du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. 

Son engagement bénévole s’étendait également au domaine de l’histoire régionale. Elle a siégé au conseil d’administration de la Société d’histoire de Sherbrooke pendant plusieurs mandats et a entretenu une longue association avec le Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est, où elle a occupé diverses fonctions. Soucieuse de faire connaitre le patrimoine régional, elle a donné des conférences, publié des articles et accordé des entrevues sur l’histoire des Cantons-de-l’Est. 

Des activités pour poursuivre la réflexion 

Ces femmes ne représentent qu’un petit échantillon des Estriennes qui ont laissé leur marque. À cette occasion, Chemin des Cantons a élaboré un circuit touristique interactif, le Chemin des bâtisseuses, qui met en lumière 13 femmes anglophones ayant marqué les Cantons-de-l’Est. 

D’autres activités permettent de souligner le Mois de l’histoire des femmes. Le 20 octobre, au Siboire Dépôt, aura lieu une conférence intitulée Les droits des femmes sont-ils en péril ? Animée par Évelyne Beaudin, Paskale Hamel et Clémence Cloutier-Deschênes, elle se déroulera de 19 h à 21 h. Le coût d’entrée est de 10 $, ce qui comprend une consommation. 

En novembre, un autre événement mérite l’attention : le lancement du livre Les Mascus de Léa Clermont-Dion, animé par Félix Morin. L’événement aura lieu au Faro, sur la rue Wellington Nord, le mardi 17 novembre à 17 h 30. Ce sera l’occasion de rencontrer l’autrice et d’assister à un échange des plus pertinents autour de son nouvel essai. 


Crédit : Adèle Blais

Elizabeth Gagné
Cheffe de pupitre CULTURE • culture.lecollectif@usherbrooke.ca •  More Posts

Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Depuis 2022, elle travaille de pair avec ses collègues à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la Faculté d’éducation.

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